La couleur des bons sentiments
Grumé et recraché Par Psykopat le jeudi, 5 juillet 2012,
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Tiré du livre phénomène, "The Help", "le Personnel", traduit bêtement par "La Couleur des sentiments", le film raconte l’histoire de femmes afro-américaines qui font marcher les ménages de Jackson, Mississippi dans les années 60. Dans le sud profond de l'Amérique, les domestiques "de couleur", eussent-elles élevé la progéniture blanche, n'avaient pas le droit de partager les sanitaires de leurs maîtres et patrons. Elles s'échinaient six jours par semaine pour un salaire de misère, elles pouvaient être virées pour une broutille par des patronnes aussi lâches que cruelles. Le film est une enquête menée par une jeune Sudiste, Skeeter (Emma Stone), à peine sortie de l'université, qui décide de rendre justice à ces femmes. Elle va assembler leurs histoires, aidée par Aibileen (Viola Davis) et Minny (Octavia Spencer) qui consacrent leur vie à l'éducation des enfants de la bourgeoisie Sudiste. Les trois femmes vont forger une amitié autour d’un projet de livre secret qui va faire exploser les règles de la bourgeoisie sudiste. De cette association improbable va naître une solidarité hors du commun entre ces trois femmes, qui va leur donner le courage de dépasser les limites qui régissent leur vie, et les amener à prendre conscience que les frontières sont faites pour être franchies.
On mesure en voyant ce film, le chemin parcouru jusqu'à l'élection de Barack Obama. Le racisme et l’esclavagisme c’est très mal, Dans la Couleur des sentiments, pas de place pour la nuance, mais la ségrégation qui sévissait dans le Sud des Etats-Unis n'admettait pas la nuance, surtout de couleur. Les bonnes sont courageuses, travailleuses, les patronnes stupides et méchantes. Le film surfe sur les bons sentiments, même s'il est truffé de références au mouvement pour les droits civiques, il ne juge jamais mais relate simplement la manière dont se passaient les choses. Il est même difficile de juger l'insupportable Hilly Holbrook, cette petite bourgeoise prétentieuse qui a été élevée dans un climat raciste. Le film ne dénonce pas le racisme,
il s'efforce simplement de comprendre comment la société américaine des années 1960 fonctionnait. Un film gentillet construit pour faire verser une larmichette aux spectateurs les plus sensibles. Passé le stade lacrymal, une fois les larmes séchées, on ouvre les yeux sur un bon paquet de clichés, un mise en scène et des personnages un brin caricaturaux. Le casting "noir" est impeccable, Aibileen et Constantine, sont impressionnantes et touchantes. Le casting "blanc" est un peu fadasse, excepté la délicieuse Jessica Chastain qui récolte le seul rôle blanc avec un soupçon de relief. La Couleur des sentiments est un de ces films construit sur des tonnes de bonnes intentions et de bons sentiments et qui aurait pu devenir un classique sauf qu’il manque de finesse et de classe. A l'image du final en forme de happy end. En étant un peu tordu, endormi par les bons sentiments, on pourrait même déduire que c'est la bourgeoise blanche qui a réveillé les consciences et en quelque sorte sauvé les bonnes noires de leur existence misérable. En gros on appelle ça un film qui se prend les pieds dans le tapis, un film qui rate complètement sa cible et son message. On est très loin de Mississippi Burning, d'Alan Parker, ou de la Couleur pourpre, n'est pas Steven Spielberg qui veut. Pas de méprise, c'est tout à fait regardable et même plutôt agréable, surtout si vous êtes du genre sniffeur, mais le sujet méritait peut être mieux. On peut quand même se féliciter qu'il reste des films engagés pour nous le rappeler quelques faits oubliés, pour nous montrer à quel point nous vivons une époque plutôt épargnée par l'horreur du racisme, et que cela dure…
"J'ai le rêve qu'un jour mes quatre enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour leur caractère." Martin Luther King
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