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février 2015

No Guts, no glory

dans la catégorie Notre vin quotidien

Australie_route.jpgUn ciel de feu, un soleil de plomb, un relais routier perdu au milieu de nul part, entre la plaine de Gawler et Nuriootpa. Un vieux routier sort de son truck, long comme sa barbe et chaud comme l'outback, réajuste sa casquette, griffe ses boyaux, se gratte l'entre-jambe et entre dans le bar. La musique de Bagdad café résonne de la cuisine, un digger joue à la roulette rustre avec un ocker triste, un vieil aborigènes cafouille avec le distributeur de cigarette, un touriste allemand bafouille devant son steak trop cuit, un surfer d'argent tripote sa canette de coke, un dandy savoure son homard à l'orange, un couple local termine sa tarte aux pommes dans l'indifférence générale. Un grand type sort de sa grosse japonaise et essuie son pare-buffle devant un bushranger qui finit de se servir en essence pendant que sa femme enlève les sauterelles mortes du pare-brise. Un jeune autostoppeur termine sa paquet de Barney Banana, boit une rasade de Victoria Bitter, sort son banjo et entame une Waltzing Matilda qui ferait pleurer un tondeur de mouton en grève ou une mouette unijambiste. Sous un parapluie, la femme d'un fermier longe la langue de bitume surchauffé, le vent fait tomber les panneaux publicitaires et fait virevolter les tumbleweed qui traversent le no-man's land. Certaines villes sont célèbres pour leur opéra futuriste, leur plage, leur lagon ou leur barrière de corail, une seule est célèbre pour ses "Black Guts", ses boyaux noirs qui, loin d'être un tord-boyaux, retournent les vôtres en même temps que vos sens.



Barossa Valley Shiraz Black Guts 2009 Rusden WinesRusden-Black-Guts-Shiraz-2010.jpg

Une robe grenat foncé aux reflets violets. Le nez de ses boyaux noirs est intense, il respire le fruit, la confiture de myrtille, la mûre, le cassis, mais aussi des nuances de poivre, de goudron, de lavande et de bois. La bouche est énorme, puissante, concentrée mais qui elle sait garder un peu de fraicheur pour arrondir des tannins jeunes mais relativement souples. L'ensemble est d'une gourmandise folle et la longueur en bouche est étonnante. Un vin à l'image d'un pays, hors norme.



La chouette, la pépite et le caviste orpailleur

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or_du_vin.jpgL'homme a créé le vin, il y a bien longtemps, à partir du fruit de la vigne et il a été si fier de son invention qu'il en a fait non seulement une partie importante de son alimentation, mais qu'il l'a intégré dans sa religion, ses traditions, ses plaisirs et même sa culture (Michel Bouvier). De Virgile à Rabelais, de Voltaire à Lord Byron, de Mozart à Verdi, tous les génies ont célébré le vin. Lubrifiant social pour Clavel, caverne de l'âme pour Érasme, chant de l'âme pour Baudelaire, prince enflammé, impétueux, traître comme tous les grands séducteurs pour Colette, Fields disait même que s'il buvait du vin c'était pour rendre les autres intéressants, c'est pas faux dirait Perceval, un dicton inconnu dit même que l’important, c’est de finir la bouteille, peu importe si on ne finit pas les phrases…

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Un Joguet, Chinon rien

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logo_domaine.jpgLe Domaine Joguet a longtemps été le phare des vins de Chinon, une gloire et une référence absolue dans la région. Le Domaine a été créé en 1957 par Charles Joguet et sa mère, Madame Veuve Joguet-Malécault (dont les initiales JMV ornent les capsules d'étain), à la mort de son père, vigneron coopérateur. Il va innover avec l’introduction des premières cuves inox à pigeage, en vendangeant en petites caissettes de 20 kg, et surtout, dès la fin des années 1950, en s’inspirant des pratiques de la Bourgogne, il va récolter, élever et commercialiser séparément les vins provenant de parcelles différentes, dont le terroir et l’âge des vignes diffèrent. C’est à l’époque une idée très novatrice dans la Loire, où la plupart des vignerons pratiquent alors un assemblage de toutes leurs vignes. Ainsi vont naitre le clos de Dioterie, le Clos du Chêne Vert, le Clos de la Cure ou les Varennes du Grand Clos, un cabernet Franc de Pied. En 1997, quarante ans tout juste après avoir créé le Domaine qui porte son nom, Charles Joguet tire sa révérence viticole pour se consacrer entièrement à son autre passion, la peinture. Après une période de flottement et quelques millésimes moins séduisants, le Domaine a été repris en main en 2005, avec l’arrivée d'un nouveau propriétaire, la famille Genet, un propriétaire qui a vite renoué avec la réputation des vins du domaine, des vins charpentés, bâtis pour la garde. Depuis, les vins du domaine Charles Joguet ont retrouvé précision, densité et élégance, des qualités rares du côté de Chinon.

