"Tu seras mon fils", puisque c'est le titre de ce film, souffre de vraies tares, cependant, il y a du raisin à moudre,Tuserasmonfils3.jpg il possède un carte majeure, Niels Arestrup. Il s’est laissé pousser le bide pour le rôle, mais comme toujours, il est remarquable en père la vipère. Il est dirigé par un busard de la caméra, il roule des yeux pour nous faire comprendre qu’il est méchant, et quand il donne la réplique au Flying-Winemacker, Arestrup joue comme une pucelle de Puligny qui aurait rencontré Rocco Siffredi. Mais c'est un véritable monstre de charisme, il confisque son personnage d’enfoiré flamboyant, de bourgeois égoïste avec une facilité déconcertante. Il domine le film de toute sa classe, un Néron au nez affirmé, un Petrus, une sorte de roi Lear, refusant l’amour de son fils, se cherchant un autre héritier avec une violence ahurissante. L'autre Père, c'est Patrick Chesnais, le régisseur amoureux des vignes et atteint d'un cancer, qui nous joue une partition émouvante, tout en nuance. Le fils, c'est l’ectoplasmique Lorànt Deutsch et sa gueule de déshérité. Plus vrai que nature. Il n'a pas besoin de jouer, il est comme ça! Le patriarche passe 1h37mn à humilier son con de rejeton, à le rouler dans la lie et à le faire passer pour une piquette à la face du microcosme Bordelais.

Des décors baignés de soleil, parfois trop, des couleurs chaudes pour un film Tuserasmonfils2.jpgd’une noirceur inattendue. Un film qui ne fait pas dans la nuance. J'ai rarement vu autant de haine familiale à l’écran (peut-être dans Festen de Thomas Vinterberg), c'en est parfois dérangeant. Pour le reste, on reste un peu sur notre soif, l'univers du vin est plutôt bien rendu, les décors (même si le réalisateur abuse des travelings aériens), les petits détails sur la vigne, le vin, les étiquettes, les dégustations… C'est propre, un brin pataud, c'est bien fait mais rien ne brille, pas de flamboyance, pas de terroir. Un bon Californien, pas un grand cru. Un vigneron Bordelais qui a une carte de la Bourgogne dans son bureau, qui fait goûter du Batard et qui commande du Meursault de chez Roulot au resto, c'est pas crédible… Ça n'a pas l'intelligence des films des frères Coen, l'illumination des films d'Eastwood, mais ça se boit sans soif, comme un petit Bordeaux, mais loin d'un Montrachet. On ne choisit ni ses parents, ni ses enfants, mais on peut choisir de s'ouvrir un grand Bourgogne.

Morale: Choisir le Flying-Winemacker au détriment de la famille, la modernité au détriment du terroir, l'argent au détriment de la qualité, franchir le Rubicon et on finit au fond d'une cuve. Une parabole que pas mal de vigneron Bordelais devrait méditer.