La preuve dans la parabole de Ste Anne, protectrice des banquiers, il était une fois, un petit village, tranquille et loin de tout où les gens vivaient heureux. Un homme portant un costar Hugo Boss et cravate de soie se présenta dans la bourgade, un jour de marché aux bêtes. Il proposa d'acheter 1000 euros l’unité, tous les ânes qu’on lui proposerait. Le prix était très intéressant et quelques maquignons repartirent le portefeuille un peu plus plein. L'homme revint le lendemain et offrit cette fois 1500 euros par tête d'âne, et là encore quelques paysans lui vendirent leurs bêtes. Le jour suivant, il offrit 2000 euros et constatant qu’il n’en restait plus que quelques-uns sur le marché, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 5000 dans huit jours et il quitta le village. Le lendemain, ane-ena.jpgil confia à un intermédiaire, le troupeau qu'il venait d'acheter et l’envoya dans ce même village, le jour du marché, avec ordre de revendre les bêtes 4000 l’unité. Pensant faire un bénéfice potentiel de 1000 euros, les sots de paysans cupides empruntèrent pour racheter leurs ânes entre deux et quatre fois le prix qu’ils les avaient vendus. L'homme au costar encaissa le pactole et pris des vacances méritées dans le paradis fiscal venu et tous les maquignons marrons se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu'au cou, ruinés, les bourriquots, c'étaient eux! Ils tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt, mais le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier qui alla pleurer chez son ami le maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune. Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux maquignons du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna à son ami le banquier qui, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur l'ardoise des villageois, ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches de la faillite. La maire alla demander de l'aide aux communes voisines, mais elles étaient dans la même inconfortable situation, l'indélicat au costar avait sévit partout. Sur les conseils du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses, moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable, mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes sans savoir qui étaient le plus benêt de tous. La morale de cette histoire, c'est que si tu donnes de l’avoine à un âne ou du fric à un banquier, il te pétera au nez. La politique, c’est l’art de faire avaler aux ânes citoyens, que s’il y a une crise, c’est la faute d’on ne sait pas bien qui, sans doute de la sienne, et afin d’endiguer la croissance de la dette, il va falloir que les ânes travaillent plus longtemps, tout en étant moins bien payé, pour qu'un jour, en bon père de famille, ils puissent dire leurs fils : "Tu vois mon fils, un jour toute cette dette sera à toi!" Hugo, pas Boss, Victor, disait "Ouvrez une école, vous fermerez une prison". Aujourd'hui, c'est l'inverse ! On ouvre des prisons et on ferme des écoles.

Avize Champ Caïn 2002 Champagne Jacquessonjacquesson-avize-champs-cain-2002.jpg

Champ Caïn est une parcelle de 1,30 hectares de chardonnay plantée en 1962. 8 ans sur lies avant dégorgement le 9 février 2011. 5 892 bouteilles produites. Dosage : 2gr/l. Bulles fines, premier nez sur le levain, la frangipane, les agrumes et la vanille. La bouche est fine, légèrement oxydative, très élégante, tendue, fraiche avec une matière moyenne et une longue finale. 16,50 Excellent

Brut 2004 Champagne Moncuit

Nez de pamplemousse, de brioche et de craie. La bulle est dense, l'attaque nerveuse, la matière dense mais manque cruellement de longueur. 15.00 Très bien

Avize Corne Bautray 2002 Champagne Jacquessonjacquesson-dizy-corne-bautray-2002.jpg

Corne Bautray est une parcelle de 1 Hectare de Chardonnay plantée en 1960. 8 ans sur lies avant dégorgement effectué le 9 février 2011. Cette cuvée est non dosée. La bulle est très fine. Le nez est élégant, minéral, citron, calcaire, pâtisserie et vanille forment un bouquet très pur. La bouche est riche, vineuse, très minérale et d'une tension remarquable. Un Champagne rond, plaisant et d'une grande persistance. 9 ans et pas une ride. 17.00 Excellent

