Après son mariage, le soir venu, pour ne pas passer à la tajine, elle racontait une histoire palpitante et grivoise au sultan sans la terminer, l'histoire pas le sultan qui lui se termine à la main, un peu comme sur TF1 avec Julien Lescaux mais sans les images. Son prince pas charmant veut alors tellement connaître la suite du feuilleton, celle quand Julie dit au bandit " arrête ou je te plombe une dent", qu'il lui laisse la vie sauve pour une journée de plus. Ce stratagème, plus connu aujourd'hui sous le nom de "pas ce soir j'ai mal à la tête", dura approximativement mille et une nuits au bout desquelles le sultan, pas pressé, abandonna sa résolution d'écran et décida de garder Shéhérazade auprès de lui pour e01-nadiya-bellydance.jpgtoujours et ils mirent beaucoup d'enfants en Perse. Les contes de Shéhérazade nous sont parvenus grâce à Pierre Bellemare et Fernandel. Le plus connu est Ali Baba et les 40 voleurs qui raconte la trépidante aventure d'un apprenti pâtissier qui entendait des voix qui lui disait d'aller dans une grotte de sésame qui appartenait à une association de 40 garagistes un peu voleurs, mais comme il préférait le rhum, il a créer le Baba au rhum et il s'est ruiné en essayant de les vendre dans un pays où on ne bois pas d'alcool. Une autre histoire raconte la trépidante aventure d'Aladin, qui, un jour de pleine lune, trouva une lampe qu'il frotta énergiquement, survint un grand type un peu chauve, mais l’air gentil quand même. Comme s'était un génie, il lui accorda son violon et lui tint un peu prés se langage, "je suis Zinedine Zidane, je suis un génie déguisé en footballeur, roi de la roulette, l’important c’est le collectif et je me mets au service de l’équipe, c’est vrai que j’ai du talent et tout, c’est sûr qu’au jour d’aujourd’hui, il n’y a plus de petites équipes, il faut savoir prendre les matches les uns après les autres et il faudra travailler dur pour se qualifier mais je refuse de tirer la couverture, sinon comment tu veux qu’on garde les pieds au chaud, mais je peux aussi te donner un bouteille d'Evian, la paix dans le monde, beaucoup d’argent, un ballon usagé ou un slip dédicacé de Clara Morgane à moins que ça ne soit l'inverse." Comme il était pas très futé l'Aladin, il lui demanda de pouvoir assouvir sa passion et il devint derviche tourneur sur bois. Sinbad est une pâle copie d'Ulysse au pays des Mers vieilles. "Les sept Vizirs" raconte la trépidante aventure d'un jeune prince qui a fait le vœu de tenir sa langue pendant 7 jours. Une de femme du roi, qui ne savait tenir la sienne de langue, tenta de le séduire en lui proposant moultes gâteries, plus salées que sucrées. Devant le refus du naïf, elle l'accusa de l'avoir bouyavée et il fût condamné à mort de décès par le roi. Ne pouvant se disculper sans briser son vœu, il fût défendu, quand la bise fut venue, par 7 vizirs dont une vizirette vaisselle. Chaque jour, un des vizirs raconte un récit illustrant la perfidie des femmes et le roi grâcie le prince. On peut noter que déjà, c'est un plagiat éhonté de l'idée de départ, mais en inversant les rôles, ce qui prouve que les scénaristes de l'époque n'avaient que peu d'imagination fertilisante. La femme perfide et manipulatrice, le soir venu, sur l'oreiller, la langue toujours agile, racontait au roi une histoire à base de blondes, de petits lapins sauvages et de bizounours espiègles et le prince est recondamné à être exécuté le jour suivant. Le Vizir suivant défendait l'impétrant, l'épouse remettait le couvert et ainsi de suite pendant 7 jours. Au bout de sept jours, le prince of Persia, étant de nouveau autorisé à utiliser sa langue, qu'il avait ma foi d'un fort beau gabarit, se disculpa et pardonna à sa calomniatrice et ils n'urent pas plein de petits chats persans. Le voleur de Bagdad raconte la pitoyable aventure de Bush le voleur, qui amoureux de la belle princesse Texaco, envahit l'Irak pour affronter l'ignoble Saadam. Heureusement le Prince Obama, sur son fidele destrier, Sherman, viendra apporter l'espoir mais pas la paix. Mais on ne peut pas tout avoir même dans les contes. Notre vœu à nous, s'était de boire, avant DC une RC de la DRC en écoutant un CD de JC. Notre conte de mille et une Nuits de Bourgogne, à nous, la millième, le mythe des mythes se tenait devant nous, fier comme un Châteauneuf du Pape, mais bourguignon quand même. Notre but est atteint, comme la tarte du même nom.

