Tu échoue sur une ile déserte avec: un livre, un CD, un DVD, un plat, un unique vin blanc, un unique vin rouge, un objet et une seule personne, tu emmènes qui et quoi?

Je tiens d’abord à préciser que c’est tout de même étonnant que ce soit justement mon bateau qui coule, comme par hasard, mais je dis ça je dis rien. En plus, c'est un complot prémédité puisqu'il faut que je choisisse avant, c'est quand même bizarre, non? Tu travailles pour la NSA? Pour le livre, celui qui traine dans mon bureau depuis 2 ans et que je n'arrive pas à finir, "le Grand bond en arrière" de Serge Halimi. Pour le CD, sans hésiter, "The Dark Side of the Moon", le chef d'œuvre des Flamants Roses. Pour le DVD, j'hésite, Mulollhand Drive ou Donnie Darko pour enfin comprendre, mais je choisirais surement Mystic River de Clint Eastwood. Pour casser la graine, un truc dont je ne me lasse jamais, un bœuf gros sel, sans hésiter, et pour l'accompagner, Alsace et Bourgogne, évidemment! Un Riesling 1945 à l'apéro, pour me rappeler qu'on peut-être éternel et une Romanée Conti 1996 pour se souvenir des belles choses partagées. Pour l'objet, nécessairement, un tire-bouchon, sinon comment j'ouvre le vin? Une personne, je devrais dire une femme, mais j'ai déjà un objet! Je prendrais, si je puis dire, quand même une femme, n'importe laquelle, parce que je n'ai vraiment pas envie de me farcir vendredi !

Imagine que tu es John Lennon, riche à brasser les millions … Tu bois quoi?

Etre riche, c’est chiant comme une pluie acide sur St Tropez, les vacances "all inclusive" à St Bart avec mes potes semi-attardés de mon club de polo sur glace, le Roederer et le Salon avec des vieilles retendues, liposucées, botoxées qu’on dirait des poupées en peau de zgeg, les fins de soirée où des vieux russes blancs, saouls comme des polonais se tapent mollement des putes ukrainiennes bourrées jusqu’à la chatte de cocaïne colombienne, c'est pas pour moi, je préfère mieux un petit Gamay avec une tranche de sauciflard ou un St Romain avec des apéricubes, comme tout le monde, non?

Si tu étais un vin, tu serais… ?

Un magnum, pas un vin de messe, un rouge, surement, un vin ample, opulent, chaleureux, pas cérébral mais complexe, un vin convivial mais de caractère, pour ne pas dire caractériel, un vin qui s'affirme et qui cause. Un pinot noir ou un Nebbiolo, Côte de Nuits et Barolo, les deux feraient bien l'affaire, mais surtout, je serais bouchonné, parce que, y a pas de raison que, si j'étais un vin, j'arrête d'emmerder le monde! Putain, je viens de comprendre que je serais un vin du pâtissier de Vesoul. J'ai voulu voir Vesoul et j'ai vu Vierzon, mais je te préviens, j'ai horreur de tous les flonflons et de la valse musette.

Pour une soirée très intimes, tu préfères mieux un vin avec des notes de feuille de rose ou des arômes de bois bandé?

Ton corps change, ce n'est pas sale… Pense aux fleurs… La dégustation n'est pas un plaisir solitaire, il est important de partager ses émois et ses troubles, surtout quand le vin est nature. Cela dit, je suis encore un peu réticent, je me dis, mais qui ça va intéresser, est-ce bien raisonnable, à quelle heure passe les cigognes? Mais je dois avouer que j'ai un petit faible pour les vins avec cinquante nuances d'Old Grey, mais cette question aurait pu, à la rigueur, faire une autre mauvaise chanson de Delerm, mais bon, je n’ose pas trop faire part de mes penchants pas naturels, de peur de perdre ma dernière lectrice érotomane et mon dernier lecteur qui préfère encore le Bordeaux.

Justement et pour finir, la question qui fâche, la seule qui vaille, Bordeaux ou Bourgogne?
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Merci de me poser cette question. Je vais essayer de faire court pour une fois et ne pas m'étaler comme une vieille bouse sur des pages et des pages de logorrhée inaudible, surtout que c'est écrit. En plus, comme c'est une question marronnier, j'ai déjà donné ma réponse 1.256 fois en trois mois. Si ma réponse ne te va pas, tu te débrouilles tout seul, me casse pas les balloches, tu n'as rien payé et on n'est pas chez Darty. Bref, j'ai une devise ultra simple et pour tout dire, simpliste, pour ne pas dire simplette, "Le Bordeaux me fait pisser, le Bourgogne me fait bander". On ne peut mieux dire. Le Bourgogne et sa culture du terroir, des climats, représente tout ce que j'espère du vin. Les vignerons sont encore des paysans. Le Bordeaux, c'est le monde de l'entreprise, de la finance, du marketing et du luxe. En Bourgogne, le vin reste du vin, à Bordeaux, le vin n'est plus qu'un chiffre, une note dans une revue Américaine rachetée par des Chinois, un produit, un gros mot. En 2005, grand millésime, les Bordelais gonflaient (en moyenne) leurs prix de 261%, les bourguignons se sont contentés d'une hausse comprise entre 10 à 25%. Les Bordelais chassent le 100/100, espère un jour le fabriquer comme on fabrique une auto, en série et ils vendent en primeur. Pour le Bourguignon, le Musigny ou le Chambertin restent des vins comme les autres, pas des trophées, ils continuent à les vendent aux clients fidèles. En Bourgogne, ce n'est pas tous les ans le millésime du siècle. On a arrêté les Sarazins à Poitiers et Bob l'éponge à Beaune. En Bourgogne, la distinction entre les grands crus et les premiers crus, n'est qu'un jugement esthétique, pas un critère commercial. Je ne nie pas le fait qu'il y ait des vins magnifiques à Bordeaux, mais le romantisme n'est pas bordelais. Les grands vins, les vins les plus chers à mon cœur, contiennent plus que des arômes et de parfums envoûtants, ils possèdent un supplément d'âme, une étincelle de romantisme. A Bordeaux, les prix, les notes et le marketing ont chassé l'âme et le romantisme. Donc, tu as bien compris, je suis plus Bourgogne que Bordeaux, mais as-tu pensé aux Hermitage, Châteauneuf, Barolo, Barossa Valley, Ribera del Duero, Brunello, Chablis… Non pas Chablis, j'ai des vieux souvenir de Dame Pipi et de serpillères… Je t'ai déjà raconté… C'était un samedi soir, vers environ 19h32, sous une tonnelle…