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Déjà, au Moyen-âge, les vins du Schoenenbourg étaient très recherchés car ils avaient la capacité de voyager sans perdre leurs qualités organoleptiques tout en en gagnant de nouvelles... Le bénéfice de l'âge pour des vins qui atteignent une complexité fantastique avec les années ! Pendant des siècles, cette faculté à subir sans entraves les désagréments d'un long voyage était indis¬pensable pour les vins destinés à rayonner jusqu'en Europe centrale, en Angleterre et en Scandinavie. Pourquoi les vins du grand cru Schoenenbourg ont-ils une telle aptitude au vieillissement ? « Ici, les sols sont constitués d'écorces de marnes du Keuper qui recouvrent du gypse, un minéral riche en soufre, explique Jean-Michel Deiss (domaine Marcel Deiss, à Bergheim). Ainsi, les vins issus de ce vignoble se conservent particulièrement bien grâce à leur teneur naturelle en soufre, Marc Hugel (maison Hugel, à Riquewihr) insiste également sur cette qualité en évoquant les fantastiques millésimes 1921 et 1937 ou bien encore le "trop jeune" 1961!

L'Alsace est la région viticole la plus sèche de France. Loin des influences maritimes, elle est protégée par les Vosges des vents et des pluies venus de l'ouest. "Ce climat favorise la lente maturation des raisins qui confère au vin des arômes d'une finesse et d'une intensité inégalées", souligne Marc Hugel. Le coteau du Schoenenbourg porte des vignes qui s'étagent de 265 à 380 mètres d'altitude. La partie la plus haute est aussi la plus froide. Elle présente les terres les plus légères du coteau. Des terres à la fois gréseuses et caillouteuses, pauvres en matière organique et acides. Les vignes de ce secteur donnent moins de fond aux vins que celles plantées sur la partie médiane du grand cru. La bande de terre la plus basse du coteau est également la plus argileuse et la plus riche. "Les parcelles de cette zone devraient systématiquement être enherbées pour que la vigueur des plants diminue année après année avant d'atteindre un certain équilibre", fait remarquer Marc Hugel. Les vignes de la partie médiane ont, elles, des bois naturellement maigres. Dans cette zone intermédiaire, le bon équilibre de rendement se met en place tout seul." À propos de cette partie du coteau, on pourrait sans doute parler du cœur du Schoenenbourg.

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Mais si la nature des sols du coteau varie du haut vers le bas, elle change aussi d'ouest en est. Les trois quarts du grand cru Schoenenbourg possèdent un sol marneux et une exposition au sud. Les terrains de la zone située le plus à l'est sont pour leur part de nature calcaire et exposés au sud-est. Il s'agit du Kronenbourg, plus chaud et mieux adapté au cépage gewurztraminer. Le Kronenbourg donne des vins plus fruités et moins austères que ceux de la partie marneuse du Schoenenbourg. Austère dans le meilleur sens du terme, celui de la pureté des vins et du respect qu'ils inspirent. Ainsi, il y aurait donc les Schoenenbourg du haut, du milieu et du bas ? Ceux de l'ouest et l'est. Il est clair que l'on trouve aujourd'hui des vins de Schoenenbourg aux qualités variables. Mais le potentiel du lieu est tel qu'il permet de donner des ailes à tous les vignerons. Jean-Michel Deiss parle de l'âme du Schoenenbourg. Une âme si forte qu'elle dépasse toute considération de cépages. "Ici, le terroir transcende le cépage et dessine la personnalité du vin, son humanité. D'ailleurs dans la tradition alsacienne, les vins des terroirs étaient seulement nommés par le nom du lieu", assène ce grand vigneron. Mais toujours selon Jean-Michel Deiss, laisser le terroir s'exprimer implique de se plier à certaines exigences en premier lieu, le respect de la complantation et une densité de plantation élevée. Ainsi, même si le riesling est largement majoritaire sur le grand cru du Schoenenbourg, les cépages complémentaires hérités du passé et inscrits dans une sorte de clef d'encépagement adaptée au terroir sont particulièrement précieux pour lui. "Le fait de planter un seul cépage, voire un seul clone du cépage, empêche l'expression complète du terroir à l'image d'une personne dont le vocabulaire trop pauvre l'empêcherait de révéler ses sentiments", affirme ce dernier.