Hautes Côtes de Nuits 2007 DRC Cave d'Augé 01hcnblancdrc.jpg

Nez sur les fruits exotiques, le citron, l'ananas et l'amande amère, grillé. L'élevage est présent, sans excès, la bouche est droite, fumée, c'est relativement complexe pour un Haute-Côte de Nuits et le vin possède une belle et agréable finale. Une entrée en matière. 13.88 Bien

Corton-Charlemagne 2003 Rémi Jobart

Robe jaune clair, grosses larmes. Le nez est puissant, élégant, empyreumatique et finement grillé. L'aération développe de beaux arômes de chèvrefeuille, de pêche et de poire. La bouche est ample, fine et majestueuse, large et longue, avec une grande finale fruitée et fraiche. J'ai beaucoup aimé. 15.50 Très bien

Macon Pierreclos Tri de Chavigne 2002 Domaine Guffens-Heynen03TrideChavigne.jpg

Belle robé jaune dorée. Le nez est baroque, finement citronné, très mûr, fruits exotiques, vanille, menthe. La bouche est droite avec une matière dense et fine, légèrement beurrée et d'une grande fraicheur. L'équilibre est superbe comme la finale. Fin, féminin proche d'un Puligny. 16.50 Excellent

Le Clos des Petits Croux 2002 Domaine Guffens-Heynen

L'anti-thèse du Pierreclos. Plus masculin, plus viril avec une puissance, certes contenue, mais bien présente. Plus de nez, plus de grillé (boisé), plus complexe, plus racé, sur le pamplemouse, la mangue, les épices et le genet. La bouche est imposante mais garde beaucoup de fraicheur et d'élégance. La matière emplit le palais et nous porte vers une grande finale, sur de fins amers qui fait exploser les caudalies. Masculin, magnifique proche d'un Chevalier. 17.19 Excellent


Il fallait bien commencer cette soirée par un vin issu du Domaine de la DRC. Même s'il n'est "simplement" que vinifié à la DRC et commercialisé par les Caves d'Augé, ce Hautes Côtes de Nuits restera comme la 1.000è bouteille de l'ére du Soiffard, et ça s'arrose. Le Corton de Rémi Jobart n'est pas une folie, il surprend par sa finesse et sa fraicheur. Mis à part le tandem papy grincheux (surtout l'Australo-revêche), faut pas pousser le bouton plus haut que la braguette, les deux Guffens ont ébloui par leur nettété, leur droiture, la race et la classe du vinificateur (surtout pour le clos des petits Croux). Des vins proches des meilleurs Puligny. Je suis d'accord pour dire que les vins du Belge de Vergisson ne sont pas d'une typicité remarquable en Maconnais, ils en sortent même largement, et je m'en bats les joyeuses. Le caractère du maconnais, je ne sais pas vraiment ce que c'est, si c'est des vins sans matière, acide et vert, je préfère le style opulent et baroque du Jean-Marie Guffens. Si ces vins sont réputés dans le monde entier pour leurs qualités et leurs personnalités, il doit y avoir une bonne raison. S'ils nous inspirent des commentaires dignes des grands crus de la Côte de Beaune, c'est qu'ils sont hors normes et si en plus ils sont vendus (certes chers) mais pas plus cher que les grands crus de Meursault ou de Puligny, c'est encore mieux. Sur ce, on passe aux rouges sinon grincheux va nous faire une divagation urinaire, c'est notre Pascal Obispo du Chardonnay, c'est bien simple, quand notre acariâtre atrabilaire n'aime pas un blanc, c'est que c'est grand voire très grand. Petit, il a du être shampouiné au Gros Plants Nantais, depuis il est tout rêche et il fait une allergie aux blancs.

