VIN-SUR-VIN.jpgMême Bordeaux n'échappe plus à cette tendance planétaire qui privilégie la profusion de tanins, la petite sucrosité qui va bien, la concentration, l'extraction et les goûts copieusement boisés. On analyse chimiquement les 100/100 Bob l'Eponge et on tente de s'en approcher le plus possible. Bref, tous les moyens sont bons pour épater le chaland. Les dégustateurs, "médiatiquement chevronnés", soit disant aguerris, tombe tête baissée dans le tonneau des Danaïdes. Il y a quelques années, les membres du Grand Jury Européen se sont ridiculisés dans une dégustation de Bordeaux 2000 (pareil pour 2001), ils ont préféré une caricature comme Pavie, un vin "ridicule" selon Jancis Robinson (Master of Wine). La Mondotte, Pape Clément et Monbousquet, mais aussi des vins roturiers comme "La Fleur de Boüard", Valandraud surclassent d'authentiques géants comme Margaux, Cheval Blanc, Latour (seulement 60è) et Haut-Brion (80è), sans oublier le sublime Lafite Rothschild, relégué au... 90e rang. Pas étonnant que certains grands Châteaux craquent et se mettent également à produire des bêtes à concours. Tout cela n'est pas sérieux et prouve le ridicule de ce genre de classement qui privilégie les brutes aux angelots. Je_vais_commencer_par_la_description_technique.pngDans ce genre de compétition, la puissance et l'exubérance triomphent toujours de la finesse et de l'élégance. Peu de cas est fait de l'expression des grands terroirs, mais uniquement compte la "dimension structurelle" des vins, le charme racoleur du prêt à plaire, le prêt à porter du vin. Quand Tati supplante " Le Bon Marché". Ces concours sont un déni de terroir. C'est un peu comme prendre une jolie fille très nature, la maquiller copieusement, l'habiller sexy, vous ne la rendrez pas plus intelligente, mais seulement plus bandante, ce ne sera pas une princesse, mais une bonne gagneuse, surement… En dégustant en rafale, analytiquement, hors de la table et de la convivialité, on perd ses repères et on se laisse aguicher par des vins, au mieux flatteurs, au pire putassiers. Mais une fois le "make-up" enlevé, la poussière médiatique retombée, c'est lorsqu'ils arrivent sur nos tables, que ces bêtes à concours, médaillées comme des généraux Russes sur la place du Kremlin, deviennent vite imbuvables, saturent nos palais et nous font rêver à d'autres horizons, où la finesse et l'élégance reviennent en force. En Bourgogne (encore), dans le Jura, en Beaujolais et en Vallée du Rhône (surtout nord), on a compris que la force brute ne suffisait pas à charmer, qu'un petit peu de tendresse, de terroir, dans ce monde de brute, était parfois salutaire.

Depuis 20 ans, on ne cesse d'alléger la cuisine, moins de crème, de gras et de beurre, mais en Œnologie, on fait tous le contraire. Face à ce carnage, au lieu de constater les dégâts et d'arrêter le massacre, une grande majorité de dégustateurs professionnels et influents continuent de cautionner ce genre de bouffonnerie, de mystification, sans doute eux-mêmes victimes des canons de notre époque. De nos jours, tout doit être toujours plus gros et plus impressionnant. Imaginez une Bimbo désœuvrée, bas de plafond, pas l'électricité partout, surement démoulé trop chaud, des yeux qui crient braguette, siliconé du décolleté, elle sera surement punaisé au mur de la honte, elle n'a aucune chance de faire de la télévision, écrire un livre, d'être une star médiatique, Non mais allo quoi, tu ne connais pas Nabilla? À quand Booba à l'Académie française et Le MacDo au guide Michelin? Malheureusement, le vin n'échappe pas à la tourmente.