Selon le millésime, le coteau du Schoenenbourg peut donner plus ou moins de vins secs, de vendanges tardives et de sélections de grains nobles. Ces dernières sont les plus difficiles à élaborer et par conséquent les plus rares. Elles ne voient le jour que certaines années, quand les conditions climatiques se montrent idéales. "Les particularités du Schoenenbourg et notamment son microclimat nous permettent de réaliser régulièrement les prestigieuses vendanges tardives et sélections de grains nobles ", souligne Bernard Schwach. Mais tous les vignerons ne rêvent pas forcément de pourriture noble au Schoenenbourg... "Je cherche avant tout à élaborer des vins secs car ce sont ceux qui me passionnent le plus", précise ainsi Vincent Stoeffler, vigneron à Barr. "Mais ce n'est pas si simple ! Les raisins de ma parcelle de Schoenenbourg ne le permettent pas toujours. Souvent, lorsqu'ils arrivent à parfaite maturité, ils contiennent déjà trop de sucre pour pouvoir donner des vins secs ! "

grappe.jpgCes entrechats avec le climat permettent également de composer des vins issus de raisins aux maturités diverses. Ainsi, les baies peuvent chacune apporter une touche qui leur est propre selon leur degré de contamination par le botrytis cinerea, le champignon responsable de la pourriture noble. "Lorsque nous élaborons nos vins de vendanges tardives, nous tenons à incorporer une partie de raisins sains qui apportent de la complexité et une expression accrue du terroir", explique Marc Hugel. Qui dit sucre, dit également acidité. Ainsi, élaborer des vins concentrés et riches en sucre ne rime à rien s'ils ne possèdent pas aussi une acidité affirmée. Car c'est cette acidité qui permet aux vins les plus riches de trouver leur équilibre et de rester élégants. De ce point de vue, Schoenenbourg a la marque des grands crus qui, seuls, ont la capacité de conférer aux vins cette acidité indispensable.

Géologie

Une géologie tourmentée pour des sols très variés le vignoble alsacien est installé le long des Vosges sur les collines situées au pied de la chaîne de montagnes. Entre les failles Vosgienne et rhénane, un jeu de failles quadrille la zone en un véritable patchwork de sols, un échiquier dont les cases correspondent à des terrains globalement argilo¬calcaires, mais de lithologies et d'âges différents. Des cases d'autant plus effondrées que l'on part du nord-ouest pour aller vers le sud-est.

Le Schoenenbourg est situé sur le flanc nord du village de Riquewihr. L'extrémité est du Schoenenbourg correspond à La zone du Kronenbourg et présente des sols de marnes calcaires datant du lias. Les terrains du reste du coteau datent du Keuper. Ils sont marneux, dolomitiques, gypseux, et recouverts par un sol siliceux et caillouteux issu des grès des Vosges situés plus à l'ouest. Le sol est donc léger et aéré. Mais le sous-sol est argileux et retient l'eau. Celle-ci pénètre facilement dans le sol et se bloque ensuite au niveau des couches argileuses situées dans le sous-sol, ce qui provoque parfois des glissements de terrain ! C'est la raison pour laquelle les terres de Schoenenbourg sont drainées artificiellement depuis des siècles. Ainsi, lorsque les vignerons installent de nouveaux drains, il leur arrive de découvrir des drains en pierre datant du Moyen Âge

Les caractéristiques de l'appellation

  • Le Schoenenbourg est classé grand cru d'Alsace depuis 1985
  • Surface : 53,4 hectares.
  • Communes : Riquewihr, Zellenberg.
  • Cépages : riesling majoritaire, gewurztraminer, pinot gris, muscat â petits grains et muscat Ottonel.
  • Densité de plantation : 4 500 pieds/hectare minimum.
  • Mode de taille : Guyot.