J'ai une passion irraisonnée pour les seconds rôles et pour les films de seconde zone. Sideways en est un parfait exemple. Ce n'est pas un nouveau film, il est sorti en 2005, mais je le revois tous les ans avec grand plaisir. sideways2.jpgC'est un film attachant, simple, qui raconte la quarantaine en berne de deux potes. Miles et Jack, c'est la représentation parfaite du loser qui subit de plein fouet la crise du quadra. Miles (Paul Giamatti) est un écrivain en mal d’éditeur, en mal d'amour, en mal de reconnaissance, alcoolique et divorcé, à deux doigts du "nervous breakdown". Jack (Thomas Haden Church) son meilleur pote, est un acteur sur le retour, trop bronzé pour être fidèle, il drague tout ce qui bouge et qui a une paire de seins. Jack doit se marier et Miles l'emmène faire la Route des Vins de Californie afin d’enterrer sa vie de garçon. Un chemin de traverse trop peu fréquenté par le cinéma et qui apporte au film, un ton presque rafraîchissant, et pas seulement à cause des incessantes dégustations de nos deux compères. Une histoire simple, une histoire de vin, une histoire d'homme. Un réalisateur qui aime parler de gens simples qui cherchent et qui courent après les réponses. Cette quête les révèle, les montre attachants, fragiles, maladroits, à la fois grands et minables. Comme le bon vin, Sideways est frais et profond. Un film qui nous séduit par sa carte des vins et qui nous propose aussi un excellent menu. Le vin est un élément important du film et sert son propos. Au gré de leurs dégustations, et de leurs soûleries, les personnages brisent la glace, se révèlent et montrent combien le vin est à l'image de l'homme, dans sa complexité. Le réalisateur utilise l'opposition entre le Pinot et le Merlot, l'un étant complexe, difficile à obtenir et l'autre moins raffiné, plus facile, plus moderne. L'ancestrale opposition du Bordeaux et du Bourgogne. Jack boit de tout tandis que Miles boit du Pinot, un vin capricieux, parfois extraordinaire, mais aussi parfois décevant. sideways3.jpgCette attitude métaphorique reflète leur manière de vivre, Jack agit sans discernement, va à la facilité, alors que Miles cherche l'extraordinaire et va vers la déception. Leur voyage atypique est un "road movie", un passage obligé qui les mènera vers une autre façon de voir leurs existences.

Pour en revenir à Paul Giamatti, il est absolument parfais dans un rôle d'ours mal luné, constamment au bord de la dépression, une mélancolie à laquelle Giamatti apporte sa petite touche personnelle. Le voir séduire Virginia Madsen, un verre de vin à la main, nous attendrit au plus profond de notre chair. Et que dire de la scène poignante, où Miles, désenchanté, se cache pour boire son Cheval Blanc 1961, dans un gobelet de fast-food... Je revois ce film presque tous les ans depuis 7 ans, je le revois comme on enfile un vieux jogging rapiécé, c'est surement moins joli qu'un "Nike Rise Tech", c'est moins clinquant, ça sent un peu le fennec, ça a des aérations pas naturelles, mais je m'en tamponne les valseuses, je m'y sens à l'aise blaise. Bref, Sideways est un film attendrissant de simplicité et de sincérité, porté par des comédiens absolument géniaux, un film dont on sort enivré de bonheur.