Chinon Clos du Chêne Vert 2006 Domaine Charles Joguet

2006 est une année de vigneron, un millésime chaud en juillet et pluvieux en aout. Une récolte faible mais qualitative. Le Clos du Chêne Vert est un endroit mythique de Chinon, il doit son nom au monumental chêne vert qui le surplombe, c'est une repousse d’un arbre vieux de plus de huit cents ans planté par les moines de l’abbaye de Bourgueil au XIIe siècle, il est situé dans la ville, sur la rive droite de la Vienne. Deux hectares de fortes pentes orientés sud-ouest sur un terroir argilo et silico-calcaire.
clos-du-chene-vert-2006-g.jpgUn nez superbe, racé, beaucoup de menthol, de la cerise, de la fraise, des arômes assez curieux, indéfinissables, très originaux, entre le vernis et l'œillet. Surement un des bouquets les plus étranges (mais agréable) qu'il m'est été donné de sentir. Une bouche très fraiche toujours ses notes mentholée, un peu de réglisse, des tannins serrés, une grande acidité vivifiante et une finale sur des notes d'orange amère. Un vin étrange mais très agréable au final.

Le Charmes de la St valentin

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prince.jpgSamedi soir, j’ai fêté la Saint Valentin. Oui, je sais. Vous allez me dire que c’est commercial et un brin ringard. Je sais, j'ai déjà tenté le truc avec ma moitié de Champenoise, ça n'a pas marché. Aux bouquets de fleurs, elle préfère les cartes, bleue ou gold, c'est plus pratique pour le shopping. Puisque nous sommes tous des buses ou des alouettes, célébrons cette fête qui émane d'une tradition selon laquelle les oiseaux s'accoupleraient à la mi-février. D'autres pensent que l'origine viendrait d'Angleterre, où on a coutume d'écrire des mots d'amour en février, mais connaissant quelques Anglais, j'ai vraiment du mal à le croire. Mais voyons les bons côtés, la saint Valentin, ça permet de bien manger et de bien boire. Les antis Saint Valentin, ils rentrent du boulot et tac, ils sortent des endives, une boite de cassoulet, et un micro-onde et trois minutes plus tard, il pètent de joie. Les adeptes de St Valentin, ils se font mitonner de bon petits plats par leur Valentine. Ça permet aussi de sortit le costar et d'abandonner le jogging délavé. Pour les antis saint valentin, c'est fleurs, lingerie fine et bijoux tous les jours, moi, j’estime que quand je pense à rapporter le pain, c’est déjà une preuve d’amour. Oui, je sais, je ne suis vraiment pas romantique. Alors, quel vin pour la St valentin? Un vin qui rime avec valentin, un vin qui a du charme et qui accompagnera des St jacques, pour rester entre seins saints, mais aussi quelques ris de veau aux morilles. Bref, je n'ai pas fait preuve de beaucoup de subtilité dans le choix de la bouteille.

Meursault Charmes 2007 Domaine Henri GermainGermain_charmes.png

Un nez de suite expressif, poire bien mûre, agrume, chèvrefeuille, tilleul, fleurs blanches et un peu de noisette. Un nez classique, robuste et subtil à la fois. En bouche, c'est rond, ample, généreux, légèrement beurré, mais plutôt bien équilibré, même assez fin, racé, avec une longue finale épicée et ciselée. Excellent

Lafleur du mâle

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lafleur.pngUne histoire d'amour vineuse pour la St Valentin, ça vous dit? Au hasard de mes recherches sur le vin et le cinéma, je suis tombé, sans me faire mal, sur ce petit court métrage, réalisé à Berlin, par un jeune français, Mathieu Charrière. Un court métrage intitulé "Lafleur". C'est l’histoire d’un jeune français, qui lors d’une dégustation dans un club œnologique à Berlin, rencontre une jeune femme autour d’un verre de Lafleur 1982, le célèbre grand cru de Pomerol. Il possède une bouteille de 1979 chez lui et souhaite après quelques hésitations, lui faire découvrir. Il se demande s’il ne va pas le regretter, que cherche-t-elle, l'homme ou le vin? Un film "à moins de 1000 €", moins cher que beaucoup de grand Bordeaux. Le court métrage a obtenu le prix du public au festival oenovino 2013. L’idée de ce film remonte à son arrivée en Allemagne, il avait un peu le mal du pays, il a associé le vin à tous les moments partagés en famille ou entre amis. Le réalisateur et comédien ajoute: "Il y a plein d’histoires à raconter entre le vin et les hommes! J’ai commencé à écrire ce que j’appelle des histoires "avec" le vin. Dès que j’ai une idée, je ne la note pas tout de suite, j’essaie de l’oublier puis si le lendemain je m’en souviens encore, c’est que c’était une bonne idée". Un peu comme un bon vin, en quelques sortes…