Volnay Champans 1er cru 1985 Marquis d'Angerville

Robe claire. Nez de sous-bois, de champignon, de cuir, de cerise et de rose fanée. La bouche est belle avec une matière encore bien présente, des tannins légèrement asséchants, une acidité marquée et une longueur respectable. Un vin vieux ou plutôt, un vieux vin aimable. 14.56 Très bien

Gevrey Chambertin 1er cru Le Poissenot 1990 Domaine Geantet-Pansiot 06Poissenots.jpg

Belle robe violacée. Nez très ouvert, bouqueté, sur la fumée, l'humus, la truffe et la cerise noire. La bouche est puissante, réglissée, les tannins sont virils et la longueur honnête. Puissant mais léger manque d'élégance. 14.88 très bien

Chapelle Chambertin 1990 Domaine Drouhin Laroze

Robé acajou. Nez développe et tertiaire, de sous-bois, de cerise noire, de chocolat amer, de terre humide et de champignons. La bouche est étoffée avec un beau fruit, une belle matière équilibrée et des amers intéressants en finale. Une belle Chapelle terreuse et accueillante. 15.94 très bien

La Tâche 1975 Domaine de la Romanée Conti08LaTache .jpg

Robe de rosé de Marsannay. Nez très évolué de rose fanée, de poussière, de coing, de fleur d'oranger, de vieux rhum, de cuir, de framboise et œillets. La bouche est objectivement fatiguée, mais tout est dans le filigrane, dans le manuscrit ancien, le vieil ouvrage qui se dévoile doucement. Passé la poussière, les enluminures se découvrent, la mémoire de tannins ressurgit, les vieux parfuns de grimoires remontent, de grandes lettres ornementales majuscules dessinées en rouge nous racontent une belle et vieille histoire de terroir qui intime le respect. Le vieux grimoire nous jete un sort et l'étonante jeunesse ressurgit par magie, c'est du domaine de l’invisible, de l'indiscible, de la rumeur de sorcellerie, le parchemin se fait carte au trésor et le message du pinot noir devient incontestable, d'une extrême délicatesse et d'une longueur paisible. Les impatients seront resté sur un bredouillement, les bienveillants auront écouté une belle et grande histoire de Bourgogne. 17.21 Excellent


La Tâche est un vin fabuleux, le millésime 75 en Bourgogne est exécrable. Peu de vin de cette année sont encore en circulation et encore moins sont buvables. On ne s'attendait pas à grand-chose en ouvrant cette relique. La couleur nous donnait raison, un rosé dilué, des arômes de poussière et une bouche fluette. L'étiquette semblait plus magique que le contenu. Mais le cœur d'un grand terroir continu toujours à battre. Tous ceux qui ne croient pas à la force du terroir devraient vivre cette expérience de dégustation. Une baguette magique a effleurée nos verres pour transformer un vin vieux en moment de grâce et de recueillement autour d'un vieux vin. Une leçon de patience. Les trois précédents nous avaient parfaitement préparés, des pinots noirs âgés, mais des histoires de terroirs, de la transmission orale, des histoires de griots noirs de Bourgogne, à rebours de toute la vinification moderne, des winemakers et des vins bodybuildés. Magique!