Bon, pour cette soirée de crise, pas de crise existentielle, d'angoisse, d'asthme, d'adolescence, d'anxiété ou de panique, encore moins pétrolière ou politique, mais une bonne crise de la quatre vingtaine. 80, ce n'est pas l'âge de notre ancien, JLK est surement plus vieux encore, mais le nombre de soirées Soiffards. 80, octogénaire, octante, comme on disait naguère, avant la guerre, comme le numéro atomique du mercure, le département de la Somme, le temps de faire un tour du monde en ballon, la longueur de la plage australienne de Eighty Mile Beach, le numéro de port TCP/IP standard pour une connexion http, l’identifiant ISBN pour les livres publiés en République tchèque et en Slovaquie ou le nombre de bêtise, par soirée, débitée par JDa. 80 soirées, 1700 bouteilles, 25.000 verres servis et surtout, bus, enfin presque tous…wfrt.jpgAlors, on fête ça, une soirée de crise pour célébrer l'évènement, une soirée sans notes, pas de tripatouillage cérébral pour trouver le cépage, la région, le millésime ou l'âge du chien du vigneron, mais une question simple et fondamentale, combien pour ce vin dans la vitrine? Le prix du vin est-il corrélé directement au plaisir ressenti? Un vin cher est-il meilleur? Connaître le prix d'un vin modifie-t-il notre jugement? Le prix joue-t-il sur les attentes des consommateurs? L'argent fait-il le bonheur du dégustateur? D'où vient l'argent? Où va l'argent? Quand est-ce qu'on mange? Qu'est-ce qu'on boit? Pourquoi y a plus de Maroilles? Dieu n'a pas de réponse à tous! Nous si! Chez les Soiffards, on ne recule devant aucun sacrifice, la planche à billet a tourné, la table est mise, le vin est au frais et les convives prêt à payer le prix de leur crise de foie et jouer à l'injuste prix du vin. J'ai décidé de manipuler de la cervelle de soiffards, de triturer leurs habitudes, de ne pas faire dans le linéaire, le préconçu. On démarre par un Risotto au safran et une St jacques cuite à l'unilatérale pour accompagner 3 champagnes. Un petit (c'est relatif), un Moncuit 2004 entouré de 2 grands blancs de blancs, deux parcellaires 2002 de Jacquesson, "Champs Caïn" et "Dizy Corne Bautray". La mauvaise habitude de commencer à noter "petit" pour grimper dans la soirée a encore des beaux jours devant elle. Sans étalon de départ, il est difficile de noter et d'évaluer des vins de cette qualité. Le premier est passé à la trappe, voulant corriger ils ont surévalué le deuxième et un peu près bien évalué le dernier.

Riesling Cuvée Frédéric Emile 375è 2001 Domaine Trimbach

Nez explosif, sur des notes d'agrumes, citron vert, pamplemousse, cire d'abeille et fleurs blanches avec également des fines et charmantes notes pétrolées. La bouche est remarquable de précision, pure, éclatante, grasse et fraîche, très équilibrée et d'une belle persistance. Un grand Riesling classique. 18.00 Grand vin

Riesling Clos Ste Hune 2002 Domaine Trimbachtrimbach-Ste_hune.jpg

Le nez est plus réservé que le précédent. La mise en place durera quelques minutes, pour s'ouvrir sur des notes empyreumatiques, de citron confit, d'iode, de pierre à fusil et de fleurs blanches. La bouche est ample, mûre, encore très jeune, intense et racée avec une minéralité qui porte la longue finale. Un grand Riesling de garde au potentiel à peine entamé. 18.00 Grand vin

Pouilly Fuissé "La Côte" 2002 Guffens-Heynen

Très légère oxydation, des notes de fleurs, d'agrumes, de mangue, d'anis et de buis. La bouche possède amplitude, nervosité et pas mal de race. C'est travaillé, structuré, élevé avec ambition, mais la fraicheur et la longueur sont au rendez-vous. 17.00 Excellent

