"Les vins naturels" sont une catégorie de vins très minoritaires, qui répondent à une définition simple : un vin naturel est un vin bio sans aucun intrant, à l’exception possible de faibles doses de sulfites, ce n’est donc pas systématiquement un vin "sans soufre", comme on peut l’entendre parfois. En France, il existe une Association des vins naturels (AVN), laquelle a défini une charte qu’un enfant de 10 ans pourrait comprendre, les critiques récurrentes sur le prétendu "flou" entourant ces vins sont donc recalées d’emblée. Selon l’AVN, un vin est en effet "naturel" s’il est bio et presque vierge de tout additif. Les techniques stérilisantes, correctives ou enrichissantes (osmose inverse, filtration tangentielle, flash pasteurisation, etc.) sont proscrites. Simple comme bonjour, alors où est le problème? La Nature est quelque chose de beau, de magnifique, qu’on ne respecte pas assez. Les vignerons qui font des vins "nature" sont aussi respectables que les autres, parfois même plus, faire un vin nature, de A & Z, est surement un exercice particulièrement difficile, mais, les démagogues et les intégristes m'ont toujours donné des boutons. Mon palais s'est habitué à un certain type de vins, une certaine idée de la vinification, je ne parle pas des Bordeaux vanillés, des Languedoc rustiques ou des Rhône planché comme ma cabane au canada, je parle des bons, des raisonnables.

vins_naturels.JPGLe naturel, le vrai, au début, ça ne laisse pas indifférent. Ça déroute, ça bouscule les habitudes, les goûts, les références, c'est une autre palette de goûts, une autre variété de saveurs jusqu’alors inconnues. C'est en cherchant ses belles inconnues que vous allez à la rencontre de la pureté des Anjous de Richard Leroy, de la puissance maitrisée des vins d'Henri Milan et de pas mal d'autres pépites naturelles. Vous vous dites que ce n'est pas réservé uniquement aux bobos parisiens en manque de sensations fortes et vous creusez pour vous retrouver dans une salle, zigzagant, de droite et de gauche, un INAO à la main, écoutant un yogi japonais qui fait des Chardonnay nature dans le Jura, un Anachorète de Loire, un druide Alsacien, un faquir Bordelais ou une fondamentaliste Bourguignonne. Vous faites également quelques découvertes agréables, le premier millésime d'un jeune Auvergnat qui a le bon sens de ne pas faire gouter sa première cuvée de Syrah dont il n'est pas satisfait, un Autrichien qui soigne ses étiquettes comme ses vins, une confirmation avec Clos Milan, un Méa culpa chez Patrick Meyer, mais aussi pas mal de déceptions, quelques vins à gouter d'une seule papille, tout en se faisant les ongles de pieds, en relisant la bible et en débattant sur la qualité des compositions de Patrick Sébastien. Je n'ai pas attendu les nihilistes naturistes pour aimer le vin naturel, le naturellement bon pas le bon parce qu'il est naturel. Le naturiste peut boire du vin naturel dans la nature. Mais pour consommer du vin naturel, il ne faut pas obligatoirement être naturiste, même s'il est fortement conseillé d’aimer la nature. Je n’aime pas un vin parce qu’il est naturel, je l’aime parce qu’il est bon. Il faut savoir faire le tri, faire preuve de discernement, ne pas rejeter en bloc le vin nature sous prétexte que certains intégristes oublient que le plaisir est la première loi de la dégustation.

Fort heureusement, comme l'écrivait le poète français Jean-Baptiste Gresset, le jugement d'un seul n'est pas la loi de tous. Chamfort, Nicolas, pas Alain, ajoutait que "l'opinion est la reine du monde, parce que la sottise est la reine des sots". Pour rappel, la seule mention obligatoire sur l’étiquette d’une bouteille de vin, quant à sa composition, c’est "contient des sulfites", une obligation sotte quand on sait que tout vin en contient naturellement. La belle connerie, c'est de mettre les vins naturels dans le même tonneau et d’en tirer des banalités outrancières. Il existe autant de sortes de vins naturels que de vins soit disant pas naturels, comme il existe toute une diversité de cons, il y a plusieurs façon d'être con mais le con choisit toujours la pire.