Apéritif sous les saules et avec les conseils vineux et avisés du grand Serge Dubs, un Engelberg 2010 de Mélanie Pfister, effilé, ciselé, subtil, nerveux, iodé et minéral. L’ambiance générale est détendue, chaleureuse, amicale, on fait le choix des vins, la sélection est pléthorique, beaucoup de belle bouteille, un peu chère, mais Alain et JLK vont gérer parfaitement l'éventail des possibles, pour l'Ermite, c'est simple, on choisit ce que l'on veut, du moment que c'est une Grange des Pères. Auberge_de_l_Ill2.JPGUne fois installés confortablement, avec une vue très agréable sur l’Ill et le parc, le repas commence. Pour nous faire patienter, on nous sert des mises en bouches, rien de bien extraordinaire, on s'échauffe doucement. Premier plat, un très bon "carpaccio de langoustines à la crème de chou-fleur, œufs de poisson volant au wasabi et sorbet basilic", belle présentation, gouteux, excellent, beaucoup de saveurs et de textures différentes, un plat accompagné d'un très bon Altenberg de Berbieten 2009 de Roland Schmitt, sur le pamplemousse, la menthe, quelques fines notes pétrolées, beaucoup de minéralité, de finesse en bouche et de persistance. Une verrine de maquereau pour attendre la suite, et le mythe en prend un coup… C'est fade, la gelée est à peine mangeable. Le "filet de bar rôti, vierge de légumes croquants et tempura de fenouil" s'est transformé en turbot. Bien, très bien même, mais pas inoubliable, comme le St Aubin 2009 d'Hubert Lamy, bien, très bien même, mais pas inoubliable, malgré ses notes citronnées, de pierres sèches et de fleurs blanches.

Après ce début de repas en dents de scie, nous passons aux choses sérieuses. Le "carré de veau Français rôti désossé, cannelloni de blettes et épinards aux condiments et jus de veau au citron confit" et la fameuse Grande des Pères de l'Ermite. Choix de la Grange, 10 sur 10, association, 10 sur 10, comme toujours, tapenade, garrigue, figue, thym, fruits noirs confits, un vin particulier sur un terroir particulier, superbe. Pour ce qui est du plat, l’aspect visuel ne plaide pas en sa faveur, pour un trois macarons, ça fait tâche, trois languettes de viande (ou est le carré?), cuisson approximative, un cannelloni farci, un jus bien corsé et équilibré, certes, mais où est la magie de la gastronomie? Dans ce genre de restaurant, l'œil compte autant que les papilles.Auberge_de_l_Ill3.JPG J'ai le souvenir ému d'un carré de veau au four à bois chez Christian qui n'avait pas à rougir de la comparaison. Le chariot de fromage et le Viré Clessé 2003 du Domaine de la Bongran feront bon ménage, la bergamote, les épices et les agrumes se marieront parfaitement avec les chèvres. Le dessert "Assortiment de sorbets aux fruits de saison en "Bento" est original, mais ce n'est pas une prouesse culinaire! Le café nous sera servi dans les salons de l'Hôtel, ambiance cosy et détendue.

Globalement, c'est classique, pas forcément mémorable, côté addition, les prix sont, pour un trois étoiles, raisonnables (un peu moins pour les vins), loin des prix affichés dans certains 3 étoiles de la capitale, l’ambiance, le cadre, le service sont de haut niveau, les plats sont bon, très bon même, mais, puisqu'il y a un mais, certains plats nous laissent une impression de travail bâclé. Dans ce type de Restaurant, tout doit être parfait, dans un trois étoiles, on a la devoir d'être exigeant, de vouloir voir briller ses pupilles et de sentit ses papilles se trémousser. Si ce n'est aps le cas, la déception est à la hauteur des espérances. A l'Auberge de l'Ill, nous n'avons pas eu le sentiment d'avoir mangé dans un "trois mac" où la perfection est toujours attendue, indéfectiblement.