Mais je m’égare, revenons au programme officiel du soiffard :

germain2.jpgDépart : trop tôt. 9h45 : arrivée à Gevrey pour une petite visite de courtoisie chez M. Sérafin avec une liste de bouteilles commaques. Il a toute la journée pour étiqueter les flacons. Faut dire qu’il est consciencieux, le vieux. C’est pour ça qu’on reviendra le soir. Hé hé ! On n’est pas des bleus, nous, Monsieur ! 10h30 : rêverie poétique Murisaltienne chez Germain. Moment de recueillement devant les Perrières 2009. 12h : grande bouteille de Rousseau et repas de moineau chez Loiseau (de la vigne) à Beaune. Pour ceux qui pioncent, c’est cette boutanche que je suis censé commenter, analyser, présenter, discuter, argumenter, sans gloser ni épiloguer. C’est pour cela que je l’ai dégusté comme il faut et que j’en ai repris trois fois. Et oui ! Faut savoir choisir son sujet de thèse correctement. 14h : Retour à Meursault pour une rencontre avec une légende du net. Bloggeur de l’extrême, grand dégustateur devant l’éternel, enseignant, chroniqueur, et bien entendu vigneron à ses heures perdues. J’ai nommé Patrick Essa, un grand spécialiste qui n’a pas la grosse tête mais un franc parlé honnête et précis. Il nous a accueillis avec beaucoup de verve et de simplicité alors même que sa maison était en effervescence en vue des prochaines vendanges. Un grand merci à lui.. Rossignol1.jpg16h : Après David l’an dernier, voici Nicolas cette année. Mais toujours autant de gentillesse chez les Rossignol-Trapet. Malheureusement pour nous, les Latricières et autres Chapelle 2008 se sont fait la belle depuis bien longtemps (sauf à la dégustation). Ce n’est que partie remise. On se rattrapera avec les 2009, c’est juré ! 18h : Retour chez le maître Sérafin. Rage exulte. Ce jeune padawan, oh combien doué va enfin rencontrer un grand maître du pinot noir. On lui en a souvent parlé comme de l’empereur Palpatine : froid, méfiant, distant… Stupeur ! Nous découvrons le Yoda de Gevrey. Sage, éclairé, généreux. Une connaissance encyclopédique des terroirs, de chaque millésime sur plus de cinquante ans, des vignerons présents et passés. On sent chez cet homme une affinité exceptionnelle avec la vigne qu’il aime profondément. Le Rage en est tout retourné. Lui qui grandit du côté obscur du vin, amateur assidu d’un bon cabernet poivronnant comme il se doit, le voilà définitivement sur la voie du pinot noir. En attendant, M. Sérafin nous a fait l’honneur de nous servir un Charmes-Chambertin de mon année de naissance. Rarissime. Grand merci à lui. 20h30 : on quitte Gevrey un peu tardivement avant que le Christian ne nous déballe des bouteilles d’avant la 2e GM. 23h45 : Débriefing chez le Schuelmeister. On a beau dire que c’est beau la bourgogne, le reflexe basique du soiffard reste de dégoupiller un Clos Windsbhul de chez Zind pour se rappeler pourquoi l’Alsace est la plus belle région du monde. Pour les z’autres quilles, z’avez qu’à demander à ceux qui ne fichent rien et qui ne participeront pas à la prochaine soirée s’ils ne se secouent pas un peu pour les comptes-rendus. 3h30 : retour au bercail après ces travaux d’Hercule de la picole. Difficile de dormir vu mon excitation. Juste une pensée pour ce dire que dans la vie, il y a des journées plus pénibles que d’autres…

germain3.jpgBon ben, je fais blabla, et pis j’en oublie le sujet. Ah oui ! Le Charmes-Chambertin 2008 du Domaine Armand Rousseau. Pour faire bonne mesure, je vais faire celui qui sait. Je vais vous la jouer « blog culturel où la qualité de l’information prime sur le verbiage inutile. Blog que vous n’aurez pas la sensation de visiter pour rien. Grâce à M. Rmerie, JeanDa Rmerie, vous vous sentirez tout culturé et bien content d’apprendre des tas de choses qui ne servent pas à épater les jeunes filles dans les bars. ». Alors voilà, je me lance :

Dans la famille Rousseau, il ne faut pas confondre Henri Julien Félix et Armand. Tout les deux furent de grands artistes. Le premier était un « douanier » naïf, le second un vigneron visionnaire. Le premier n’est qu’un modeste homonyme. C’est le second qui compte ! Ce dernier fonda au début du XXe Siècle l’un des domaines les plus prestigieux de la Bourgogne. Son fils Charles lui succéda à sa mort en 1959. Depuis 1982, son petit-fils Éric a rejoint Charles (toujours actif). À l’heure actuelle, la famille possède environ 14,1 ha de vignes (45 ans de moyenne d’âge) à Gevrey et Morey répartis (environ) comme suit : - 2,2 ha d’appellation village. - 3,5 ha en 1er Cru sur les magnifiques Lavaux-Saint-Jacques, Clos Saint-Jacques et Cazetiers. - 8,4 ha de Grand Cru sur les prestigieux Clos de la Roche, Chambertin, Chambertin Clos de Bèze, Mazy-Chambertin et Charmes-Chambertin. Excusez du peu ! Une parcelle de ce dernier fut acquit dès 1919 par Armand.

