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novembre 2013

Et au milieu coule une rivière

dans la catégorie Notre vin quotidien

Mosel1.gif"Et au milieu coule une rivière" fait partie de ces rares films que je revois régulièrement, le chef d'œuvre de Robert Redford, en état de grâce, comme en apesanteur. Un hymne à la nature, à la famille et à la pêche à la mouche que ne renierait pas Reinhard Löwenstein. Vigneron, négociant, philosophe, rebelle, idéaliste, fou génial à la Riesling attitude décadente et unique, aurait pu faire du ski sur les pentes vertigineuses qui bordent la Mosel, la rivière de mon enfance, mais Reinhard Löwenstein et sa femme Cornelia Heymann-Löwenstein préfèrent y cultiver la vigne, et écouter le son du Schiste! Pour certains, c'est un héros, pour d'autres, un énergumène excité et extravagant, mais il ne laisse pas indifférent, comme ses vins. La Mosel coule dans ses veines, il fait même circuler en mode continu, grâce à une pompe, de l’eau de la Moselle au travers de la cave. Dans les années 90, il a été le premier à vinifier de grands rieslings secs à partir de vignes cultivées sur les coteaux de Winningen, l'un des vignobles les plus pentus au monde, sur lesquels il a fallu installer des monorails sur lesquels circulent des wagonnets. Reinhard Löwenstein a très vite compris la valeur de ce patrimoine exceptionnel et il a pris tous les risques pour produire des vins qui parlent de leur terroir de schiste, plus ou moins dur, tantôt bleu noir, tantôt rouge, qui donnent des vins racés avec de subtiles différences. La vinification non-interventionniste de Reinhard est unique, en harmonie avec l’énergie Orgonique (d’après la philosophie de Wilhelm Reich), avec contrôle des vibrations durant la fermentation au moyen d’une flûte de Pan géante. Ses Rieslings sont des vins qui renvoient à l'unicité fascinante des crus, des formations de schiste et des microclimats des vignobles et l'idée du Riesling comme une richesse culturelle originale et captivante.

Uhlen Roth Lay Riesling 2007 Weingut Heymann-Löwenstein

L'extraordinaire terroir d’Ulhen se compose de trois crus différents, dont celui de Roth Lay, véritable amphithéâtre ouvert vers le sud. Le nez est magique, cristallin, sur la fleur et les fruits blancs, un peu de miel, des fruits exotiques, du thé vert, de la réglisse, une touche iodé et surtout une minéralité fabuleuse, d’une grande pureté, un jus de pierre, littéralement! En bouche, ce qui surprend, c'est cette onctuosité, cette grande maturité de raisin, ce côté moelleux sec! La tension et la fraîcheur qui se dégagent donnent une dimension supplémentaire, c'est tendu comme un arc. Jusqu'à la très longe finale, la minéralité envoûte. La synthèse des grands blancs Allemands. Grand vin

"Es ist Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt" (il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir) Ingeborg Bachmann


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Concours Oenovision, bête à concours, vin qu'on court et con qui court en vain

dans la catégorie Rencontres Officielles

degustation-01.jpgPourquoi autant de sucre et de bois dans les vins modernes? La réponse est aussi simple que mercantile! Simplement pour les faire paraître plus généreux et plus flatteurs, plus "vendable", plus "bankable", pour les présentations à la presse et surtout, dans les concours de dégustation… La trilogie "sucre- bois neuf - puissance" est un gage de bon score, chez Bob l'Eponge, mais aussi chez les autres gourous coucous. Partout, c'est le triptyque gagnant, un enjolivement efficace, un maquillage destiné à séduire un public trop facilement charmé par les phares et la douceur associé à la puissance. Partout, fleurissent les concours où les "con-courants" tastent des vins aux qualités identiques. En Australie, ces "wines competitions" sont aussi fréquentes et prisées que les matchs de cricket, de rugby ou les courses de moutons. La chasse à la médaille est devenue un sport national. Un vigneron local, émigrant allemand, arrivé à Sydney au début des années 1960, symbolise parfaitement cette traque au satisfecit. Pour le choix de ces winemacker's, un critère, un cri du cœur, un slogan: "No medals, no job!". Parti de zéro, il produisait 2.500 bouteilles en 1966, aujourd'hui, sa société commercialise 50 millions de bouteilles par an. Les vins de Wolf Blass sont très exubérants... et ne font pas dans la subtilité, son site internet non plus, il contient 4 rubriques, dont une pour sa team de 6 winemacker's et une pour ses trophées 'Our Awards" de 45 pages! Le Big melon version Aussie.