Les Grandes Teppes VV 2004 Domaine GanevatGanevat_Grandes_teppes.jpg

Du verre monte des notes de noisettes, de fruits blancs très mûrs, de la viennoiserie, un soupçon de fleurs et une légère touche d'herbe et de bois, d'élevage maitrisé. La bouche est volumineuse, pleine, délicieuse, tendue par une acidité importante qui porte la finale interminable. Enorme Chardonnay Jurassien. 18.00 Grand vin

Meursault La Sève du Clos VV 2008 Arnaud Ente

Un terroir exceptionnel, Le Clos des Ambres, qui n'est pas un lieu-dit, est la partie la plus caillouteuse et la moins argileuse de la parcelle En l'Ormeau à Meursault. La Sève du Clos est issue d'une vieille vigne centenaire dans cette parcelle. 1.565 Bouteilles, 36 magnums, 10 jéroboams et 5 mathusalems ont été produits. Ente_Seve_du_Clos.jpgLe nez est extraordinaire, puissant et racé, mûr et énergique, c'est complexe, agrumes, épices douces, amandes, noisettes, silice… La bouche est ample, très ample, ronde, la matière tapisse le palais durablement, l'acidité équilibre parfaitement l'ensemble et porte l'ahurissante finale. Un infanticide pour un Meursault d'exception. 19.00 Grand vin

La problématique étant posée, la suite est plus classique, Une petite assiette Alsacienne accompagne deux Riesling classique de chez classique. Même maison, même cépage, même vinification. Un Fréderic Emile cuvée 375è anniversaire, explosive, racée et tendue contre une Ste Hune, plus réservée, plus protestante, mais aussi plus profonde. Difficile de les départager, aujourd'hui, le 375è est un peu plus plaisant, mais le Ste Hune possède un petit supplément de race. 3 Chardonnay pour accompagner le "Velouté d'escargot au fenouil". La Côte de Guffens a été bien évalué, un peu surévalué par JDa, le Ganevat a brillé, un Chardonnay de ce calibre dans le Jura, ça calme! La Sève du Clos d'Arnaud Ente est un vin magnifique, tous ce que je recherche dans un grand Meursault, complexité, floralité, minéralité, droiture, tension et longueur. Tout-y est dans cette bouteille, pourtant, les 3 équipes n'ont pas osé casser leur tirelire, un Meursault d'exception ne vaut-il pas le Montrachet?

Sancerre Les Monts Damnés 2007 Domaine DagueneauDagueneau_Mont_Damnes.jpg

Le nez est énergique, exubérant, bourgeon de cassis, buis, le cépage est signé, fruits exotiques, fleurs, citron vert avec quelques traces de pierre à fusil en final. La bouche est ronde, gourmande, parfaitement équilibrée, racée, droite, pure, un mélange de classe et de fruité malicieux. Longue persistance. Gros potentiel, jeune, très jeune, mais déjà délicieux.17.00 Excellent

Bergerac Cuvée Anthologia 2007 Tour des Gendres

Un Bergerac 100 % sauvignon issu d’une parcelle d’1,3 hectare sur des sols argilo-calcaires sur marnes de Monbazillac. tour-des-gendres-anthologia-blanc--bergerac.pngRendements très faibles, grains légèrement passerillés, vendangés un à un puis égrappés dans les chais. Un nez presque liquoreux, ananas, mangue, poire très mûre, framboise, épices, litchi et menthe fraiche. La bouche est énorme, démesurée, équilibrée, un gras enveloppant, une fraicheur présente grâce à une fine acidité, de beaux amers qui ponctuent une finale étourdissante. Un Bergerac exceptionnel! 18.00 Grand vin

Ermitage le Méal 2004 Chapoutier

Nez puissant, complexe, abricot, coing, poire williams, caramel, épices, fruits secs, miel, amande et caramel. Chapoutier_Le_Meal.jpgLa bouche est d'une énorme puissance, le bois domine encore, l'équilibre est sur l'alcool et la longue finale iodée est marquée par les notes amères de la Marsanne. 16.00 Excellent