Le lien vers le court métrage (VO sous-titres français)
https://vimeo.com/67722040


Tu Madiran tant

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evin1.jpgÇa fait des lustres et des candélabres que je ne m'étais pas indigné contre nos édiles débiles et leur rapport déplorable avec la boisson que j'adore. Dans ce beau pays de cocagne qui nous abrite, dans le pays du bien vivre, du bien manger, le vin reste le vilain petit canard boiteux, le parent pauvre de la gastronomie hexagonale, alors qu'il en était la fierté et l’orgueil. Autrefois partout connue pour sa joie de vivre, la France doit aujourd’hui abandonner cette légèreté pour laisser place aux préventionnistes de tout poil. On ne parle plus que de prévention, de principe de précaution, de Santé publique, de sécurité. Une croisade hygiéniste qui incite nos pouvoirs publics à ranger alcools durs et vins dans le même tonneau, au mépris de mille ans de culture viticole. C'est Jean-Jacques Rousseau qui a écrit, dans "Emile, ou de l’Education" :" la première fois qu’un sauvage boit du vin, il fait la grimace et le rejette; et même parmi nous, quiconque a vécu jusqu’à vingt ans sans goûter les liqueurs fermentées ne peut plus s’y accoutumer ! Nous serions tous abstèmes si l’on ne nous avait pas donné du vin dans nos jeunes ans". Dans la "Nouvelle Héloïse", il ajoutait : "J’ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres", Baudelaire enfonce le clou dans "Du Vin et du Haschich" : "Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables".

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L’Homme est un singe comme les autres

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m68732.jpgConnaissez-vous le théorème du singe? Présenté comme une expérience scientifique, ce théorème démontre la force du conditionnement dans le temps, indépendamment des conditions de départ. Le principe du théorème: mettez une vingtaine de chimpanzés dans une pièce, accrochez une banane au plafond, mettez une échelle permettant d’y accéder, équipez la pièce d’un système qui permet d'arroser la pièce d'eau glacée dès qu’un singe tente d’escalader l’échelle. Une douche froide associée à l’escalade de l’échelle: voilà le conditionnement. Les chimpanzés ne sont ni idiot, puisqu'ils sont génétiquement proche de l'homme, ni maso, même s'ils sont génétiquement proche de l'homme, ni amateur d'eau glacée. Ils apprennent très rapidement, en regardant leurs congénères mais également en tentant eux-mêmes l’expérience, qu'essayer de décrocher la banane, c'est la douche glacée assurée. Il suffit d’observer, si un singe tente l’expérience, les plus vifs se précipitent sur lui pour l’empêcher de faire subir au groupe, le châtiment de la douche froide. Deuxième étape, le système d'aspersion d'eau glacée est rendu inactif, mais les chimpanzés conservent l'expérience acquise et ne tentent pas d'approcher de l'échelle. C'est le conditionnement. Bien que ne craignant plus d’être douchés, les singes ont consolidé un comportement interdit. Le conditionnement est passé de "escalade-douche froide" à "escalade-châtiment corporel". Le conditionnement devient social, culturel. C'est devenu un comportement porté par le groupe et qui va se perpétrer dans le temps alors qu’il ne repose plus sur aucune donnée extérieure.

