Eros et Thanatos, l'amour et la mort, ont toujours fait bon ménage, en littérature comme au cinéma. Sade, Musset, Cronenberg ou Verhoeven, et de nombreux autres, ont mis sous la loupe, le rapport inquiétant entre sexualité et morbidité. De l’étreinte à la dispute, du baiser à la morsure, de la caresse à la gifle, il n’y aurait qu’un pas, ou plutôt une main dans sa gueule. Les pulsions sexuelles jailliraient de la même source que les pulsions morbides. L’orgasme n’est-il pas désigné comme la petite mort? "The Killer Inside me" est un film passé presque inaperçu à sa sortie en salle. Le roman de Jim Thompson avait même déjà été adapté au cinéma en 1976, "Ordure de flic" avec Stacy Keach. The_Killer1.jpg La version de Michael Winterbottom va beaucoup plus loin. "The Killer Inside Me" montre à quel point une sexualité mal assouvie peut entraîner un homme sur le terrain glissant de l'assassinat. Le jeune Lou Ford (Casey Affleck) confond violence et passion. Apprenti shérif, il parvient à refouler son penchant pour la castagne sentimentale jusqu’au jour où il fait connaissance de Joyce (Jessica Alba), une prostituée embarrassante. Les bas instincts de Lou vont alors le posséder… "The Killer Inside Me" est un thriller linéaire et fatal. Tout est écrit d'avance, mais, malgré et grâce à cela, la tension nerveuse ne retombe jamais et le malaise se propage lentement. On voit venir les coups, on retient son souffle, le but de la manœuvre est de ne jamais desserrer l'étau. Un film sado-maso, glaçant et 2 scènes qui retournent les tripes, qui devrait nous donner envie de zapper en poussant des cris de terreur, mais, au contraire, il met en place une sorte de phénomène addictif mettant le spectateur aux prises avec ses propres démons. Si certains meurtres se dérouleront hors champ, les autres atteignent un degré de brutalité rare, filmés de manière très graphique, hyperréaliste, longue, l'horreur absolue de la violence, tétanisant et vertigineux. Âmes sensibles s'abstenir. Le brio du film vient du fait qu'il ne joue jamais la carte du film policier, mais s'attache avant tout à décrire cliniquement, les agissements de ce monstre incarné par l'incroyable Casey Affleck. Le film lui doit beaucoup, étrange voix d'ado, traits délicats, le charme du gendre idéal qui ne désire rien de moins que d'assouvir une sexualité violente, puis frapper et tuer, pas par amour, pas pour l'argent, sans raison aucune, ou presque. Casey Affleck réussit le tour de force de rendre son personnage, à la fois ignoble et aimable, angoissant et pathétique, toujours déstabilisant par son impassibilité. La banalité et la charme du mal, une réflexion sur le tueur en puissance à l'intérieur de chacun. Comme disent les Américains pour décrire quelque chose de plus fort que la raison, It just happened...