On mesure en voyant ce film, le chemin parcouru jusqu'à l'élection de Barack Obama. Le racisme et l’esclavagisme c’est très mal, Dans la Couleur des sentiments, pas de place pour la nuance, mais la ségrégation qui sévissait dans le Sud des Etats-Unis n'admettait pas la nuance, surtout de couleur. Les bonnes sont courageuses, travailleuses, les patronnes stupides et méchantes. Le film surfe sur les bons sentiments, même s'il est truffé de références au mouvement pour les droits civiques, il ne juge jamais mais relate simplement la manière dont se passaient les choses. Il est même difficile de juger l'insupportable Hilly Holbrook, cette petite bourgeoise prétentieuse qui a été élevée dans un climat raciste. Le film ne dénonce pas le racisme, Help2.jpgil s'efforce simplement de comprendre comment la société américaine des années 1960 fonctionnait. Un film gentillet construit pour faire verser une larmichette aux spectateurs les plus sensibles. Passé le stade lacrymal, une fois les larmes séchées, on ouvre les yeux sur un bon paquet de clichés, un mise en scène et des personnages un brin caricaturaux. Le casting "noir" est impeccable, Aibileen et Constantine, sont impressionnantes et touchantes. Le casting "blanc" est un peu fadasse, excepté la délicieuse Jessica Chastain qui récolte le seul rôle blanc avec un soupçon de relief. La Couleur des sentiments est un de ces films construit sur des tonnes de bonnes intentions et de bons sentiments et qui aurait pu devenir un classique sauf qu’il manque de finesse et de classe. A l'image du final en forme de happy end. En étant un peu tordu, endormi par les bons sentiments, on pourrait même déduire que c'est la bourgeoise blanche qui a réveillé les consciences et en quelque sorte sauvé les bonnes noires de leur existence misérable. En gros on appelle ça un film qui se prend les pieds dans le tapis, un film qui rate complètement sa cible et son message. On est très loin de Mississippi Burning, d'Alan Parker, ou de la Couleur pourpre, n'est pas Steven Spielberg qui veut. Pas de méprise, c'est tout à fait regardable et même plutôt agréable, surtout si vous êtes du genre sniffeur, mais le sujet méritait peut être mieux. On peut quand même se féliciter qu'il reste des films engagés pour nous le rappeler quelques faits oubliés, pour nous montrer à quel point nous vivons une époque plutôt épargnée par l'horreur du racisme, et que cela dure…

"J'ai le rêve qu'un jour mes quatre enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour leur caractère." Martin Luther King