J'ai un remède parfait contre un peu près toutes les maladies, le régime sans fruit et sans légume, sept jours sur sept, douze mois par an. Selon une étude Boukistanaise, ce régime écarterait toute les infections connues et même les autres, sans toutefois garantir l’absence de soucis annexes, artères principales bouchés, 40 kg de plus au compteur de la balance, boutons purulents, scorbut, problème d'érection, santé mentale altérée… A l'aulne de cette révélation, vous allez, sans aucune honte, posé un regard plein de reconnaissance, de concupiscence, d'amour et de désir charnel sur la saucisse de Morteau qui somnole gentillement sous le nombril de votre bouchère, enfin sur son étal, sinon c'est pas une bouchère. Ce noble boyau jurassien peut vous sauver la vie de manière bien plus voluptueuse qu'un vulgus cachet de Laxaron. L'épicurienne Morteau franc-comtoise est, pour la charcuterie, l'équivalent, dans le monde de l’art, de Kurt Cobain, James Dean, Van Gogh ou Mozart. Eux aussi sont morts tôt. Pour accompagner cette princière saucisse, il lui fallait un apprêt royal, un tapis majestueux de lentilles vertes du Puy, quelques tranches augustes de jambons séchés avec amour, gloire et beauté, une pointe orientale de coriandre, une touche extrême orientale de Wasabi, un souffle de fantaisie avec quelques effluves d’ail des ours. Une déclinaison Jurasso-asiato-retro-futuriste d’un classique régional illustre. En effet, les moins mou du cervelas auront noté qu’en remplaçant le wasabi par de la moutarde et la coriandre par du persil, on obtient la plus couillonne des saucisses aux lentilles. Mais avouer que ça le fait grave, un poème dans une assiette, vous avez remarqué que les plats dont les noms sont extrêmement longs à lire sont souvent incroyablement rapides à engloutir, demandez à JeanDa si vous avez un doute.

Saucisse de Morteau à la crème de wasabi sur son lit de Lentilles vertes du Puy au pesto et fleur d'ail des ours


Lavaux St Jacques 2006 Domaine Pacalet09pacaletLavaux.jpg

Après les Vieilles gloires, un infanticide. Robe grenat profond. Le nez est intense, subtil, sur des notes de cerises épicées, de fleurs séchées, de cannelle, de prune. La bouche est soutenue par une acidité tendue, une matière aérienne, des tannins soyeux et un fruit éclatant. Un vin fin, précis, un esprit de la Goillotte qu'Alain adore. 16.06 Excellent

Echezeaux 2004 Domaine Lamarche

D'entrée, ce qui frappe, c'est la minéralité importante qui marque le vin. La robe est violacée intense. Le nez est explosif, minéral, graphite, cerise noire, fraise, bourgeon de cassis. La bouche est concentrée structurée sur de fins tannins, beaucoup d'amplitude et de classe. Grande longueur. Une claque. 17.25 Excellent

La Grande Rue 2004 Domaine Lamarche11GrandeRue.jpg

Beaucoup de similitude, toujours une robe violacée, un nez de graphite moins marquée, plus sanguin, fumée, tourbé sur des notes de fruits rouges et noirs et d'épices de curry. La bouche est fine, plaisante, raffinée, parfaitement équilibrée entre des tannins puissants et soyeux. Une belle ligne acide tend le vin vers une magnifique finale. Re-baffe 17.81 Excellent

Vosne Romanée 1er cru Duvault Blochet 2004 Domaine de la Romanée Conti12DuvaultBlochet.jpg

Les raisins sont issus du second passage dans les vignes des grands crus. Produite en 1999, 2002, 2004, 2006 et 2008 . Le nez est très ouvert, très animal, sur des arômes de framboise, de viandox, de ronce et d'amande. La bouche est ample, racée, sur de fins tannins enveloppant et une finale sur les fruits rouges. Une approche un brin animale de Vosne. 17.88 Excellent

Pour faire court, en résumé, on a eu droit, à une bonne dizaine de tibia remplit de moelle, de pain grillé et une bonne dizaine d'à peu près du genre: "On a Pacalet dans la grande rue", "ni raté Lamarche", "le boucher est Turc, il est de Cappadoce", "Cissé n'a qu'à bien se tenir" etc… Reste que l'Os à Moelle est la plus belle invention de l'homme après l'épluche-légume à rotation inversée et le bouclier fiscal. C'est avec délectation que nous nous sommes gavé de tartines à la substantifique moelle de ce chef d’œuvre de la gastronomie Française, accompagné de gros sel de Guérande, d'un superbe Pacalet aux accents de Goillotte, Alain a réagi devant la Pacalet comme un taureau devant une muleta rouge, preuve de la filiation évidente. Deux magnifiques Lamarche qui remontent dans l'estime de ceux qui connaissaient leurs errements passés, et une découverte avec un Duvault Blochet animal mais néanmoins racé. Le niveau monte doucement, les papilles se préparent délicatement, le four recrache, c'est bien le seul se soir, son Jarret de Veau braisé à la jambe de bois et aux légumes printaniers. Le temps de découper les 6 kilos de barbaque et le veau rendait l'âme, non sans avoir ravit tous le monde. Le ton se fait plus feutré, place au roi et à ses princes.