2-nov.jpgOn termine les blancs sur un petit pavé de saumon à l'oseille, l'oseille, c'est le thème de la soirée, alors pourquoi s'en priver? Une recette qui me vient de ma grand-mère, une Mémé gâteuse qu’on écoute même plus ce que ses vieilles mains racontent mais qu’on attend qu’elle crève vu qu’c'est elle qu’a l’oseille, restait plus qu'à trouver le saumon. Les Monts Damnés ont été reconnu et plutôt bien évalué. Ce n'est pas le cas du Bergerac, loin s'en faut. Impossible d'imaginer une telle qualité dans le Bergerac, puissance, onctuosité, fraicheur, une grande bouteille, cher, très cher pour un Bergerac, mais les 3 équipes étaient prêtes en en donner plus, près du double du prix que certains jugent trop élevé. La suivante est l'exemple inverse, grande bouteille, chère, notée 100/100 par Bob le Charpentier, reconnue par d'éminents spécialistes comme une des références de l'Hermitage, pourtant, personne ne m'en a proposé le juste prix, loin de là… A la table des Christian, ont était prêt à sacrifier ses bourses sur une improbable Doriane, la discutable construction cognitive du groupe était en marche et Jda, dans une forme olympique, tentait de leur vendre sa sauce avec en prime, une paire de lunette sur roulette pour aveugle paralytique.

Brouilly Cuvée des Fous 2009 Jean-Claude Lapalulapalu-CuveedesFous.jpg

Attention Bojol'pif de compétition, impossible de reconnaitre le Gamay. Le nez exhale des notes de myrtille, de framboise, de violette, de réglisse, le foin, les épices, la garrigue lui donne un côté sudiste. La bouche est souple, les tannins sont généreux et savoureux, c'est concentré, original et tendu par une fine acidité qui termine un peu court. Une belle quille qui incite à la redécouverte du Beaujolais. 15.50 Très bien

Côtes Champenoises La Côte aux Enfants 1990 Champagne BollingerBollinger_Cote_aux_enfants.jpg

Une robe légèrement évoluée, un nez clairement évolué, des notes de réglisse, de guignolet et de chocolat amer. La bouche est également sur le déclin, matière en perdition, acidité mordante en finale. Dépassé par les évènements. 13.00 Bien

Pinot Noir Les Neveux 1990 Hugel & Fils

Le piège absolu, 14 soiffards pris au collet, un magistral nez de grand de Bourgogne, on navigue entre Chambolle et Vosnes, la pureté d'une robe de bal encore cerise noire, légèrement brunie sur les contours, l'élégance et le raffinement d'un parfum venu d'ailleurs. Des fragrances de cerise burlat, de truffe blanche, de chocolat noir, de rose, de mûre et de bois noble. En bouche, c'est la soie qui domine, onctuosité et présence racée, profondeur, amplitude et justesse, ça se bois comme du petit lait, un équilibre enchanteur, une longue persistance truffée qui n'en finit pas de se terminer. Un Alsace!!! Intemporel, un ange passe, le genre de piège qui m'attire irrésistiblement. Probablement LE pinots noirs d’Alsace. 18.00 Grand vin

Chambolle-Musigny "Les Amoureuses" 2001 Domaine Groffier Groffier_Amoureuse.jpg

Nez de myrtille, de bois de rose, de ronce, de mûres et d'épices douces avec une pointe de réglisse. En bouche, c'est la grande classe, dense, soyeuse et équilibrée, tonique et racée avec une très longue persistance sur les épices. 17.00 Excellent