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De lard des mets le cochon

dans la catégorie Inclassables mais classés

Sezanne4-1024x764.jpgEn pleine préparation de la Soirée de novembre, je me baladais sur l'avenue le cœur ouvert à l'inconnu, envie de dire bonjour à n'importe qui et n'importe qui ce fut toi, mon cochon… Histoire de changer du sempiternel steak frite salade, j'ai jeté mon dévolu et mes préjugés pour le centre de Colmar et la petite graine de Sézanne qui a été planté dans ma tête il y a quelques mois (voir ici) par Didier, l'absent de notre soirée justement. Je n'ai pas choisi ce lieu par hasard. Ce resto, épicerie, caviste, bar à vins s’est déjà taillé une belle réputation depuis son ouverture. D’ailleurs c'est presque toujours complet, sauf si tu as la présence d'esprit de venir très tôt ou de réserver. J'avais déjà le cochon Ibïona dans mon cabas, il me fallait encore du lard de colonnata, du Jabugo Iberico, du Culatello di Zibello, de la Poutargue, du Shropshire et un extraordinaire parmesan de vache noire, l'antique race de Reggio Emilia, seulement 2.000 têtes, la mère du célèbre fromage, malheureusement, dans la plupart des fermes, elle a été remplacée par des races plus productives. Pourquoi se casser la bourriche à choisir ses fournisseurs quand certains s'en charge pour vous, des sels, des poivres, des épices du bout du monde, Damien Knittel est un explorateur de saveurs sans frontières qui sélectionne les meilleurs produits avec exigence où l’origine des produits, leur composition, leur méthode d’élaboration et leur goût tient une place de premier choix. Pas mal de bonne raisons de m'arrêter ici, surtout si tu ajoutes un assortiment de jambon, une omelette aux truffes et un Alion 2006. Il y a des courses plus difficiles à faire que celles d'un Soiffard…

Ribera del Duero Alion 2006vin-4-500.png

Un peu frais et fermé au départ, il faudra un bon quart d'heure pour que la bête se réveille, ça tombe bien, je suis seul et j'ai tout le temps qu'il me faut. C'est très fruité, plutôt fruit noir, groseille, pruneau, tabac, moka et menthe après une bonne aération. En bouche, on croque du fruit, la matière est charnue, serrée comme les tannins, mais le potentiel est là et bien là, c'est encore trop jeune, l'acidité demande à se fondre, la complexité viendra avec le temps et la persistance est déjà présente. A encaver. Très bien

Quand l'empathie va, tout va

dans la catégorie Humeurs et gueule de bois

bonnetrouge2.jpgAujourd’hui, 17 novembre, ce n'est pas la journée mondiale de la gentillesse, c'était le 13 et le 13, moi, je n'avais pas envie d'être gentil, d'ailleurs, les autres jours, j'en avais pas plus envie. Je sais, vous mes petits chéris, vous êtes des gentils, toujours prêt à me glisser un mot doux, me faire des compliments, flatter mon égo ou me lécher le cul, mais je vous préviens encore une dernière fois, je ne suis pas un gentil et le premier qui approche mon cul, ce sera directos ma main sur sa face de rat. Je ne vais tout me pas vous laisser m'emmerder et me laisser beurrer la raie, tout ça parce qu’il y a un abruti qui a pondu une journée de la gentillesse à la con! Pour ceuzes qui veulent me clouer sur une poule au riz, ce sera double dose de tarte aux phalanges. Je n'ai pas envie d'être gentil avec les bonnets rouges bretons qui manifestent à la place de leurs patrons en cassant une taxe intelligente, mais qui ne crachent pas devant des aides européennes distribuées avec mes impôts, je n'ai pas envie d'être gentil avec des fachos à la banane qui se déguisent en bretons, pas plus avec les commerçants et les artisans qui se plaignent de ne pas pour pouvoir acheter le dernier 4x4 à la mode et encore moins avec des footeux nantis qui refusent d'être taxés sur leurs millions mais qui sont incapables de battre des paysans Ukrainiens dopés au polonium ou saoul comme des polonais, voire les deux à la fois.