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Saint Joseph le misérable

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Victor_Hugo_001.jpgDans le roman de Victor Hugo, "Les Misérables", l'évêque de Digne sert à Jean Valjean un vin de Mauves ou vin de l'Hermitage, à cette époque, il n'y avait pas vraiment de différence entre les vins de Tain et de Tournon, deux communes limitrophes. L'histoire ne dit pas si la petite cosette a rempli son sceau de ce vin de Mauves qui deviendra le St Joseph en 1956. Entre Vienne et Valence, sur près de 50 km, sur la rive droite du Rhône, dans les départements de la Loire et de l'Ardèche, la Syrah pour les rouges, la Marsanne et la Roussanne pour les blancs, poussent tranquillement à flanc de coteaux, aux pentes escarpées qui offrent de belles vues sur les Alpes, le mont Pilat et les gorges du Doux. Ici on est en Ardèche septentrionale, "l’Ardèche au beurre", par rapport à l’Ardèche du Sud qualifiée "d’Ardèche à l’huile". C'est un Pays de contrastes, d’une étonnante diversité géologique. La diversité géologique de l’Ardèche est unique en France, toutes les empruntes glaciaires y ont laissé des couches, tous les types de sol affleurent : silice, calcaire, granit, gneiss, loess, micashistes, galets réfléchissant la lumière dorée bénéfique aux St Joseph. La syrah engendre des vins rouges élégants, souvent légers et tendres, aux arômes subtils de framboise, de poivre et de cassis. Les cépages Roussanne et Marsanne donnent des vins gras, souvent puissants, aux parfums agréables de fleurs, de fruits et de miel. Personnellement, j'aime beaucoup les Saint Joseph, et ceux qui n’apprécient pas ne sont que des Misérables.

St Joseph 2007 Mathilde et Yves Gangloffgangloff_StJo.jpg

Un nez qui se développe doucement, fruits noir, framboise, cassis, bois brûlé (qui s'estompera avec l'aération), cannelle, épices et lard fumé (chocolat le deuxième jour). Une attaque franche, fraiche, acidulée, des tannins fins, une belle matière, des notes de cendres, d'encre et de réglisse sur la finale. Une belle syrah, fraiche et plaisante, et quelle belle étiquette! Très bien


aoc-saint-joseph-1.jpg


Le goût amer du bon goût

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zoom_7668_EmotionVin021414035.jpgJeune, je détestais les huitres, plus tard j'en raffolais et aujourd'hui, j'en mange sans grand plaisir. Rien de plus normal, selon les chercheurs qui ont étudié les comportements et les changements de préférences gustatives aux différentes étapes de la vie du rat, l'animal le plus proche de nous. En effet, seul le rat est apte à comprendre comment on ouvre un pot de Nutella et à l'appliquer! Einstein disait "si le rat pesait 20 kg de plus, il serait le maitre du monde". Comme pour le rat, notre vieillissement serait donc la cause de ces changements de goût et de dégoût. Les jeunes rats préfèrent le sucre et montrent une forte aversion pour les aliments amers, avec l'âge, c'est l'inverse. C'est pareil chez l'homme! On sait aussi que le goût est également lié aux trajectoires socioculturelles et aux effets de cohorte. Ce goût, si précieux dans notre construction, est une sensation, mais également une émotion. Une autre étude révèle que la perception gustative du vin culmine vers 25-30 ans et se dégrade à partir de 45. Les œnophiles de plus de 45 ans rechercheraient des goûts plus forts, plus amers, faute d’identifier les plus délicats? Ça se tient, même si je ne connais personne, parmi mes œnopotes, qui préfèrent les vins puissants, rudes et difficiles. Bon, d’accord, si, peut-être bien l'Ermite, mais je ne les classerai pas parmi les œnophiles, mais plutôt les vieux besogneux du gosier. On pourrait aussi en déduire que ceux qui préfèrent les vins puissants aux amers boisés seraient les sujets les plus propices à la sénilité précoce, à la décrépitude avancée?

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A trop rêver de cochon on finit tête de lard

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sanglier1.jpgIl a attendu 45 ans pour savourer sa vengeance, 45 ans pour retrouver ce cochon de sanglier qui lui avait reniflé les animelles, un jour où il avait entrepris de déniaiser sa Marie-Lou sur une table forestière. Le souvenir de ce groin poilu qui s'était approché de ses bijoux de famille, l'avait hanté longtemps, comme les réminiscences de sa couarde fuite, le futal sur ses bottes de moto, juste habillé de son blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos qui cachait un tatouage avec un cœur bleu sur sa peau blême, et juste à l'intérieur, on lisait : "maman je t'aime". Ce souvenir l'avait empêché de dormir dans le noir de la forêt, sa vie durant. Avec le temps, l'Ermite s'était persuadé que la seule réponse humaine était la fuite. Pour éviter que ses parties génitales ne soient transformées en crumble aux figues, il avait laissé Marie-Lou sur la table, offerte au Dieu cochon. Ranulphe, son analyste imaginaire l'avait convaincu que, selon Jean-Mouloud Nietzsche, ses fuites nocturnes n'étaient pas un perpétuel aveu de faiblesse, mais une volonté de puissance, un syllogisme aristotélicien qui, a contrario, prouve son immense courage. De ces retrouvailles avec le cochon, il en avait rêvé longtemps.