Vosnes Romanée 2004 Domaine Leroy

Même la deuxième fois, la magie opère encore! Une robe de jus de framboise, trouble et claire comme on en voit rarement. Le nez sur le verre et les superlatifs fusent, magnifique, magique, prodigieux, féérique et surtout étonnant, grandiose. LeroyVosnes.jpgQuelques notes animales et un soupçon de fumée disparaitront dans des arômes de framboise, de fraise écrasée, de griotte, de violette, de pivoine et de rose fanée. En bouche, on se demande comment elle a fait pour contenir autant de plaisir dans aussi peu de matière. C'est aérien, profond, le fruit éclate sur le palais, les tannins bordent les contours, la grande classe qui persiste durablement. Bénit soit la Bourgogne. 19.50 Grand vin

6-nov.jpgVoyons si pour les rouges, l'évaluation financière est plus simple, si les repères sont plus en place. Sauf que j'y ai mis quelques pièges à loup. Par exemple, un Beaujolais hors norme, une cuvée des fous de Jean-Claude Lapalu, une bouteille Bordelaise, des accents sudistes, une bouche qui pinote légèrement, nous sommes loin, très loin du standard beaujolais. Personne n'aurait parié une roupette de sodomite sur ce Bojol'pif de compét! La suivante renarde méchamment, ce n'est pas très agréable, évolué, amer et pas très long, personne n'est prêt à croquer ses éconocroques sur la quille. Pourtant, c'est un Bollinger, La Côte aux Enfants 1990, une référence, mais pas une grande bouteille. Une petite tomate à la fricassé de grenouille et Morilles pour sublimer le vin suivant. La grande Bourgogne, Côtes de Nuits, Vosnes, Chambolle… Non, Alsace! "En 1990, année que les bûches et arabesques lumineuses de la "Schiwalaschlaje" avaient rendue particulièrement ensoleillée, sur une parcelle de vieux ceps de pinot noir bien exposée les neveux limitèrent la production à 30 hectos l'hectare, vinifièrent avec rigueur, firent vieillir en fûts de chêne et obtinrent ces bouteilles extraordinaires. Jean Hugel, bluffé, baptisa la cuvée «Les neveux », et renouvela l'expérience avec succès dans des millésimes généreux." C'est Bernard Pivot qui en parle si bien, sûr que ceux qui ont dégusté l'une des rares bouteilles encore en circulation en feront de même. Un grand merci à Didier et à la Famille Hugel. Après 3 bouteilles déboussolantes, un peu de classicisme. Les amoureuses de Groffier, sans surprise, excellent et parfaitement reconnu. Un village à un prix de grand cru, ce ne serait pas raisonnable, sauf s'il s'agit du millésime 2004 de Lalou Bize Leroy. Une femme décidée au caractère intraitable, une des plus ferventes adeptes du la biodynamie. Ses croyances absolues en certains principes peuvent parfois se rapprocher d’une forme de mysticisme que certains esprits cartésiens réprouvent, mais force est de reconnaître l’incroyable beauté formelle de ses vins. Ce village est un assemblage de Genevrières, Beaumont, Brûlées, Richebourg et Romanée Saint-Vivant. Des villages de ce calibre, j'en redemande, surtout si on me les offre. Les vins du domaine Leroy offrent une des plus extraordinaires expériences de dégustation qui soient. Pour celui qui n’en a jamais fait l’expérience, il est difficile d’imaginer la pureté de saveurs, l’intensité, le raffinement de texture et d’arômes dont ces vins sont capables.

Coteaux du Languedoc la Grange des Père 1995 Laurent Vaillégrange-des-peres.gif

Beau nez de garrigue, de tapenade, de cacao, de bois de santal, de suie et d'épices. La bouche est veloutée, les tannins sont parfaitement fondus, la matière est belle, sans excès de virilité, fine acidité avec une longue persistance sur le sous-bois. 16.00 Excellent

Domaine de Trévallon 1995 Eloi Dürbach

Un Trévallon dans la force de l'âge. Un nez de mûre, de garrigue, de romarin, d'olive, de poivron et d'épices avec une pointe de calcaire. La bouche est calviniste, une austérité de façade, une pureté monacale, des tannins qui s'efface, une matière aérienne et minérale et une finale tout en grâce et en ferveur. 17.00 Excellent