Bon, ben, je vois bien que tu bailles devant ton écran d’ordinateur, là. C’est pas joli joli, ça. Faudrait voir à prendre rendez-vous chez ton dentiste, dis donc. C’est ki y a du boulot ! Alors venons z’ en à l’essentiel :

Restaurant : Loiseau des vignes http://www.bernard-loiseau.com/fr/beaune-loiseau-des-vignes.php Très bien si tu as mangé avant de venir. Sinon, il faut prévoir de manger après en être sorti. La portée philosophique du nom m’avait échappé mais maintenant j’ai bien compris. Le côté « des vignes », c’est pour te signaler qu’il y a 70 références de vins au verre avec que du très bon et du rare. Ça c’est plutôt cool. Quoique nous, on a pris une bouteille.  Le côté « Loiseau », je croyais que c’était lié au nom de la propriétaire, D.L. (Dominique Loiseau, hein ! Pas le pâtissier de Vesoul !) Mais en fait, c’est surtout lié à la taille des portions. « La mésange des vignes », ça aurait été bien aussi. Quoique tout cela est très injuste puisqu’il semble que pour son poids, la ration journalière d’un oiseau est prodigieuse. Voyons cela : un canari de 20 g est capable d’ingurgiter 8 g de graines par jour. Sachant qu’il boit 5 mL d’eau par jour, quel est l’âge du capitaine ? Bon, je vous donne la solution : à titre personnel, si j’avais un appétit de canari, j’absorberais 46,8 kg de nourriture par jour… Je tiens à signaler à toutes les personnes désobligeantes qui se sont précipitées sur une calculatrice pour connaître l’étendue de ma rotondité que je les em... La conclusion, c’est que l’expression « avoir un appétit d’oiseau » est fort mal utilisée. On devrait plutôt parler « d’appétit d’éléphant de mer ». En effet, sachant que le poids moyen du bestiau est d’environ 2 tonnes, et que… comment ? On s’en fout ? Ah. Ok. Bon, ben, je reprends : Ceci étant dit, deux autres points positifs pour Loiseau des vignes : 1) C’est bon. 2) C’était ouvert tandis que l’autre bonne adresse « Ma cuisine » était fermée.

Je vous l’accorde, je suis le roi des procrastinateurs et je sens votre patience faiblir. En l’occurrence, c’est que je garde le meilleur pour la fin. Comme Psykopat vous a parlé des Perrières 2009 et du Charmes-Chambertin 1968, il ne me reste plus qu’à vous décrire ce nectar que nous avons tué sans aucun scrupule dans sa prime enfance :

Charmes-Chambertin 2008 Domaine Armand Rousseau

charmesRousseau.jpgUne robe qui s’apparente plus à celle d’un rosé que d’un rouge, un clairet tout au plus et qui pourrait laisser penser au dégustateur néophyte qu’il a à faire à un vin dilué. Il n’en est rien ! D’une grande limpidité, la couleur groseille exprime toute la jeunesse et la fougue du vin. Le premier nez est renversant. On est immédiatement assailli par une corbeille de fruits rouges dominée par la fraise des bois et la framboise. Après agitation viennent le cassis, la mûre et la pivoine. Puis ce sont des fragrances plus épicées de cannelle et de girofle. Une pointe de parfums plus évolués de viande grillée, de cuir fin et d’humus laisse entrevoir la palette qui se développera avec le temps. C’est là toute la limite d’une dégustation prématurée, mais pour un nourrisson, la richesse et la complexité aromatique sont stupéfiantes. La bouche est exceptionnelle par sa « buvabilité ». J’entends par là l’envie quasi irrépressible du dégustateur de rapporter le verre à sa bouche dès que celui-ci l’a quittée. La texture est admirable. Une main de velours dans un gant de soie. La symphonie des arômes chante ici un tutti qui nous rappelle la suprématie incontestable de la bourgogne sur le reste du monde dès lors que l’on recherche la finesse, la complexité ou l’élégance. Mais ce nectar brille aussi par sa longueur très impressionnante, car non pas basé seulement sur la structure acide, l’alcool et les tanins. Ici, ce sont les flaveurs qui enchantent le palais pendant une durée étonnante ! Mais ce Charmes n’est QUE Charmes et non pas Chambertin. Pour tutoyer la perfection, il lui manque la densité, la puissance et la rigueur de son voisin, seigneur et maître. Certains lui reprocheront donc une légèreté et un manque de concentration. Pour ma part, j’ai déjà goûté des vins plus riches, plus long, plus racés. Mais rarement j’ai eu autant de plaisir à boire un vin. Si l’adage « il n’y a pas de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles » se vérifie une fois de plus, force est de constater que plus important encore est de goûter de beaux flacons avec les gens que l’on aime.