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Quand Léonard devint ch'ti

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leo_chti.jpgLes voyages, ça me connait, je suis un ouf des grands voyages. Un jour, j'ai même été jusqu'à Lille, c'est dire si j'aime l'aventure. Entre deux trains, j'avais 2 heures à perdre, comme tout aventurier qui se respecte, je me dis qu’il serait judicieux d’aller visiter la bourgade, ne serait-ce que la grande place ou son célèbre musée dédié à l'œuvre de Martine. Autour de la gare, c'est le Bronx, des gosses pleurent, des mères suintent la bière et la frite, un baba cool Estonien essaye vainement de jouer "like a Rolling Stone" sur sa flute de pan. Je demande à un indigène comment on se rend dans le centre de sa jungle, il me répond par des gestes simiesques et un accent à faire saigner mes oreilles : "Ej t'arconnôs pa ti z'aute, t'es pa d'min couin, quoque qu'est qu'te berdoulle?", qu'on pourrait approximativement traduire par : "tu n'es pas d'ici, qu'est-ce que tu dis?" Bref, j'ai trouvé un autre autochtones qui parlait un peu anglais, je lui demande où se trouvait le musée et le bar à vin le plus proche. Devant sa mine ahurie, j'ai vite compris qu'il me serait plus facile de trouver une bière ou Dodo la saumure qu'un verre de Meursault bien frais ou un peu de culture, autant chercher une quenelle dans un bar lesbien. joconde-aubry.jpgQuelle ville de merde, elle est montée sur un vérin hydraulique pivotant sur lui-même pour éviter tout repérage possible. J’ai tourné 45 minutes autour de la grande place pour finalement trouver un semblant de bar à vins où une vieille Lilloise, molle comme mes amourettes dans un jacuzzi et efficace comme une caissière de SuperU, avait décidé de se faire les ongles pile poil au moment où j'entrais. 45 minutes plus tard je ressors du bar avec un vin indéfinissable dans le gosier, tiédasse comme un bain de siège, aussi gras qu'un cornet de frites et boisé comme l'Amazonie. Il ne me reste plus beaucoup de temps pour aller visiter cette ville qui commence sérieusement à me courir sur les noix de pécan. Je demande mon chemin à une gourdasse trouée comme un fromage suisse, elle avait même des piercings qui taquinaient les bourrelets qui lui tombaient sur son string de pétasse. Elle me répond dans un français typiquement "loftéen": "Ouaille, bouffon! Tu veux t'fritter? C'est nawak ton histoire! Tire-toi ou je te pète le boule direct! Résultat des courses, j’ai simplement eu le temps de passer au Relais pour m’acheter le dernier Charlie et je suis remonté dans le train. Cette ville a autant d’intérêt que mon Codevi débiteur. Je ne suis pas prêt d'y remettre les pieds, je préfère mieux me faire énucléer par un samouraï sous acide.


Choucroute dégarnie ou les tribulations d'un couple de comique

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4f04d87cdbba1d667223393b34eafdd49f2d406e.jpgLe duo est au comique ce que la choucroute est au chou, le cassoulet au haricot blanc, la poule au pot, sa forme par excellence. Le clown blanc et l’auguste, Laurel et Hardy, Jerry Lewis et Dean Martin, Jean-Pierre Elkabach et Georges Marchais, Chevalier et Laspalès, Zorro et le sergent Garcia, Eric et Ramzy, un petit Blanc et un grand Black, Sheila et Ringo, Mimi et Mati, Roméo et Juliet, Villeroy et Boch, Barbie et Ken, Simon and Garfunkel, Sacco et Vanzetti, Hansel et Gretel, Tristan et Yseult, Jacques et Bernadette, Paul et mille Victor, Roux et con Balusier, Tintin et Mouloud, il faut que la différence saute aux yeux et qu’il y ait du contraste, du comique, voire du ridicule... et le reste suit. L’humour, c’est comme le sexe, c’est quand même mieux à deux. Toutes les semaines, j'ai droit au duo le plus comique que je connaisse, Joël le Lorrain et L'Ermite Alsacien. Joël a été banquier et éventreur de syndicalistes en Moselle, "Y’a des fois où je faisais ça machinalement!" répète-il souvent. On le surnommait, la terreur de Saint Quirin. Même à la retraite, il est l’inventeur d'un produit financier qui rapporte 600% qui fait un tabac chez les vieilles séniles de son quartier, ce qui lui permet d'arrondir largement ses fins de mois. Il a dénoncé 75 % de sa famille au Fisc…un bon français en quelque sorte. Lui, c'est le clown blanc...

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