Jarret de veau à la jambe de bois et aux légumes printaniers

Clos Vougeot 1996 Chateau de la Tour13VougeotLatour.jpg

14 ans et la robe grenat s’en ressent à peine. Nez de cerise confite, de cassis, de jus de viande et de caramel. La bouche est massive, les tannins deviennent durs et asséchants (surtout comparé aux précédents vins), c'est concentré, tendu et riche, à la finale austère et virile comme souvent chez les Vougeot. 16.88 Excellent

Vosne Romanée 1er cru "Clos Goillotte" 2001 Domaine Prieuré Roch

Nez explosif, baroque et subtil de prune, de griotte, de tabac, d'épices, de mûre, de violette et réglisse. La bouche est savoureuse, les tannins sont soyeux, suave et la longueur magnifique. De l'essence de Vosne. (J'ai aperçu "manque de concentration" sur une des feuilles de note, je pense au contraire que c'est cette absence de concentration, ce surcroit de finesse qui fait le charme de cette bouteille). 18.07 Grand vin

Romanée-Conti 1996 Domaine de la Romanée Conticonti.jpg

Comment la placer, mais surtout comment décrire un tel vin. On n'aborde pas ce monument comme n'importe quelle bouteille. On aime ce vin avant d'aimer le vin, un rêve dont on ne parle qu'à voix basse, l'esprit et l’essence de la Bourgogne, la quintessence d'un immense terroir, le vin à l’état pur. Pour le millésime, on est en terrain connu pour avoir goûté Richebourg et La Tâche 96. Une matière généreuse, des arômes puissants, une grande tension et une extraordinaire fraîcheur. Belle couleur rubis, aucune trace d'évolution. Le nez de la Romanée Conti nous fait franchir les portes du paradis, il est proprement stupéfiant de finesse, très féminin, infiniment et incroyablement complexe, à couper le souffle, un envoûtement sensuel, des fraises écrasées, de cerises noires, de mûre, de ronce, de truffe blanche et de jus de viande. Une minéralité sous jacente, une fraicheur de jouvencelle, une austérité de façade, une timidité qui va faire place à une rare prédisposition à se laisser approcher, boire, à pleurer des larmes de vins, un rubis coule, avec douceur, galanterie et raffinement le long de nos gosiers prêts à tous les sacrifices. Une minuscule boule de feu, de glace et de plaisir qui prend naissance sur le palais et qui va se rependre, grossir, voyager et embraser tous notre corps. Un vin tachycardiaque. Le plus grand vin rouge de l'univers bourguignon à une présence pénétrante, une densité aérienne, un oxymore de vin. Un moment de recueillement et de partage, une émotion hors du temps, mythique, mystique, contemplatif et profane, une croix douce à porter, une expérience indélébile, incomparable, incrachable, innotable, impensable! Mythique

"C'est comme si les dieux nous avaient laissé en souvenir dans ce carré de terre la trace fascinante une perfection intemporelle." (Richard Olney)

Romanée-St-Vivant 2001 Jean-Jacques Confuron

Il en fallait une et ce sera elle. Pas de chance d'être dans la trace d'un roi. Le nez est pourtant envoûtant, complexe, fin sur des notes de fleurs fanées, de fruits rouge, de poivre. La bouche est pourtant très soyeuse, élégante et la finale longue et charmante, mais l'esprit est ailleurs. 17.50 Excellent

Romanée-St-Vivant 1997 Domaine de la Romanée Conti16St VivantDRC.jpg

Premier nez étrange, carton mouillé, réduction (pas de bouchon?), puis il s'ouvre lentement sur des notes de violette, de cerise et de jus de viande. La bouche est fine, presque mince, les tannins sont très soyeux, à peine perceptibles, la bouche est charmeuse mais ne fait pas oublier le bizarre premier nez. 17.20 Excellent

