vitruvee.jpgMais il aime quoi le Bob? C'est quoi un grand vin pour lui? Ça tombe bien, il l'a écrit dans "The World’s greatest Wine Estates" que l'on pourrait librement traduire par: "les chanmé du Jaja qui me fait kiffer ma race" ou "les Meilleurs domaines viticole du monde" pour les nostalgiques de Catherine Ferry (attention blague niveau CM2). En préambule (non ça ne parle pas de Champagne), il donne sa définition de la grandeur. Puisqu'il est assez bobo pour nous embobiner, sans bobard, bob, avant de nous dévoiler ceux qu’il considère comme les top domaines et les meilleurs vins du monde, nous énonce ses critères permettant de définir ce qu’est un grand vin. Pour Bobby, "les grands vins sont issus de vignobles bien situés, des vins aux rendements faibles, bénéficiant de microclimats favorables à la production de cépages spécifiques, et produits à partir de raisins arrivés à un degré idéal de maturité". Bon, là, ça en fait beaucoup, sauf si on confond maturité et sur-extraction, mûr avec confiture. Il s'étonne même que certains: "n’ait toujours pas compris ce principe fondamental". Ce postulat posé de façon aussi net, voir menaçant, explique que certains producteurs, à l'affut d'une clientèle "Bobesque", obtempèrent illico presto et se concentre sur la maturité. Il pense aussi que la vigne, le cépage, doit exprimer ses qualités spécifiques, sans manipulation, interventions ou corrections susceptibles d’altérer l’originalité du vin et celle du millésime, limiter au strict minimum le recours à des produits chimiques, et en particulier au soufre. Bob le naturiste! Etonnant non? En gros, respecter le cépage, la terre, le millésime sans polluer la planète et l'estomac du client, c'est du domaine du consensus général, mais cela surprend sous la plume du Bob. Mais venons-en à l'exceptionnel. Qu’est-ce qu’un vin qui déchire sa race selon Bob?

"Un vin exceptionnel doit plaire au palais autant qu’à l’intellect. Il doit dégager des arômes et des saveurs multidimensionnels faisant ainsi preuve d’une grande complexité". Une belle phrase pour dire qu'un grand vin doit être complexe et profond. "Un grand vin doit maintenir l’intérêt du dégustateur grâce à une irrésistible intensité aromatique et à des strates de saveurs pleines de nuances". C'est un peu la même chose, mais dit différemment, tout en nuance et en strates. "Il a la capacité, rare et techniquement difficile à atteindre, d’offrir des arômes intenses alliés à des saveurs légères, se distinguant ainsi de vins puissants, intenses, mais lourds, comme en produit trop souvent le Nouveau Monde". Alors là, ça m'effrite la boulette et je me dis que le Bob devrait voir un psychologue du travail. Y nous fait un burn-out, ou bien? Vous n'imaginez pas où il est tombé pour écrire ça? Compte tenu des reproches qui lui sont adressés par des tracteurs et des contradicteurs, on ne s’attend pas à trouver de tels jugements chez Bob. Mais comme il n'est pas fou et surtout Rician, il ajoute "que certains vins californiens ont beaucoup progressé dans ce domaine ces dernières décennies". Faut pas que déconner, faut bien vendre aussi. "Un vin exceptionnel a la capacité de plaire davantage à chaque gorgée, The_Greatest_Wine.jpgle dégustateur découvrant progressivement des nuances, des saveurs et des arômes plus intenses et plus attirants à mesure que la bouteille se vide". Un grand vin évolue dans un verre qui se vide rapidement. Notre JeanDa appelle ça assez simplement, mais justement, la "torchabilité". Le principe: tu divises la durée de vie de la boutanche par le nombre de participants, tu retiens ton souffle, tu ajoutes l'âge de l'Ermite, tu jettes la bouteille aux oubliettes et tu en cherches une autre. "Un grand vin doit s’améliorer avec l’âge". Alors ça, c'est révolutionnaire! Le dicton "tu te bonifies avec l'âge" serait donc vrai? Bob nuance en écrivant que trop de critiques et de producteurs européens défendent l’idée que, pour être exceptionnel quand il est à maturité, un vin devrait être désagréable jeune, mais que pour lui, les vins