Champagne Avise DT 1996 JacquessonJacquessonDT.png

Superbe nez, typé, minéral, légèrement oxydatif, complexe avec des notes de fruit blanc, de fleurs blanches, de paille, de pralin, de banane séchée et d'agrumes. Cordon de bulles élégant, la bouche est crémeuse, tendue, franche, il y a de l'énergie, de la fraicheur et une matière généreuse accompagnée d'un léger rancio qui apporte un supplément de complexité. Longue finale pour un grand Champagne. Excellent

Champagne RD 1996 Bollinger Bollinger_RD_96.jpg

Un nez sur la brioche, les viennoiseries, l'amande, le miel, l'abricot et la fleur blanche. En bouche, le volume est impressionnant, c'est large, puissant mais tendu par une grande acidité propre au millésime, c'est charmeur, sensuel, l'alliance parfaite de la puissance et de l'élégance avec une persistance énorme. Un Champagne qui se voudrait discret et émouvant, mais qui en impose de classe. Grand vin

Loire Anjou Noel de Montbenault 2009 Richard Leroy

Plus j'en bois et plus j'aime ça!Leroy_Noel_Montbenaux.JPG J'adore ce nez de miel, d'abricot sec, d'acacia, de bruyère et d'épices douces. Je salue cette bouche ample, moelleuse, avec une légère impression de sucrosité, une petite astringence, un superbe équilibre entre gras et acidité, une richesse aromatique digne des plus grand, de beaux amers sur une finale qui s'envole. Un vin de vigneron, de grand vigneron qui a découvert un très grand terroir pour y pratiquer l'alchimie vineuse. Avec Richard Leroy, c'est Noel de Montbenault avant l'heure. Excellent

Alsace Mambourg 2004 Domaine DeissDeiss_Mambourg.png

Un nez ouvert et minéral, jus de caillou, fleur blanche, miel, herbe aromatique, une touche de tourbe et un léger boisé qui enveloppe harmonieusement le bouquet. La bouche confirme l'impression de minéralité, un soupçon de sucre, plus une impression due à la richesse, c'est résolument sec, les cépages sont indéfinissables et la longueur majestueuse. Excellent

J'ai longtemps pris le Champagne pour une usine à gaz! On apprécie la qualité d'un texte dès la première ligne. Il ne faut donc pas rater ce départ. C'est un peu la même chose en matière de dégustation. Il doit savoir retenir, saisir, captiver, séduire, susciter l'intérêt....bref donner au lecteur ou au dégustateur, l'envie de continuer. En langage littéraire, un début de roman s'appelle un incipit, il y en a de célèbre : "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas."(Albert Camus) ou Cathedrale-Vignes.jpg"Longtemps je me suis couché de bonne heure..."(Proust, "Du côté de chez Swann"), en dégustation, cela s'appelle un Champagne. Les bons Champagne sont frais, alerte et tonique, ils savent titiller nos papilles, vivifier la bouche et aiguiser l'appétit. Longtemps donc, j'ai pris le Champagne pour une usine à gaz, un mauvais vin sans grand intérêt. Mais cela c'était avant de découvrir le RD de Bollinger? Jacquesson, Krug, Selosse, Larmandier-Bernier et quelques autres. C'est d'ailleurs les noms qui revenaient autour des deux tables qui rassemblaient les Soiffards au complet, plus Christian n°2, l'Australopat et son invité de marque, Dennis Canute qui revenait nous faire une visite vineuse et dégoupiller quelques belles fioles à l'heure du pti déj, en tout cas pour lui. Les deux Champagnes et le croustillant de chèvre et d'abricot avalé, on passe à la seconde série, une doublette "Noel de Montbenault " et "Mambourg", deux vignerons amoureux de leur terroir, à la recherche de leurs racines les plus profondes. L'équipe de Dominique et d'Alain étaient dans le vrai, les autres se sont perdus en Loire pour les moins aventureux, en Rhône pour les autres.