Richebourg 2004 Domaine Anne Françoise Gros17richebourg.jpg

Beaux arômes, intenses et profonds d'épices, de cerise noire, de menthe, de mûre et de réglisse. La bouche est concentrée, charnue, intense, les tannins sont présents et discrets, l'équilibre est superbe et la persistance grande et majestueuse. Trop jeune mais terriblement bon. 18.00 Grand vin

Que dire après une Romanée-Conti, une bêtise assurément et notre étalon, normalement, c'est Thierry, qui, pourtant va rester zen, discret et savourer tranquillement, alors que Jean-Luc va nous proposer de mélanger le divin nectar avec la becherich. Face à 11 visages ahuris par tant d'irrespect, notre presque retraité va se déliter doucement. Il a d'abord le regard vague, le style terreur de miction nocturne, celui qui se situe entre l'accident d'avion et le retour de la belle-doche, puis l'œil se fait acide, du genre qui ferait frémir un muscadet, pétillant comme une rondelle de saucisson sur une tranche de pain rassis. Il est aussi distingué qu'une paire de couille, aussi gracieux qu'un hépatique qui vient de recevoir ses résultats d'urine le lendemain du jour où on lui a appris qu'il avait la vérole, et qu'il était sourd comme les impôts… Une réclame pour un laxatif, on a l'impression d'observer un morceau de Maroilles en train de couler sur les selles d'un colon rongé par une dysenterie amibienne. Quand il réalise, la fulgurance de la pensée qui vient de lui traverser le cervelas qui lui sert de gamberge, il repousse l'idée déconcertante de la remiser au placard des névroses non résolues, il affiche déjà complet, alors il prend la pleine mesure de son trait d'esprit, de l'article en solde! De la bimbeloterie avariée, sans phosphore et sans forme précise, aussi infourgables qu'une bagnole américaine maquillée comme une pute moldave. Il nous mate comme si on était des tampax au fond d’un urinoir, en nous suppliant du regard de bien vouloir tirer la chasse. Le génie à ce degré d'excellence, c'est plus vivable. On se sent dépassé!

Reste les effluves des verres vides, les souvenirs d'une abstraction de vin, une dégustation irréelle, que de chemin parcouru entre la première dégustation et nos envies de Languedoc, de Chateauneuf, de Loire et de phantasmes Bourguignon. De la petite dégustation entre potes à la Romanée-Conti, comment en est-on arrivé là. La passion surement, l'envie de découvrir, de piocher plus profond à la découverte de pépites d'or du vin, de découvrir de nouvelle sensation… La recherche est infinie, après la Romanée-Conti, il y a encore du vin, certes les deux Romanée St Vivant qui ont suivi ne sont pas sorties sans bobos, la Confuron n'ayant rien à se reprocher sinon de suivre, celle de la DRC avait un petit pet au casque comme le dit Christian avec beaucoup de poésie. Le Richebourg comme point final à cette avalanche de grand rouge, un beau point d'orgue à cette magnifique musique bourguignonne.


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La bonne Poire pochée au Chambertin et aux poivres de Madagascar

Riesling VT Clos Ste Hune 1989 Domaine Trimbach18clos_st_hune.gif

Très belle robe à reflets or. Le nez est tendu, droit, vibrant, sublime de finesse, sur les fruits exotiques, la guimauve, la menthe, l'eau de rose, l'orange sanguine, l'écorce de quinquina et de fine notes pétrolées. La bouche est splendide, élancée, droite comme la justice, un corps admirable, avec des nuances minérales qui s'entremêlent aux notes de mangue et d'ananas. De l'harmonie, de l'équilibre, de la magie, un chef d'œuvre pas en péril, prêt à défier le temps. 19.25 Grand vin

Altenberg de Bergheim 2003 Domaine Deiss18AlenbergBergheim.jpg

Nez très personnel chez Deiss, baroque, excessif, fumé, poire, épices. A l'image du nez, la bouche est opulente, intense et exubérante. C'est expressif, avec beaucoup de matière, non dénué d'élégance, mais baroque. 17.00 Excellent

