Hermitage Monier de la Sizeranne 2003 Domaine Chapoutier

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Robe rouge grenat, presque noire. Le nez s'ouvre sur des arômes explosifs de fruits rouges et noirs sauvages et compotés, des notes de chocolat et de réglisse ainsi qu'une pointe de poudre à canon. L'attaque en bouche est souple et soyeuse, la bouche est concentrée, très fruitée, les tannins sont souples et la finale sur le cassis. Très bien

L'Hermitage doit son nom à un ermite, Henri-Gaspard de Stérimberg, Chevalier de la cour de son état, qui s'était distingué durant la croisade contre les Albigeois (1208 - 1213). En 1225, se repentant des exactions cruelles commises durant sa vie, il s'adressa à la reine Blanche de Castille. Celle-ci envoya aux religieux de St-André-le-Bas l'ordre de recevoir Henri-Gaspard et de lui assigner un endroit de leur juridiction lui permettant de bâtir un ermitage. Il se retira donc au sommet du coteau de Tain pour méditer ; la sagesse venant (et la Grâce aidant), aussi habile à manier la charrue que l'épée, il se mit à cultiver de la vigne, car il n'y avait pas d'eau... Son vin, qu'il offrait à ses visiteurs, acquit petit à petit une réputation suffisante pour que la plupart des pèlerins passant dans la région prissent la peine de gravir le coteau dans le but de rencontrer l'ermite, sa sagesse et surtout son nectar. L'ermitage était facilement repérable à cause de la proximité d'une chapelle visible depuis la vallée. Construite sur l'emplacement d'un temple élevé par l'empereur Fabius à Mercure, dieu du commerce et des voyageurs, elle était dédiée à Saint Christophe. Elle est encore visible aujourd'hui. D'ailleurs, à cette époque, le vin était connu sous le nom de "Vin du coteau de Saint Christophe". Il s'appela ensuite "Vin de Tournon" et c'est au XVème siècle que les seigneurs, propriétaires des vignes, décidèrent d'honorer la mémoire du Chevalier en désignant leurs vins sous l'appellation actuelle de "Vins de l'Hermitage". Une légende du pays prétend que les premières vignes d'Hermitage auraient été plantées par Saint Patrick lors de son premier voyage en France vers 425. Gaspard se serait donc contenté de poursuivre ou de reprendre des cultures plus ou moins abandonnées et non pas de planter des ceps ramenés du Proche-Orient au retour de croisades, comme l'affirment certains. L'authenticité de ces origines semble un peu hasardeuse, mais, quoi qu'il en soit, la réputation du vin de l'Hermitage est très ancienne, par exemple : Henri IV et Louis XIII l'avaient imposé comme vin de cour. Dès le XVIIIème siècle, les grands vins du Médoc étaient "remontés" avec de l'Hermitage, surtout dans les petites années ; une étonnante pratique qui précédait les futures chaptalisations ; -"En 1750, le sieur Mure, de Tain, vend fort bien ses vins à Bordeaux où il les fait conduire toutes les années. On les appelle là-bas les vins de Mure."... Tous les ans donc, de grands Bordeaux étaient "hermitagés". Le Lafite 1795 est cité par le courtier Nathaniel Johnston comme le meilleur médoc de l'année, car il avait été fait avec de l'Hermitage ! Certains millésimes de Margaux auraient proclamé sur leur étiquette : "Château Margaux Hermitagé" !! (rapporté par Gérard Chave). Le catalogue des prix courants de Nicolas en 1828 proposait : Lafite 5 F, Haut-Brion 5 F, Hermitage 6 F. Au Concours agricole de Paris en 1856, le palmarès vins rouges commence ainsi : 1ers (ex æquo) : Hermitage, Clos Vougeot et Château Lafite. "Devant L'Hermitage, messieurs, découvrons-nous." Alexandre Dumas. Le tsar Nicolas II servit un Hermitage rouge au président français Emile Loubet le 25 mai 1902. Il lui apprit à cette occasion que la Cour de Russie achetait des vins de l'Hermitage depuis 250 ans, à lui qui était né à Marsanne dans la Drôme, pas bien loin de Tain !...