Bourgogne Clos des Petits Croux 2001 JP Guffens

Après une petite réduction fromagère, le nez s'installe sur des notes de fleurs, de pêche de vigne, de noisette grillée, de pamplemousse, de mangue, d'épices, de truffe blanche et de genet. La bouche est imposante, huileuse, mais garde beaucoup de fraicheur et d'élégance. La matière tapisse le palais et nous porte vers une grande finale, sur de fins amers qui fait exploser les caudalies. Excellent

Rhône Château Grillet 2001chateaugrilletneyretgachet.jpg

Le nez est délicat, fin, subtil, original, de mangue, d'abricot, de guimauve, de citron confit, de pâte d'amande et de graine de moutarde. La bouche est élégante, ample, à la fois vigoureuse et présente et très fine, aérienne, dotée d'une ligne acide idéale qui porte la longue finale. Excellent

Loire Provignage 2008 Henri MarrionetProvinage.jpg

Cette vieille vigne de Romorantin (sans doute la doyenne de vigne de France) a été plantée en 1850 avant l’épisode du phylloxéra, 36 ares "franc de pied" qui font l'histoire de France. Le nez est très original, sur le fruit à noyau, le coing, la fleur blanche, le miel, l'alcool de baies et la noisette. La bouche est ample, ronde, grosse matière enveloppante, énorme minéralité qui exprime, expulse la pureté d'un terroir dans le verre, acidité incroyable, longueur phénoménale, à déconseiller aux âmes sensibles et à ceux qui doutent que les vieilles vignes restent jeunes plus longtemps. Excellent

Romorantin_provignage.jpgJ'ai toujours été persuadé de la grande qualité des vins de Jean-Marie Guffens et en particulier de son "Clos des petits Croux". 3 équipes sur 5 ont cru reconnaitre un Chablis de Raveneau, les autres étaient sur Chassagne et Meursault, c'est dire la qualité et la finesse de ce vin. Personnellement, je lui ai trouvé un petit côté grillé à la Leflaive. En parlant de grillé, le Grillet qui suivait n'a été reconnu que par l'équipe Christian/Dennis/Pat, les autres étaient plus au sud, voire à l'ouest. La suivante est l'histoire d'un petit arpent du Bon Dieu abritant quelques plans de Romorantin pré-phylloxérique. Tout commence tout au bout du XXe siècle, en 99, un voisin d’Henri Marrionet, un certain Martineau, futur retraité, lui propose ses vignes. N’en ayant pas l’utilité notre vigneron décline l’offre, mais, le vieux monsieur se met à évoquer des vieilles vignes de plus de 150 ans. En Sologne, pour se moquer, on charge la mule des parisiens, mais on ne galèje pas avec la vigne. Curieux, Henri Marrionet se rend sur les lieux où il découvre, sur la parcelle des Cailloux, cachés par des vignes récentes, 36 ares d’une très vieille vigne, aux ceps si torturés et creusés par le temps, qu’on se demande comment la sève peut encore passer, les pieds découpaient dans l’espace d’étranges arabesques, on aurait dit de la dentelle ou des serpents pétrifiés. Elle a résisté à tout, y compris au phylloxéra, c’est un monument historique dont 2 ceps arrachés avec tristesse filent à l’ENSA de Montpellier qui après l’avoir disséqué confirme "ses origines préphylloxériques" et situe son âge de plantation vers 1850. Cette vigne ayant génétiquement résisté au phylloxéra, on peut affirmer qu’elle sera éternelle puisqu’un pied mort pourra être remplacé sans problème par marcottage. Elle sera donc là dans mille ans. De cette vigne historique, Henri Marrionet tire 1.500 bts d’un autre monde, avec une distinction et une minéralité qui le classent hors catégorie. Bizarrement, seul l'Australopat et le Doc connaissaient cette cuvée.