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Un Baux Milan sous le soleil ? Exactement!

dans la catégorie Notre vin quotidien

Henri_Milan.jpgHeureusement, Henri Milan ne sait pas compter, il aurait pu, ou dû, être comptable ou notaire, mais il a préféré travailler la terre, une terre que son père voulait vendre et qu'il a ressuscitée, réveiller et révéler après quelques années de rendements excessifs et de phytopharmacie. Un sevrage bénéfique pour ce terroir issu de la rencontre d'une montagne '"les Alpilles" et d'un climat particulier, l'influence méditerranéenne tempérée par une fraicheur relative. Le domaine, aussi appelé "Tuilière Vieille", est situé au pied des Alpilles, à St Rémy de Provence, sous le soleil, exactement! Avec les engrais et la chimie que les vignes avaient emmagasinée, impossible de baisser les rendements et d’atteindre de vraies maturités. Il y est allé doucement. Chaque année, il supprimait un produit. Puis il a passé le cap bio et en 1997, toutes les cuves étaient homogènes. Mais le démon sévissait aussi en cave. Il y a un truc qu'il ne supportait pas dans le vin, le mal de tête. Quand il a compris que c’était le soufre, il a arrêté et il a fait des vins, souvent magnifiques, parfois aussi moins bon (il dit de merde), maintenant il a trouvé l’équilibre. La rigueur a payé, l'identification des terroirs par des sélections parcellaires aussi. Son intuition sera confirmée par le microbiologiste terroiriste Claude Bourguignon (qui a travaillé avec la DRC, Ausone, ...). Celui-ci mettra en évidence la capacité d’un terroir à produire de grands vins blancs grâce à la présence d’un sous-sol marneux proche de celui de Chablis. Les vins rouges bénéficient de graves riche en calcaire et marqué par la présence de safre jaune que l’on retrouve aussi à Rayas et dont les parcelles constituent le fameux Clos Milan. Henri Milan propose de remplacer l'analyse, maître mot des cartésianismes du vin, par compréhension, ce mot que le dictionnaire traduit par "Totalité des caractères renfermés dans une idée générale ". Et de rendre le mot analyse aux laboratoires, d'où il n'aurait jamais dû sortir d'ailleurs. Henri Milan est un artiste, pas un comptable, il recherche la symbiose et l'harmonie avec son milieu naturel, il veut faire des vins originaux, des vins de tempérament. Bref, un Iconoclaste sous le soleil ? Exactement!

Clos Milan 2003 Henri MilanClosMilan2003.jpg

80% Grenache, 20% Syrah. 2003 a été l’année de tous les excès. Après un débourrement précoce et une élévation de la température exceptionnelle, 40° de moyenne pendant 5 mois, pour la première fois, le domaine a dû prévoir une vendange fin août. Le nez du Clos Milan est reconnaissable entre tous, par son ombrageuse finesse, la présence d’arômes de cerise, de pruneau, de mûre, de réglisse, d'olive noire, de graphite, d’eucalyptus, de garrigue et un subtil boisé-vanillé. La bouche est sauvage, charnue, concentrée et élégante. Les tannins sont délicats et présents. La trame est franche et d’une fraîcheur surprenante et la longueur est superbe de finesse et de minéralité. Excellent

Avoir la carte des vins n'évite pas les bouchons

dans la catégorie Notre vin quotidien

siri-assistante.jpgCertaines personnes sont obligées de passer une heure en voiture pour aller travailler. Dans le jura, on les regarde d’un air affligé en se demandant comment elles peuvent survivre dans de telles conditions, en France, on appelait ça des Parisiens, maintenant c'est des citadins. On peut même affirmer que compte tenu du nombre de bouchons, Paris a bel et bien été mis en bouteille. Quel que soit la ville, il est plus facile de travailler à la maison et de vivre au bureau. Une situation qui présenterait quelques avantages, mais aussi certains inconvénients, comme le fait d’être légalement obligé de compter des heures supplémentaires quand tu retournes chercher les clés que tu as oubliées sur la commode. Tu pourrais aussi décider de t'installer et de travailler dans une charmante bourgade dotée d’un club de curling folklorique, à deux pas de ton job où tu auras un bien meilleur confort de vie grâce aux 13 mois de brouillard par an, mais tu préfères mieux utiliser ta voiture même si tu sais que ça va provoquer la mort de millions d’écologistes dans le monde.