Pauillac Mouton Rothschild 1993Mouton1993.jpg

Quand le piège s'est refermé sur moi. Une bouteille qui avait pour but de démontrer que, même si c'est cher, ce n'est pas forcement bon. Bref, Je ne m’attendais à pas grand-chose et je fus, au contraire, et comme les autres, séduit par sa race. Certes, le nez a des accents de poivron un peu précoce, des notes de sous-bois, de cuir et de cèdre très classique, certes, la bouche est très fine, mince (12,5°), certes, les tannins ne sont pas un modèle de douceur, la finale n'est pas ébouriffante, mais la finesse, l'élégance et la race du terroir transparait quand même. 16.50 Excellent

Margaux La Tronquera 2010 Domaine les Vimières Chateau-Les-Vimieres-Margaux-LE-TRONQUERA.jpg

Un 100% Merlot dans le Médoc, ce n'est pas très courant, mais Jacques Boissenot (voir ici) se sert de cette parcelle d'un demi-hectare comme d'un laboratoire vivant. Quelques notes animales, beaucoup de fleurs, violette, iris, lilas, du chocolat, de la mûre et encore pas mal e bois. La bouche est étoffée, matière concentrée mais tannins souples, l'élevage devra encore se fondre mais l'acidité et la longueur feront de ce Margaux, une belle bouteille pour un prix ridicule dans le Bordelais (18€). 14.50 Très bien

Côtes de Bourg Roc de Cambes 2005Roc_de_Cambes.jpg

60% merlot, 25% cabernet sauvignon, 10% cabernet franc, 5% malbec. Un nez qui éclate les notes de cassis, de mûre, de cèdre, de muscade, de clou de girofle, d'épices et de framboise. La bouche est corpulente, la matière dense avec des tannins très mûrs et ronds. L'élevage est maitrisé et la finale, minérale et tendue, est superbe. 16.00 Excellent

Toscane Ornellaia Vino da Tavola 2001

65% de Cabernet Sauvignon, 30% de Merlot et 5% de Cabernet Franc. Une vielle connaissance qui respire la santé et les notes de cassis, de mûre, de myrtille, de café, de graphite,Ornellaia.jpg de violette et de lierre. Une bouche qui séduit notre palais, douceur et raffinement, tannins soyeux, matière riche et gourmande, pureté et race associées à une longue finale. 18.50 Grand vin

12.jpgSextet vineux pour un duo de Bœuf, une joue confite longuement et un morceau de filet bleu, 2 petites carottes et le bœuf revient à la mode. Grange des Pères et Trévallon, dans le millésime 95. Encore une fois, la Grange s'en sort grandie, même si Trévallon ne démérite pas. "Bordeaux bon, donc c'est cher" dixit l'équipe JDa. Tout est dit, si c'est un Bordeaux, donc c'est cher, quelle que soit la qualité! Je dois reconnaitre que je n'attendais que peu de chose de ce Mouton qui vaut surtout pour son étiquette interdite à l'export US pour cause de bêtise congénitale, mais je dois reconnaitre que ce mouton avait encore de bien belles frisettes. La suivante n'avait certes pas le même pédigrée, ni la race d'un grand terroir, mais, un bon Margaux à 18€, c'est un cadeau, surtout s'il est fait par celui qui vinifie les plus grands Château du Médoc. L'appellation Côtes de Bourg a beaucoup de mal à accéder à une vraie notoriété. Pourtant, quelques Château produisent des cuvées remarquables. C'est le cas pour Roc de Cambes, dans un millésime 2005 qui fut exceptionnel à Bordeaux. Un magnifique vin auquel il ne manque rien du tout, sinon peut être, un nom plus ronflant. Avec Ornellaia, pas de surprise, même si les cépages sont Bordelais, pas de problème pour le situer en Italie, c'est tellement bon que ça se boit comme des petits pains. L'Italie longtemps été connu pour son caténaccio, sa sémillante Maffia, son sémillant Pape, son Parmigiano, ses bunga-bunga, une sorte de jeu de société particulièrement ludique qui fera à coup sûr le succès de tes apéros dînatoires, que pour ses indéniables qualités vineuses. Pour faire un grand vin de cabernet/Merlot, il n'est pas indispensable d'être Bordelais, pas plus que pour jouer du blues, être noir, avoir le spleen, avoir les mains enchainées et calées par le ramassage du coton et se laver dans le Mississipi, n'est indispensable, la preuve, il y a aussi Johnny Winter. Tu me diras qu'il y a aussi Patricia Kaas, mais Mademoiselle boit du rouge et ça fait mauvais genre.