Bourgogne Chevalier-Montrachet 2005 A.C Leflaiveleflaive-chevalier.jpg

Le nez de ce Chevalier est royal, aérien, cristallin, raffiné, sur des notes de noisette, de fleurs de vigne, d'acacia, de fruits exotique, d'amande, de fenouil, de genêt, de pâtisserie, de confiserie et de paille fraichement coupée. La bouche est aristocratique, ciselée par un maître diamantaire, rectiligne, tendue, généreuse, concentrée et marqué par son fabuleux terroir. C'est intense, la matière se déploie indéfiniment, c'est somptueux, baroque, hédoniste avec une allonge stupéfiante. Ce Chevalier est une ode à la finesse, il est construit pour les siècles des siècles (amen!). Grand vin

Bourgogne Montrachet Marquis Laguiche 2004 Domaine Drouhin

Si le Chevalier est un Prince,Laguiche_Montrachet.jpg le Monarque est de Montrachet. Le nez est une ouverture vers le paradis, il explose de fruits exotiques et de citron confit, de pierre à fusil, de fruits secs, d'amande, de fleurs blanches, de poire, de miel, de truffe fraiche, de caramel mou. Je ne me lasserais jamais d'un tel nez… La bouche est superlative, prodigieuse, la matière est stupéfiante avec une tension qui suspend le nectar en équilibre, c'est pur, exubérant, envoutant de minéralité, le jus d'une montagne magique avec une interminable persistance qui donne à tous, un sourire béat. On approche le Montrachet du bout des lèvres et on le quitte avec le sourire. Le Roi est le Roi est vive le Roi. Grand vin

Alsace Riesling Clos Windsbuhl 2007 Zind-Humbrecht

Le nez porte l'empreinte du terroir, calcaire, pierre sèche, agrumes, poire, fleurs et épices. La bouche est ample et tendue, un rien austère, froide comme les pierres qui font les grandes cathédrales, l'acidité trace les contours de l'édifice, la finale est une nef lumineuse. Un vin de recueillement. Excellent (à la limite du grand qu'il sera un jour)

Potee_de_poisson.jpgPotée de légumes et dos de cabillaud, un plat champêtre accompagné de vins royaux. La synthèse de la mer et de la terre. Un Chevalier Montrachet d'A.C Leflaive, aérien et tendu, magnifique, un Montrachet superlatif, un jus de terroir, une merveille faite vin. Boire un Montrachet est toujours un moment particulier, si je devais trouver une image pour exprimer l'émotion qui se dégage tout en laissant le breuvage glisser dans mon gosier ébahi, ce serait celle d'un astronaute en orbite, en apesanteur, en train de contempler la beauté insolente de notre planète bleue, un miracle , de la magie, chaque chose est à sa place, ordonnée, parfaite, je ne crois pas au hasard, à chaque fois, le Montrachet est exceptionnel. Un quasi sans faute des 5 équipes, mention très bien, 20/20 pour l'équipe John/Dominique. C'est sûr, qu'on on fait dans le classique, c'est bien plus simple… Comment terminer cette série de blanc, cette série d'empreinte de terroir sans évoquer le clos Windsbuhl et Olivier Humbrecht. Ce 2007 est un exemple parfait de la symbiose vigneron/terroir, servir son terroir sans le masquer, Chevalier-Montrachet.jpgen le sublimant, c'est l'essence même du travail d'un grand vigneron. C'est le moment qu'a choisi notre aède bipède, le chantre (et pas le chancre) de nos ventre, versificateur à ses heures et barde égrillard à la barbe de tous, pour pousser la chansonnette (voir ci-dessous). Aussi discret qu'un sextoy en plein Disneyland, il a déclamé avec le génie et la grâce que tous les poètes ont empruntés à Pascal Opispo ou Franck Michael. Hélas, Dieu me tripote, qui dans ce beau pays de France sait encore parler sans écorcher la langue de nos aïeux? Qui à part notre JeanDa est capable de rimer de la sorte? Qui éprouve l'irrépressible envie de nous décrire l'accouplement de deux verres, en position tête-bêche, étroitement unis par la sécrétion muqueuse du clitellum, une description qui fera rêver, j’en suis certain, bon nombre de mes lecteurs adolescents. Qui, dans cette époque que je serais heureux d'y z'avoir pas vécu au niveau de l'inculture dont au sujet de laquelle je suis été si consterné. Le poème m'a ému, mais on ne change pas les rayures du zèbre, surtout s'il est capable de plonger dans la luxure sans mouiller son nœud papillon.