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Le big deal d'un no deal

dans la catégorie Inclassables mais classés

MDeBiasio.jpgIl parait qu'un quotidien belge néerlandophone a mis cinq étoiles à un album d'une jeune Carolo-Bruxelloise francophone, c'est dire si cette jeune femme a mis tout le monde d'accord du côté belge où la concorde ne règne pas toujours. Mais Mélanie De Biasio est une biche, pas du Mississippi, mais de Charleroi où elle a grandi en famille et en musique, danse classique, solfège, chant choral et flûte traversière seront ses compagnons. Nirvana et Buckley à l'adolescence, un premier groupe rock où Mélanie chante et compose en anglais, Gloubi-boulga, nom de la nourriture préférée de Casimir, qui a dit que les Belges n'avaient pas d'humour? Premier Prix du Conservatoire de Bruxelles, avec la plus haute distinction. Entretemps, elle a failli mourir d'une infection pulmonaire lors d'une tournée russe des clubs underground. Elle aurait pu rester aphone, mais elle en a fait une force. Un premier album, en 2007, qui se vend à 4000 exemplaires, un album qui agite la critique, notamment les spécialistes Frenchies de Jazz Magazine.

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Les blaireaux et le renard de Jadis

dans la catégorie Notre vin quotidien

repulsif.jpgComme dans le "Tigre de Jade", une vieille querelle perdure depuis des années entre deux camps que tout opposent. Dans le clan Barral, on est hostile à tout traitement chimique des sols et à toute adjonction de produits exogènes dans le vin lors de la vinification, de l’élevage et de la mise en bouteille, pour eux, la chimie est une entrave à l’expression du raisin. Pour le camp d'en face, il reste très difficile de se passer de la chimie et du soufre, cet élément antibactériens, antioxydants, et surtout, très bons conservateurs. Le client moderne exige d’une bouteille qu’elle supporte les coffres de voiture surchauffé et qu’elle vieillisse harmonieusement dans le placard de la maison, dans une atmosphère sèche et à 22°. Pour les adeptes des vins nature, un vin Bio est l'équivalent d'un produit frais, il doit toujours être conservé à moins de 14° pour éviter les déviations aromatiques et être dégusté avec précaution, carafé, pour le laisser reprendre sa respiration. Je connais trop bien la versatilité (la volatilité!), des vins de Barral pour porter un avis définitif. Les odeurs de croûte de fromage ou de truffe noire peuvent ravir ou dégoûter, tout est question de culture, un peu comme les grands vins du Jura. Quelquefois, je suis tombé sur une bouteille, au mieux sauvage, au pire déviante, mais je me suis également retrouvé en tête à tête avec de délicieuses quilles à la texture extraordinaire. Moralité: parfois, le blaireau est rasoir et le renard le fait fuir….

Languedoc Jadis 2005 Domaine Barralbarral_faugeres_jadis.jpg

60% de Carignan, 30% de Grenache et 10 % de Cinsault. Nez puissant et aromatique, sur des notes de cerise noire, de mûre, de cassis, de garrigue, d'olive noire, de gelée de framboise, de réglisse et de graphite. Pour être complet et juste, il y avait aussi quelques petites notes de réduction (fox) et un soupçon de volatile (disparue après carafage). La bouche est gourmande, robuste, petite accroche tannique et sauvage qui me va bien, des arômes de figue et de balsamique, beaucoup de fruit et une finale fringante et farouche. Très bien

Fée de société

dans la catégorie Humeurs et gueule de bois

cuisine-moleculaire.jpg"Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent", disait Clint Eastwood alias Blondin, dans Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone. De la même manière, chez les restaurateur qui nous nourrissent, ou aspirent à le faire, il coexiste deux catégories, ceux qui servent du melon et ceux qui ont le melon et qui creusent la tombe de la gastronomie. La cuisine et les cuistots sont partout, devant leurs fourneaux et surtout à la télé. Des gugusses qui se réunissent autour d'un dîner même pas parfait pour gagner des cacahouètes, c'est de la banale réalité qui est montrée, au ras des pâquerettes, le narcissisme du téléspectateur qui se regarde en train de cuisiner, pas de manger. La cuisine à la télé, c'est aussi Jean-Luc Petitrenaud, insupportable donneurs de leçons, qui excelle dans le poujadisme du saucisson et de la nappe à carreau. C'est cauchemar en cuisine qui, d'un coup de baguette magique transforme un sordide restaurant moules frites en palace à caviar. C'est tous les topchef et autres masterchef qui se prennent pour des Pic, des Troisgros ou des Bocuse, sous prétexte qu'ils ont réussis à dresser une salade, très graphique, où le visuel l'emporte sur le goût, qui en met plein les mirettes, mais qui reste une salade avec des légumes pas toujours de saison. Aujourd'hui, la physique et la chimie sont omniprésentes dans la cuisine.

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