20 secondes d'inattention
Grumé et recraché Par Psykopat le lundi, 6 août 2012,
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En cette période Olympique, même pas Marseillaise malgré une judicieuse installation de calanques, encore moins Parisienne, mais Londonienne, en cette période où les chariots de feu de vos sportifs préférés ventent le goût de l’effort, du dépassement et du don de soi, où ces cyclistes, ces judokas et ces handballeuses touchent les étoiles de la renommée, que fais-je? Qui suis-je ? Où vais-je ? Et dans quelle étagère? Eh bien, je bats le record du monde de la dégustation. Mais pas de vitesse, de lenteur, je prends mon temps, je savoure, je déguste. Pas de speed-dating de la dive bouteille, mais plutôt l'éloge de la lenteur. Combien de temps, en moyenne, les spécialistes de la dégustation passent sur un verre de vin? Les maîtres du temps ont fait ce petit calcul scientifique. Attention, prêt, dans les starting-blocks, top chrono. La bouteille est prise en main, versement du breuvage dans le verre, repose de la bouteille: 3,44 sec. Examen de la robe: 2 sec. Premier nez, rotation et double flip du verre pour aérer le vin, deuxième nez: 5,41 sec. Prise en bouche, aspiration, grumage, expulsion du breuvage (facultatif), 4,73 sec. Temps de réflexion et d'analyse une fois le vin recraché, 4,42 sec (peut prendre plus de temps chez les mous du bulbe). Résultat : 20 sec, je vous fais grâce des centièmes, d'autant plus facilement qu'il n'y en a pas. Le temps d'un demi-tour de piste londonienne. C'est court et c'est relatif. Chez un dentiste, un proctologue ou devant un discours lénifiant de BHL, c'est une éternité. Dans les bras de sa moitié, ça aussi c'est relatif, ou devant un bon film, ça passe très vite. Moins de 20 sec, donc 5 de réflexion, pour juger, parfois définitivement le travail d'un vigneron, c'est assez peu. Des mois, voire des années de travail, pour 5 secondes d'attention!
Cinq secondes c’est pourtant le temps nécessaire à une équipe de F1 pour changer les 4 roues de la voiture d'Alonzo ou d'Hamilton. Les puristes de la dégustation industrielle vous diront qu’à la première gorgée, en moins d'une seconde, n’importe qui sait s’il aime ou non le vin qu’il boit. C'est pas faux! Mais ce n'est pas un jugement professionnel. Cinq secondes paraissent tellement courtes et injustes au regard des enjeux en en découlent. Cinq secondes d'éternité pour apprécier la lumière qui jaillit du verre, pour ressentir la complexité d'un bouquet, le détachement des notes de fruits, d'épices, de boisés, de fleurs ou de ferments. Cinq secondes pour comprendre le travail des tannins, de la concentration, de l'acidité de la craie ou du tuffeau, le coupant du silex, la chair des argiles ou les épices acérés du schiste. Cinq secondes pour percevoir la précision, l'intensité, l'équilibre et la race d'une grande bouteille. Et la persistance? Certains grands vins ont une persistance de plus d'une minute. Alors comment l'estimer en 20 secondes? La compression du temps est une piste. Einstein avait une théorie intéressante sur la relativité restreinte. Mais nos dégustateurs professionnels sont loin d'être des Einstein du goulot, et c'est justement parce que la lumière va plus vite que le son que beaucoup d'entre eux paraissent brillant avant d'avoir l'air con! Je me suis donc accordé un peu plus de 20 secondes d'inattention pour 4 quilles estivales.


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