Bourgogne 2004 Domaine Leroy Leroy_Bourgogne.JPG

Dans cette bouteille à la robe tourbe, il y a du 1er cru de Pommard, de Savigny, de Volnay, et même du grand cru de Vougeot, du Clos de la Roche et du Corton-Renardes, et ça se sent, cerise noire, groseille, cassis, framboise, rafle, cannelle et épices. La bouche est fraiche, aérienne, équilibrée par une acidité acidulée, c’est finement tannique, très fruité, franc, vif et surtout très long. Un Bourgogne générique qui fait partie des grandes bouteilles de la soirée. Grand vin.

Bourgogne Musigny 1989 Comte de Voguëmusigny-vogue.jpg

Déjà, au nez, on présent le velours, la soie d'un nez qui déploie cette magie propre à la Bourgogne, griotte, framboise, cassis, églantine, cèpes, sous-bois, cannelle, feu de cheminée, réglisse et vieux cuir tanné. La bouche resplendit de charme et de jeunesse, c'est spectaculairement charmeur, un brin d'austérité comme je l'aime, de la vieille dentelle qui n'a pas vieilli, un goût séculaire dans une enveloppe d'étoffe de soie, une danse interminable, la danse des sept voiles de Salomé qui nous apporte le plaisir sur un plateau d’argent. Quand la Bourgogne fait des cadeaux. Grand vin

Languedoc Daumas Gassac 1988

Le nez est corsé et solaire, sur les fruits noirs, le cassis, le poivron, les épices, le tabac, le cacao, le café et la réglisse. La bouche est délicieuse, elle possède une superbe texture élégante, des tannins soyeux, un bel équilibre et étire sa longue finale. Difficile de rester insensible aux charmes de ce Languedoc aux accents de St Emilion. Excellent

Bordeaux St Emilion Cheval Blanc 2002cheval_blanc_2002.jpg

Le nez est puisant et serré, sur des notes de cassis, de framboise, de bois de santal, de mine de crayon, de violette et de réglisse. La bouche est ample, même concentrée, encore bien jeune, engoncée dans une matière serrée, rigide mais profonde avec une énorme longueur qui laisse présager le meilleur avenir. Excellent

L’élan poétique à peine retombé comme un soufflé mal démoulé, fauché par un chasseur tragiquement ivre, qui, en se brûlant le pourpoint, réveillé au milieu de la nuit, en bon poète, question d’éducation tout ça, que quand on n'arrive pas à dormir, autant tirer son coup, ça passe le temps, il faut remettre le couvert. triplette.jpgAvec le Maki de Kobé et son bouillon zen et le chutney de fraise et Salicornes, deux doublettes, sur la première, pas de grosses surprises, toujours les fondamentaux bourguignons, Pacalet, Leroy ou Prieuré-Roch sur le premier, c'est Leroy et son générique, aussi exceptionnellement bon que exceptionnellement pas bon marché. Sur le deuxième, la palme revient à Rage, qui a découvert le vin qu'il m'avait offert il y a deux ans, chapeau! Il y avait un piège dans la série suivante, la seconde bouteille était un Cheval Blanc, trouvé par Dennis, les autres étaient sur un grand Bordeaux, mais le premier a été pris pour un Latour, un Pichon Comtesse, un Ducru ou un Lacombes alors qu'il s'agissait d'un Daumas Gassac 88, un beau compliment pour un beau vin qui vieillit parfaitement bien.

