vosges_006.JPGPersonnellement, je n'emmène que l’essentiel, rien que l’essentiel, un tire-bouchon et un verre aviné, je suis un mec comme ça moi, je n’ai besoin que d’un sentier, de l'air frais et vivifiant et surtout, beaucoup de vins. Bon, une fois équipé comme des pros, le Gégé nous guide vers la route des crêtes. Le pays calme de la montagne, des vues magnifiques sur le Grand Ballon, le Hundskopf, le Markstein, le Gaschney, le col du Hahnenbrunnen, le Hohneck ou la Schlucht, superbe. Première halte à la ferme auberge de Salzbach (Alt: 1180m) pour un menu Marcaire à 8.000 calories. Pendant que Gégé m'explique l’origine de Marcaire (emprunté à l'allemand Melker, le trayeur), les pommes de terre mijotaient à feu doux pendant que le marcaire surveillait son troupeau. A son retour, les pommes de terre constituaient la base du repas avec le fromage. Aujourd’hui, le fameux repas marcaire est devenu le menu traditionnel servi dans les fermes-auberges des Hautes-Vosges. Il se compose d’une tourte de la vallée, à elle seule capable de nourrir une famille de parisien pendant une semaine, de viande de porc fumée accompagnée des "Roïgabrageldi", les fameuses pommes de terre, elles sont cuites dans le beurre fermier avec des oignons et du lard. Pour finir, un fromage de Munster et un fromage blanc fermier arrosé au kirsch, pour être sûr qu'il te faudra deux bonnes heures de sieste avant de repartir. Conscient qu'il faudra bien occuper sa sieste, notre Ermite entreprit d'entreprendre la serveuse, un charmante jeune Vosgienne d'un mètre quarante sur autant de large, à la bouille porcine. Il a sorti son sourire carnassier, lui a claqué une bise sur les bajoues et lui a susurré à l'oreille: "prépare la fanfare et sonne le clairon Jacqueline, ton légionnaire est de retour, ce soir nous allons guerroyer sur ton front et remettre la complainte douce de nos débuts d'ébats, dis-toi que ton agonie sera aussi douce et délicieuse que le dernier souffle d’une chèvre de montagne. Vas ma princesse, je vais goûter à ton glas comme à ma première chaude pisse, fier, exsangue, amer et les lames de rasoir que j’urinerai en chialant, se planteront comme des flèches dans ton cœur de Vosgienne". La grande classe, y a pas à dire, il sait draguer le vieux bougre…

vosges_004.JPGL'après-midi sera consacré à un cours de gazon, du Faing, du Faîte, du Garon Martin et des hautes Chaumes... L'Ermite, l'homme qui parlait à l'oreille des biches, nous montrera tout son talent en charmant une belle biche de passage, il tentera sa chance avec un bœuf des Highlands, mais le bovidé, à la tête de shampouineuse en analyse, l'ignorera superbement. Au coucher de soleil, on arrive au Ranch Auberge du Hinterberg pour y déguster un excellent Baeckeofe. C'est là que je me suis dit que, même si je n'avais pas de sac dernier cri ou des bâtons de berger high-tech, j'avais mon verre Spiegelau et, quand tu te retrouves avec un Tignanello d'Antinori, un Vacqueyras d'Emmanuel Reynaud et un Amon-Ra, seulement équipé d'un petit ballon de 8cl, tu comprends la délicieuse subtilité entre le plaisir d'Epicure et l’ivrognerie lugubre. Fallait voir notre Ermite poser sa moustache et son nez dans un verre taille extra-small, il avait les yeux d'une palombe sur lesquelles un 33 tonnes a posé gentiment ses Pirelli, une éponge dans une marre de Fanta orange, il était tout rougeau, hébété comme une bière sans bulle, la mine vague et le teint blême d'un marcassin aux marrons, comme une Calzone explosant dans un micro-onde, comme une professionnelle après un défilé de CRS, comme un stylo bille au soleil, comme une moule aux Seychelles…Il en bavait d'envie. Il s'est levé et il est parti dormir, ou plutôt, scier la moitié de la forêt Vosgienne.

vosges_012.JPGAu petit-déjeuner du lendemain, il l'avait encore mauvaise. Il s'est empiffré comme un sumo qui reviendrait d'un séjour sur une île déserte puis nous a emmenés au Hirschsteine par un sentier escarpé qui serpente à travers des pierriers, au-dessus du vide, déconseillé aux non-initiés. J'ai était, par trois fois, à deux doigts d'être précipité dans le vide Vosgien. C'est au belvédère du Spitzenfels que les choses auraient pu mal tourner, mécontent de trouver la place déjà occupé, il intimé aimablement, mais fermement, aux deux Suisse-Allemands de se casser avant qu'il ne se fâche. Devant leur étonnement, il a sorti son couteau Boukistanais, le genre de canif qui pourrait débiter un cobra en pleine course, celui qui lui a déjà coûté 2 divorces, deux séparations saignantes et une crise d'hémorroïde, l'Ermite âgé les a fixé, s'est épilé le maillot avec lenteur et un peu de cancoillotte, le Suisse en a chié dans son bénard, beurrant de concert, son calbute, les chaussette en laine de sa femme et le dos d'une cigogne qui passait dessous. Devant un tel spectacle, le Cénobite s'est jeté sur lui, une boucherie, on se serait cru à Austerlitz, la charge à la baïonnette, bordel, y a que ça de vrai. De l'helvète, il ne restait que la carcasse sur les rochers, on aurait dit les restes d’un Chicken Crispy Tenders du KFC. Putain, sale temps pour les confédérés. Il a réajusté son feutre, et a dit: "faut redescendre, on est attendu cher Laurent Barth pour déguster, faudrait pas le faire attendre, ce n'est pas poli"...



vosges_0014.JPG