medium_parker.jpgRobert Parker a son goût, son goût d'Américain ou "plus c'est gros" et "plus c'est bon"? Plus un steak est gros, plus il est bon. Et tu remplaces par voiture, maison, bijou, piscine, femme, non pas femme, ça marche pareil. L’évolution du goût change petit à petit avec l’évolution des goûts des consommateurs. Néanmoins certains paramètres comme l’argent ou l’esprit moutonnier des américains suivant comme un seul homme les directives de leur gourou avocat sont moins glorieux et contribuent t-il à modifier les vins? Ses détracteurs lui reproche son amitié avec certains «winemarkers» notamment l’incontournable Michel Rolland, le roi du micobullage, présent sur des centaines de domaines dans le monde.

Le goût du "Million Dollar Nose" pour les vins jeunes influence t-il les Bordelais? L'argent est le nerf de la guerre. Le prix des investissements nécessaires à la réalisation d'un grand vin est un paramètre fondamental de la réussite qualitative d'un vin. A Bordeaux, le patrimoine des propriétés familiales est suffisamment important pour supporter de tels investissements. Quant aux propriétés d’une compagnie d’assurance ou d’un groupe industriel, rien n’est trop beau pour sa “danseuse”. Les coûts de revient des grands crus Bordelais sont de l’ordre 20 à 30€ la bouteille. Comment fait-on quand on vend 10€ la bouteille ? Que deviendrait ses grands crus si on leur allouait un budget de 10€ par bouteille ? Quelle qualité aurait Yquem sans 10 passages de vendanges de tries dans les vignes? Peu de propriété peuvent se permettre de vendre des vins "à point" comme la Véga Sicilia. Il faut vendre vite, voire avant en primeur, des vins à boire dans 10 ou 15 ans. Plus vite les vins seront bus, plus vite les caves seront renouvelées et moins cela coûtera. Il faut donc vinifier des vins souples, soyeux, prêts à boire plutôt que de chercher à extraire l’inextricable et de faire des vins déséquilibrés comme en 1984 ou 1987. L’œnologie est-elle si bien maîtrisée que les vins atteignent la perfection et peuvent être consommés à peine l’élevage terminé? Ou bien les caprices économiques demandent-ils à l’œnologie de travailler des vins prêts à boire? Et si l’avantage de plus en plus probant du Merlot dans les assemblages était en adéquation avec cette politique? Et si se n'était uniquement une affaire de gros sous?

Robert_Parker_is_insane.jpgLes notations de Bob l'éponge sont tellement attendus qu’elles régentent le profil de bon nombre de crus. En revanche, les fermentations malo-lactiques en barriques sont beaucoup plus récentes. Il ne fait aucun doute, aujourd’hui qu’elles n’apportent pas grand chose sinon de mieux présenter les vins lors des dégustations des primeurs au mois de mars. Autrefois, les professionnels étaient essentiellement les négociants appelés à se positionner sur leurs achats. Parce qu’ils étaient régulièrement dans le vignoble et qu’ils connaissaient les propriétés, ils étaient capables de déguster un vin en cours d’élevage et en apprécier ses futures qualités. Malheureusement, beaucoup de nouveaux négoces, essentiellement étrangers, ne sont pas capables d’une telle appréciation et la presse, encore moins. Que penser de l’appréciation du profane dans de telles conditions ? Que penser d'un journaliste stupéfait de déguster un second crû classé sec et maigre après mise en bouteille alors que les vins se présentaient superbement en primeur? Que penser de l'appréciation de pseudos spécialistes sur des vins de très grande classe, notés austères et rustiques après 2 ou 3 ans de bouteilles? Il n’est pas étonnant que les vignerons s’efforcent par tous les moyens de présenter les meilleurs vins. La fermentation malo-lactique en barrique, en assouplissant les vins, fondant davantage le boisé et accordant temporairement plus de plaisir que le même vin faisant sa “malo” en cuve et entonné après, fait l’unanimité des dégustateurs. Pourquoi s’en priver ? Surtout que ça peut rapporter gros.

La “Parkérisation” des vins existe bel et bien. Il faut lui reconnaître une constance dans ses goûts et ses choix. Un goût dit « à l’américaine » de vins bodybuildés, boisés et concentrés. Ce style musclé, grosse artillerie et parallèlement prêt à boire ne fait-il pas le jeu des appellations du sud de la France ou étrangères ? Pourquoi un Montus se distingue-t-il dans une dégustation aux Etats Unis au milieu des meilleurs crus classés Médocains ? Comment expliquer que, lors de la célèbre dégustation à l’aveugle de la revue “Que Choisir?”, le groupe des dégustateurs confirmés a confondu crus de Bordeaux et de Bourgogne avec des crus Chiliens, Californiens, Espagnols et inversement ? Ne serait ce pas un problème d’identité de terroir? L’élégance et la finesse des vins français, qui les ont rendus uniques, ne sont-ils pas tout simplement effacées par ces attributs “bodybuilder” qu’on sait développer partout dans le monde. L’élégance ne s’achète pas, par contre, pour la musculation il suffit d’une salle de gym. Et comment vieilliront ses vins? D'après un ouvrage de Franck Dubourdieu, les vins des années 1800 avaient une longévité de près de 200 ans, pour les millésimes de 1920 à 1930, elle était de 100 ans, les 1960 avait un potentiel de 80 ans et les 86, 40 ans. Nous pouvons alors reposer la question : sommes-nous en train de boire les dernières bouteilles capables de traverser tout un siècle ?

robert-parker-portrait.jpgParker est simplement un journaliste qui a réussi. Il est devenu incontournable, il à une expérience fabuleuse, c’est un grand dégustateur. Comme tout le monde, son goût a beaucoup évolué. Certes le goût Parker se distingue des autres par la recherche d’une structure tannique et puissante, un peu à son image, ça n’exclut pas pour autant la finesse et l’élégance, on le voit évoluer aussi dans son appréciation pour des vins qui eux ont peu évolué, Cheval Blanc par exemple, on ne peut pas dire que Cheval-Blanc depuis vingt ans ait perdu son âme, pour plaire à Bob, et Parker a peut-être aussi évolué vers une notion de finesse. Le Parker d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a vingt ans. Les vignerons qui continuent de faire des vins très boisés pour plaire à Parker se plantent complètement, car il ne les aime plus. Parker est très influent dans le monde anglo-saxon. Il a une immense qualité, il a fait aimer le vin aux Américains et il leur a appris à goûter les vins étrangers. Il faut savoir relativiser la critique. Le consommateur est de plus en plus informé, éduqué, intelligent et il sait exercer son sens critique.