Provence VDT Trévallon 1995trevallon-1995.jpg

Un premier nez un peu sauvage, de cerise kirschée, de poivron, d'encre, de fumée, de cendre froide, de menthe et de truffe. La bouche fait très pauillac, des tannins puissants, carrés et marqués, un peu d’astringence, une pointe de viandé, une acidité pas fondue et une belle finale. Un vrai 95. Très bien

Provence VDT Trévallon 1989

Le nez est légèrement évolué, sur le cassis, le poivron, la mine de crayon, les fleurs séchées, la confiture de groseille, le cacao et les épices. La bouche est douce et enveloppante, très légère sucrosité, beaucoup de jus et de charme, une belle ligne acide et une longue persistance sur la café. Excellent

Provence VDT Trévallon 1990trevallon_90.jpg

Superbe bouquet de cassis, de confiture de mûre, de crème de cassis, de vanille, de fumé, de chocolat, de rafle, de truffe et de havane. La bouche possède beaucoup de race, de minéralité, de fraicheur mentholée, un côté Pomerol très marqué, la Syrah s'est fondue dans le Cabernet, les tannins sont parfaits, l'acidité idéale et la longueur fabuleuse. Le grand vin du sud. Grand vin

cropped-bouchon-mort.jpgJ'ai beaucoup travaillé, médité, gambergé sur la série suivante, j'ai préparé mon piège, j'ai posé soigneusement le collet qui devait garrotter mes convives. Je le confesse, j'ai tendu mon lacet, je me repaissais en scrutant les yeux angoissés de Soiffards perdus, qui ne réalisaient pas encore qu'ils étaient tombé dans un piège grossier. Beaucoup ne connaissaient Trévallon que trop jeune, au moment où la Syrah domine et le Cabernet apporte sa fraicheur, avant la réunion des deux cépages. Après 10 ou 15 ans, les deux cépages fusionnent et le vin change pour devenir superbe et ressembler étrangement à un vieux et grand Bordeaux, un Toscan ou un grand d'Espagne. La palme pour un 90 magnifique, le plus beau baux qu'il m'est été donné de boire. Pas une équipe n'a marqué le moindre point, zéro pointé, heureusement il y avait le cochon Ibïona et sa panisse pour faire passer la pilule.

Rhône Châteauneuf du pape Fonsalette 1986 Emmanuel Reynaud

Beau nez de fraise écrasée, de tabac blond, de cuir, de café, de champignon et de pruneau. En bouche, on entre au royaume de la dentelle, de l'aérien, c'est d'une grande finesse, mais ça manque de matière, d'ampleur et de complexité avec une finale un peu métallique. Très bien

Rhône Cornas 1990 Domaine ClapeClape_Cornas.jpg

Quel bouquet, sauvage et fin, animal, très lardé fumé, cassis, airelles, cuir, cacao, encre, violette, musc, réglisse et clou de girofle. La bouche est superbe, fine, fondue, des tannins évanouis, éthérés, une acidité équilibrante, une grande buvabilité et des arômes qui n'en finissent pas. Superbe. Grand vin

Rhône Hermitage 2000 Domaine Chave

Un nez très fruité, sur les fruits noirs, la groseille, le poivre, la mûre et encore pas mal de bois. La bouche est serrée, tendue par une acidité vive, les tannins sont encore trop présents, l'équilibre est sur la puissance et le bois. La finale est un peu stricte. Un vin encore marqué par son élevage qui devra être attendu. Excellent

Rhône Côte-Rôtie Côte Brune 1999 JP Jametjamet_CB99.jpg

Comme pour le vin précédent, cette Côte-Rôtie n'est pas prête, mais on présage le meilleur, on sait qu'on entre dans le monde du superlatif, par son nez sanguin, profond, floral, racé, qui offre l'ensemble de la palette aromatique possible: cassis, prune, pruneau, violette, rose, menthe, truffe, bois noble, encens… La bouche est serrée mais fraiche, là aussi, la profondeur est saisissante, c'est intense, les tannins sont jeunes, mais le grain très fin les rend plaisants, l'équilibre est magistral et la finale, épicée et fumée, finit de nous convaincre que ce vin entre au panthéon des plus grand. Quelle bouteille au potentiel immense! Grand vin