Côtes Rôtie 1995 Domaine Jamet

Robe à peine évoluée, nez de fruits rouges confiturés, de fumée, de violette, de prune, de réglisse, de cuir et de poivre noir. En bouche, c'est pur, un peu austère, équilibrée par une petite acidité et un finale intéressante. 16.50 Excellent

Côtes Rôtie La Sereine noire 1999 Mathilde et Yves GangloffGangloff_Sereine_noire.jpg

Magnifique nez, légèrement viandé, un peu sur le graphite, la mûre, le cassis, la fraise, les épices et la violette. La bouche est intense, puissante, minérale, charnue et gourmande. Quelques fines notes d'élevage accompagnent des tannins soyeux et une longue finale épicée. 17.50 Excellent

Châteauneuf du Pape L'Immortelle 2005 Château La Gardine

Nez épicé, sur la mûre, le pruneau, la rose, le tabac et le graphite. En bouche, c'est du massif, des accents de Porto,LaGardine_L_immortelle.jpg c'est riche, serré, concentré avec des tannins encore un peu rêche. La persistance est en dessous des espérances de cette cuvée parcellaire. 16.00 Excellent

Châteauneuf du Pape Deus Ex Machina 2005 Clos Saint-Jean

Dieu hors de la machine, c’est la traduction littérale de l'expression latine "Deus ex machina". Un assemblage de 60% de Grenache et de 40% de Mourvèdre 40% qui exhale des arômes de cerise kirschée, de figue, de chocolat, de tabac et d'olives. La bouche est énorme,Deus_ex_machina.jpg puissante, serrée, riche, les tannins sont encore dans leur prime jeunesse, enfermés dans une matière forte, enrobés dans un élevage très présent, mais la classe est indéniable, l'acidité, associée à longueur époustouflante sur les cerises, va porter le vin vers les sommets de Châteauneuf. Une future légende. 19.00 Grand vin

Sauternes Yquem 1995

Un Yquem d'un grand classicisme. Un nez d'ananas rôti, d'abricot, de raisin de Corinthe, de pâtisserie, de miel et d'encaustique. La bouche possède fraicheur aromatique, un superbe velouté, une belle matière ample, une acidité qui équilibre la fine liqueur et porte longtemps la très belle finale. 19.00 Grand vin

