Carte_1_R_C_121.jpgFin 890 environ, une grande partie du vignoble actuel de la DRC était la propriété du Prieuré de Saint-Vivant de Vergy. Les différents climats ont pris forme au fil des siècles. C'est un relevé des Cloux (Clos) appartenant à Saint-Vivant datant de 1512 qui nous présente les crus les plus prestigieux de Bourgogne avec des limites déjà précises qui ne changeront pratiquement plus par la suite.
- Le Cloux des Cinq Journaux et les Trois Ouvrées forment la future Romanée-Conti.
- La Vigne au Couvent de Cisteaux deviendra les Richebourg.
- Le Cloux du Moytant et le Cloux des neuf Journaux formeront la Romanée-Saint-Vivant.

stvivant.jpgEn 1512, cette vigne s'appelait donc le "Cloux des Cinq Journaux". Plus tard, mais avant 1584, elle devient le "Cros des Cloux" (littéralement le "Creux des Clos"). A cette époque, suite à un mystérieux fléau, elle fut laissée sans ceps. Claude Cousin l'acquiert au début 1584. C'est lui-même qui planta cette année-là les ceps de "Noirien", terme utilisé jusqu'à la fin du XIXème siècle pour désigner le Pinot Noir, ceps qui subsistèrent par la technique du provignage jusqu'à la fin 1945. La méthode dite de provignage consiste à abaisser un rameau dans le sol afin qu'il y prenne racine, cette vigne fut renouvelée par elle-même durant 361 ans. Le nombre de pieds à l'hectare étant à peu près 3 fois plus élevé qu'aujourd'hui, soit jusqu'à 24.000 ou plus. On trouve pour la première fois le nom de Romanée en 1651, après que la vigne eut été vendue par les moines du Prieuré de Saint-Vivant et fut devenue la propriété de la famille Croonenbourg qui la conserva jusqu'en 1760.

Souper_Prince_Conti-small.jpgA chaque transaction, cette vigne se négociait 5 à 6 fois plus cher que tous les autres crus bourguignons éminents. Louis François de Bourbon, fastueux Prince de Conti, acheta le domaine en 1760. Son train de vie grandiose justifia peut-être à ses yeux de payer cette vigne dix fois plus cher que les meilleurs crus voisins. Mais une légende nous dit aussi que Madame de Pompadour convoitait la Romanée. Son inimitié reconnue envers le Prince l'aurait forcé à cacher son identité et à monter fort haut le prix pour parvenir à ses fins. Quoi qu'il en soit, cette démarche allait accorder au Prince le privilège de servir le plus grand vin de Bourgogne pour sa table exclusivement. Le cru, déjà célèbre, entrait ainsi définitivement dans la légende. Amateur d'arts et de sciences, le riche Prince avait sa propre cour, il pensionna les plus célèbres musiciens afin qu'ils soient toujours disponibles pour ses soirées, les soupers qu'il organisait étaient renommés dans toute l'europe. A cette époque, la Romanée comportait 20% de Pinot Blanc. La couleur était un facteur moins important qu'aujourd'hui, et le Pinot Blanc apportait "finesse et bouquet".

A la mort du Prince de Conti, son fils Louis François ne reprend que les dettes de son père. Arrive la Révolution. Le Prince est dépossédé de ses biens. C'est à ce moment que la Romanée devient la Romanée-Conti, c'est à dire bien après la mort du prince… Les fonctionnaires de la Révolution qui confisquent le domaine et qui sont chargés de la revente, sont assez lucides et malins pour ajouter pour la première fois le patronyme exécré de Conti à Romanée, pressentant que commercialement l'initiative ne serait pas mauvaise pour en tirer le meilleur prix. Ils ajouteront même que ce vin "soigne les maladies". La Romanée-Conti, est mise aux enchères en 1794. La haute provenance aristocratique fut un argument de vente non négligeable, même pour les révolutionnaires.

A cette époque, elle change plusieurs fois de mains. En 1794, Nicolas Defer, en 1819, elle devient la propriété de Julien-Jules Ouvrard, le fameux et controversé banquier de Napoléon. En 1869, elle est vendue par les successeurs d'Ouvrard, la famille de Rochechouart et elle est achetée par Jacques-Marie Duvault-Blochet, déjà propriétaire à Richebourg, à Echézeaux et à Grands Echézeaux. Dès sa mort en 1874, le domaine se dégrade car il passe à ses divers descendants qui le négligent durant plus de 30 ans.

Croix_1_R_C_121.jpgEdmond Gaudin de Villaine, époux de Marie-Dominique-Madeleine de Chambon reprend la gérance du domaine en 1911, et dépose la marque "Domaine de la Romanée-Conti" en 1912. Associé avec son beau-frère Jacques Chambon, il va imposer les bases qualitatives reconnues aujourd'hui. Ils acquirent la Tâche en 1933. La fructueuse collaboration dure jusqu'en 1942, année ou le Domaine est intégré à une Société Civile. Henri Leroy reprend alors les parts de Chambon et insuffle un sang neuf dans la société. Durant huit ans, les deux associés feront un remarquable travail de mise en valeur de l'ensemble du Domaine.

A partir de l'invasion du phylloxéra, les vignes était régulièrement traitée au sulfure de carbone pour la protéger. Les ceps dépérirent pendant la période de la deuxième Guerre Mondiale car on ne trouvait pas de sulfure de carbone. On les arracha en octobre 1945. Cette année, la quantité engrangée fut faible au point de ne fournir que deux pièces de vin, soit un rendement ridicule de 2,5 hl/ha. Le rare et précieux liquide ne remplit que 608 bouteilles! La vigne fut replantée en 1947 avec des pieds américains et produisit à nouveau du vin en 1952. Les millésimes d'avant 1945 avaient des rendements extrêmement bas qui oscillaient naturellement entre 6 et 20 hl/ha, parfois un peu plus. Les millésimes de la vigne renouvelée, passent de 15 à 30 hl/ha, ce qui est toujours bien plus bas que tous les autres grands crus rouges de ce monde. La vinothèque du Domaine est enrichie chaque année depuis 1978 d'une cinquantaine de bouteilles par cru. La plus vieille merveille conservée est un Richebourg 1911.

Vosne-Romanee-vignoble-de-la-Cote-de-Nuits.jpgA la mort d'Edmond Gaudin de Villaine en 1950, son fils Henri lui succède. En 1954, Henri Leroy partage ses parts entre ses deux filles Pauline et Marcelle Lalou. En 1974, de nouveaux statuts de la Société établissent un "conseil de surveillance" occupé par Henri Leroy et Henri de Villaine, ainsi qu'une "codirection" assumée conjointement par leurs enfants Lalou Bize-Leroy et Aubert de Villaine. Pauline Roch reprend le flambeau de son père Henri Leroy décédé en 1980. La Société Civile achète la Romanée-Saint-Vivant en 1988: la boucle est bouclée. Elle détient désormais pratiquement les mêmes domaines que le Prieuré de Saint-Vivant 11 siècles plus tôt. A la fin 1991, Lalou Bize cède son poste au profit de son neveu Charles Roch qui décède tragiquement quelques mois plus tard. Il est remplacé par son frère Henry-Frédéric Roch. En Janvier 1993, Henri de Villaine est remplacé par son neveu du même nom.

ecrit_1_R_C_121.jpg