yagyu.jpgDouble doublette pour suive, Fonsalette 86, peu de matière, mais beaucoup de fraicheur, un vin sous-estimé qui délivre encore sa magie. Les vieux Cornas (terre brûlée, en celtique) sont comme les vieilles pantoufles qui couinent, indémodables, confortables et précieuses. Finit le cornas de chasseurs, vins durs qui n'étaient jamais prêts à être bus et qu'il fallait faire passer sur des gibiers. Le Cornas, c'est le vin noir, le sang de Dieu, un vin-panthère noire, sauvage mais d'une intense douceur, qui atteint des sommets, après 15 ou 20 ans, lorsque ce terroir extrême s'exprime sans masques. Un vin soyeux et profond. Deux qualités que l'on retrouve presque toujours dans les vins de la famille Chave, respect d'un immense terroir, assemble immuable des différentes parcelles du domaine, presque jamais de parcellaire pour ne pas grever la qualité de l'Hermitage de base, une base déjà portée à un niveau élevé. Ce 2000, encore bien jeune, en est un exemple. Cornas, Hermitage, l'autre colline Rhodanienne de légende se trouve sur les hauteurs d'Ampuis, où la côte blonde fait face à la côte brune. A l'image de ses vins, Jean-Paul Jamet est un peu sauvage, mais il sait s'ouvrir et nous enchanter. Depuis deux décennies, ce domaine phare réalise un sans-faute, les deux frères Jamet imposent leurs côte-rôtie au sommet de l’appellation, par un travail attentif, des vinifications peu ou pas égrappées, ce qui confère aux vins une finesse de texture et une chair magnifiques, qui les différencient, stylistiquement, du reste de la production locale. Le bois neuf est, ici, utilisé à dose homéopathique.

Espagne Ribera del Duero Véga Sicilia 1999vega-sicilia-unico.jpg

Un nez complexe et profond, cassis, pruneau, épices, café, balsamique, eucalyptus et une touche élégante de bois de santal. La bouche est ample, dense, concentrée, veloutée, sans lourdeur, avec une touche minérale, graphite, c'est droite et précise, des tannins puissants et une très longue persistance mentholée. Un Bel espagnol qui combine charme et puissance. Grand vin

Australie Barossa Valley Shiraz 2004 Chris Ringland

Au nez, c'est une explosion de fruit, ringland.jpgtout y passe, cassis, myrtille, mûre, airelle, terre sèche, mine de crayon, encens, violette, rose fanée, laurier, tabac et chocolat. La déflagration continue en bouche, les couches de fruits se succèdent pour tapisser nos palais réjouis. La forte minéralité transcende le vin, la matière est crémeuse, douce, les tannins sont fait de soie orientale, une forte acidité équilibre l'ensemble et la très longue finale nous emporte vers les sommets Australien. A attendre mille ans. Grand vin

Alsace PG Rangen Clos St Urbain SGN 1998 Zind-Humbrechtzind_sgn98.jpg

Une robe aux accents de très vieux cognac, un nez qui enchante par sa parfaite expression d'un grand terroir, un fumé tourbé tellement caractéristique, des notes de pierre à fusil, de mangue, de mandarine et d'ananas, de thé, de miel, de cire, de caramel et de café. La bouche est immense, une maturité poussée à son paroxysme, une concentration étonnante, un jus délicieux, une acidité qui suspend le temps et prolonge la finale éblouissante. Grand vin

Bordeaux Château Guiraud 1959Chateau-Guiraud59.jpg

Couleur vieil or, limpide. Nez d'orangette, de crème brulée, d'ananas flambé, de vieux rhum et de champignon. La bouche est douce, les sucres sont fondus, la matière fine et la finale sur l'orange amère. Une vieille dame avec du charme et encore un peu de présence. Très bien