13.jpgFromages et pêche en gelée de Rooibos pour conclure le repas. J'ai toujours été un amoureux des vins du sud de Lyon. Des coteaux vertigineux, abrupts, presque verticaux, un dédale de terrasses entrelacées, des milliers de ceps de Syrah littéralement attachées un à un au sol par des lanières de bois, en forme de V inversé, une sorte de croix païenne. Des vignes en croix dressées vers le ciel comme autant de crucifiés. Le paysage de la Côte Rôtie ressemble à celui d’une colline de suppliciés antiques. Sur ces collines, des premiers rayons de chaleur du printemps jusqu’aux vendanges à l’automne, les vignes souffrent continuellement du soleil et luttent pour leurs survies tandis que les raisins sont presque brûlés par le feu. Le vin a la couleur du sang, grenat foncé, dense, brillant. Dans le verre, les parfums d’une Côte Rôtie sont exubérants, sans aucune retenue, avec souvent, l’odeur de la puissance animale de l’homme. Les vins de Côte Rôtie méritent un long vieillissement pour révéler leur potentiel, au moins 10 ans, et jusqu’à 20 ans pour les plus grands millésimes. À cette condition seulement, ce vin acceptera-t-il de vous livrer les secrets de l’histoire violente qui l’a vu naître. Un Jamet de 17 ans et un Gangloff de 13 ans, au sommet de leur maturité, fougueux et élégant, minéraux et profond. Deux splendides bouteilles, loin des tarifs exorbitants de certaines cuvées aussi parcellaires que médiatiques. La cuvée "L'Immortelle" 2005 du Château La Gardine n'est pas encore prête, si tant est qu'elle le soit un jour. Une 100% Mourvèdre qui ne m'a pas convaincu. Acheté à un prix raisonnable, avant la notation centenaire de Bob l'éponge, "Deus Ex Machina" 2005 du Clos Saint-Jean a vu son prix tripler en quelques mois. Une aubaine pour les spéculateurs, une catastrophe pour les vrais amateurs de Châteauneuf. On termine cette soirée de crise par le classique des classiques, le Paris-Roubaix du vin, un Yquem, reconnaissable entre tous, seul le millésime a posé un tout petit problème.

La dégustation dite "à l'aveugle" c'est l’absence d’information concernant le cépage, le terroir, le producteur et le millésime mais pas une dégustation sans information visuelle. L’aspect visuel du vin joue un rôle important, l’interaction entre la vision, en particulier des couleurs, et la détermination de l’odeur est si forte que notre cerveau peut commencer à ressentir des odeurs à la seule évocation visuelle d’un objet odorant.15.jpg Un vin blanc artificiellement coloré en rouge avec un colorant inodore est décrit olfactivement avec les termes caractérisant un vin rouge. La couleur peut même influer l’appréciation en bouche. L’influence des informations préalablement communiquées avant une dégustation est particulièrement importante sur l’appréciation de celui-ci. L’influence de l’étiquette est connue de longue date. Au-delà de la réputation, le prix a également un fort impact sur l’appréciation des qualités d’un vin. Dans une étude menée en IRM fonctionnelle, les heureux cobayes goûtaient des vins avec des informations sur leur provenance et leur prix, avec, bien entendu de fausses informations. L’importance du prix et de la réputation du vin augmentaient le plaisir ressenti, attesté par une augmentation de l’activité de perfusion dans le cortex orbitofrontal médian. Autrement dit, plus le vin est cher ou présumé cher, plus le cobaye y trouvait du plaisir. Alors comment déterminer le prix à l'aveugle? C'est l'éternelle question du rapport prix/plaisir. Il n'y a pas d'équation magique du genre deux fois le plaisir pour le quart du prix ou la taille de l'étiquette divisé par la longueur de mon plaisir. Corréler le prix au plaisir ressenti est tout simplement impossible, d'abord parce que nous ne goûtons pas tous pareil et que nous prenons notre plaisir de façon très différente, en matière de vin, comme ailleurs. Prenez JLK, notre maître à tous, il a une théorie intéressante, il pense que pour prendre son pied correctement, il est essentiel d’avoir connu quelques grands malheurs. Au moins dans une logique de comparaison primordiale et permettant de savourer comme il se doit ce qu’il appelle, ces instants de félicité, comme par exemple, se faire châtier les noisettes, toute une nuit, par un ancien Nazi Moldave, dépressif et aveugle, à coup de tesson de vieux Bordeaux, dans un château transylvanien construit sur un vieux cimetière Navajo devant 14 vierges éventrées sur un air d’accordéon d'Yvette Horner jouant la maladie d'amour de Michel Sardou. Après ça, on comprend mieux sa passion pour les "vieux Ducru" cartonneux qui lui font un peu le même effet.