Gewurztraminer Altenberg de Bergheim SGN 1995 Domaine Deiss

Beau nez subtil d'écorce d'orange, de biscuit, de canelle, de muscade, de pomme cuite avec de fines notes oxydatives. La bouche est fine, sur une liqueur élégante. Le sucre est fondu, avec des notes de thé vert en finale. 15.00 Très bien

Marc de Bourgogne 1988 Domaine de la Romanée Conti

Quoi de plus décadent que de terminer un repas avec un verre de Marc De Bourgogne de la DRC. Le fruit de la distillation des restes de la pression des grands vins du Domaine. Je suis loin d'être un spécialiste du genre, mais j'ai aimé ces notes florales et complexes et sa relative douceur sur le palais. 16.00 Excellent

Ayu-Dag Cahors Saperavi Massandra 1933 Massandra de CriméeMassandra.jpg

Robe abricot. Nez incroyable de banane flambée, de crème brulée, de poire, de camomille, de noix, d'abricot confit, de fumée et de lard grillé. La bouche est déroutante, sublime, ronde, sucrée, fascinante et changeante. Une expérience à peine descriptible. 18.00 Grand vin

Avec le fromage et les poires aux vins, place aux liqueurs. Deuxième rencontre avec le sublimissime Clos Sainte Hune VT 1989, l'expression d'un grand terroir, la réussite d'un grand vigneron, bref un grand, un très grand vin. La doublette signée Deiss est à la fois baroque, fascinante et changeante, à l'image du vigneron. La complentation a malheureusement souffert de passer derrière le Ste Hune, une erreur de casting que j'assume volontiers. Un Marc de Bourgogne signé de la DRC ne se refuse pas, d'ailleurs personne n'a eu l'idée saugrenue de refuser. Pour clore cette fabuleuse soirée, une bouteille, que je gardais pour la fin d'année mais qui, bizarrement et opportunément, m'a sautée dans les bras à l'ouverture de la porte de la cave. Je ne pouvais attendre de déguster ce mythique Massandra. Un cépage, le Saperavi, complètement inconnu, un vin muté (contrairement à ce que j'ai dit), 77 ans d'attente pour quelques minutes de plaisir. Les Vins de Massandra ont été fondés sur la côte criméenne de la Mer Noire, près de Yalta par le Tsar Nicholas II en 1894 pour fournir la cour royale. De longues galeries furent taillées à même la montagne, pour construire une énorme cave sur trois niveaux, 7 tunnels parallèles sur chaque niveau d'une longueur de 150 mètres. Le premier vinificateur de Massandra, le Prince Lev Sergeivich Golitzin, collectionnait de nombreux grands vins. A sa mort, il les légua tous au domaine Massandra en donnant ainsi naissance à la Collection de Massandra. La Collection fut cachée pendant la révolution de 1917, pour être découverte en 1920 par l'Armée Rouge. Staline ordonna de rassembler tous les vins qu'il trouva dans les palais des Tsars pour les rajouter à cette Collection de Massandra. En 1941, par crainte de l'avancée de l'armée allemande, la Collection fut déménagée. Quand les Nazis s'emparèrent de Yalta, ils déversèrent tout le vin qui restait en cuve dans la Mer Noire. C'est au moment de la libération de Yalta en 1944 qu'on commença la tâche monumentale de ramener ces centaines de milliers de bouteilles à leur place. Aujourd'hui, elle est devenue l'une des plus grandes collections de vieux vins au monde. On l'estime à plus de 1 million de bouteilles, avec des millésimes remontant jusqu'à 1775 (un Jerez de la Frontera). C'est une véritable bibliothèque historique : beaucoup considèrent Massandra comme un trésor national.

En conclusion de cette extraordinaire soirée, Je propose cette phrase lumineuse d'Albert Camus extraite de son ouvrage Le mythe de Sisyphe : "La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux".

Épilogue : Déjà le soir de la dégustation, mes dents me faisait un peu souffrir, le lendemain s'était l'explosion, une douleur incroyable à la hauteur du plaisir de la veille. Comme dit un ami menuisier : "On souffre par là où on a pêché". Que Bacchus me pardonne.

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