Jura Macvin 2008 Jean MacleMacle_Macvin.jpg

À la base, le macvin est un vin de liqueur élaboré par les Abbesses Bénédictines de Château-Chalon par l’ajout d’1/3 de marc de raisin dans 2/3 de jus de raisin. Un nez de miel, de coing, de fruits secs, de marc et d'épices. La bouche est ample, moelleuse, portée par l'alcool, un rien chaleureuse avec une acidité marquée. Un vin qui fatigue un peu, mais après 25 vins, quoi de plus normal? Très bien

tartine.jpgJe ne m'attarderais pas sur Véga Sicilia, on commence à maitriser le sujet, même si, à chaque fois, le plaisir est immense. C'est notre deuxième rencontre avec les vins de Chris Ringland (ex Three Rivers Shiraz), un vigneron qui produit peu, moins de 100 caisses par an, qui produit une Shiraz rare, issue de ceps centenaire, difficile à trouver, très cher mais probablement la syrah Australienne la plus exceptionnelle, un bouquet explosif de fruit, de maitrise de l'élevage et un vin doté d'une allonge quasi interminable. L'association du Shropshire et du SNG de Zind-Humbrecht fait merveille, là aussi, le terroir chante les louanges du vigneron, à moins que ça ne soit l'inverse. Ce Rangen, c'est ma madeleine de Proust, tous les deux ans, je redécouvre les bienfaits du pinot-gris et du sucre de lave. Le Guiraud 59 était en voie d'extinction, un petit côté suranné pas désagréable en fin de soirée. Sur le dessert et les petits nounours en guimauve, un Macvin pour terminer cette soirée sur une note originale et rendre hommage à un autre grand vigneron, Jean Macle, comme une conclusion de cette soirée. Je crois à la force du terroir, au goût particulier d’une origine, aux nuances de qualité autant que de style, liés à des origines spécifiques. Le côté culturel d’un vin de terroir a le pouvoir de susciter en nous des émotions, un enrichissement que procure la connaissance des vins. Les vins de terroir ne sont pas, ou rarement, des vins puissants. Ils sont en général relativement discrets, subtils. Cela fait partie à la fois de leur singularité, de leur originalité, et de leur buvabilité. En quelque sorte, ils n’ont pas besoin d’hurler, il leur suffit de la charmer. C'est ce que démontre Richard Leroy avec Noël de Montbenault, Jean-Michel Deiss sur la Mambourg, Anne-Claude Leflaive sur le Montrachet, Oliver Humbrecht sur la Rangen ou le Windsbuhl, Eloi Dürrbach dans les Baux de Provence, la famille Chave sur la colline de l'Hermitage, Jean-Paul jamet sur la Côte-Rôtie ou Chris Ringland de l'autre côté de la terre, là ou Dennis Canute retournera avec une bouteille de Provignage centenaire et quelques étoiles en plus sur son drapeau.

"C'est la nature qui doit être notre guide, c'est le terroir qui impose sa loi, c'est le climat qui l'infléchit. Bien évidemment c'est au vigneron de déjouer les pièges d'un climat capricieux. S'il y réussit, il peut amener en cuverie un raisin le plus sain possible et le vin pourra se faire de la façon la plus naturelle qui soit, aujourd'hui comme hier". Henri Jayer

Comme promis, le sonnet du Soiffard

Ode au givré du Gevrey

Mes chers amis Soiffards, autour du Psykopat
Qui nous sert des nectars, et pas du jus d’patate
Nous voilà réunis, devant cette nappe écrue
Une mine réjouie, grâce à tous ces Grands Crus

Si nous sommes tous hilares, la faute à ce grand fat
Qui boit du Clos deTart comme d’autres du picrate.
« Avec une Côte-Rôtie, le plaisir est accru »,
« J’aime mieux le Musigny plutôt que le Pisse-Dru » :

Voilà le genre de phrases qu’il lance à l’assemblée
Et c’est bien cette emphase qui nous fait tant l’aimer
Aussi je le confesse, c’est sans aucun tabou

Qu’après quelques Las Cazes et autres Romanées,
Offerts à chaque ocaz par cet ami zélé
On parle aussi de fesse, chez notre Grand Gourou !



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