acides, astringents et en général dépourvus de fruit et sans charme dans leur jeunesse deviennent encore plus infâmes et imbuvables en vieillissant. "Un vin qui ne donne pas de plaisir jeune, survivra, plus qu’il ne vieillira". On pourrait résumer par un quand c'est daubé jeune, c'est pourri pour toujours. "Le grand vin démontre une personnalité singulière: arôme, saveur, et texture doivent permettre d’identifier un vin, et un millésime exceptionnels". Bref, il doit être ce qu'il doit être, je n'arrête pas de le dire, même si ça ne veut rien dire, mais c'est vrai que je ne m'appelle pas Bob. "Il est le résultat de la passion et de l’engagement du producteur. En effet, chaque récolte est le résultat unique, risqué, et aléatoire, du travail du vigneron pendant une année entière". Le grand vin doit ressembler à son géniteur, en avoir les stigmates. Enfin, "il a la capacité de refléter le lieu d’origine". La notion de terroir! Putain, Bob l'éponge nous fait son coming-gout of the water-closet! Il serait un partisan terroiriste et non pas un suppôt des vins déconnectés de la terre, de la mondialisation du goût? Il ajoute que pour faire bon, un terroir est indispensable, mais il faut également soigner la qualité du plant de vigne, les levures utilisées pour la fermentation, le rendement et l’âge des pieds de vigne, la philosophie de la vendange, la vinification et l’équipement du chai, l’élevage, la clarification et le filtrage, la date de mise en bouteille, la température de la cave et les conditions sanitaires. Il a oublié la marque de la bouteille, la qualité du bouchon, de la collerette, la formation du graphiste et l'encre utilisé par l'imprimeur de l'étiquette, mais en gros, c'est l'esprit divin! S’agit-il d’un virage dans la philosophie Parker? Bob vire-t-il sa cuti? Non, il y a, il y a toujours eu, une seule définition du grand vin, qu'il soit moderne ou traditionaliste. C'est un peu celle qu'il donne. L’important étant qu’aucun des deux types de grands vins ne disparaisse. Ce qui est à la mode se démode, de plus en plus rapidement. Ce qui plait peut déplaire. Pour résumer Bob, un grand vin est complexe, profond, intense, tout en nuance, léger en bouche, élégant, fin, il doit positivement évoluer dans le verre et dans la bouteille, démontrer une personnalité, du caractère et s'identifier au millésime. Il doit être torchable, parler au palais autant qu’à l’intellect, refléter son terroir et être le fruit de la passion d'un vigneron. Mais ça ne suffit pas, il faut aussi soigner tous les détails de sa fabrication. Heureusement que Bob est là pour nous montrer la voie.

DRC.jpgMais la bonne question pourrait bien être: "peut-on être objectif avec la subjectivité ou la vérité peut-elle être à la fois subjective et objective? Nous connaissons la réalité à travers l'expérience que nous en avons. Or, cette expérience est subjective. Nous ne connaissons donc pas la réalité telle qu'elle est mais telle que notre expérience nous permet de la connaître. Autrement dit, à chacun sa vérité. C'est aussi vrai pour le vin. On m'a souvent demandé ma définition d’un grand vin. J’avoue que l'exercice n'est pas simple et que mes réponses fluctuent au gré de mes humeurs, je n'ai pas de définition arrêtée d'un grand vin. La dégustation est un moment particulier, idéalement, c'est un moment de partage, cela dit, il apparaît absurde, puisque par définition les émotions sont subjectives, de définir de manière objective et analytique un grand vin. Scientifiquement, puisque le vin fait appel à l'humilité et à la modération, on devrait pouvoir dire, objectivement, c'est un grand vin, mais je ne l'aime pas! C'est pas mon style. Faire la distinction entre aimer un vin et reconnaitre la qualité d'un produit. Est-ce possible? Mais est-il possible de ne pas aimer un grand vin? On peut aussi avoir la tentation de catégoriser, grand vin moderne, grand vin de terroir, du sud, du nord, d'Alsace, d'ailleurs, blanc, rouge, vert… J'aurai éternellement le souvenir de vins merveilleux, Haut-Brion 1933, Romanée Conti 96, Le Bourg 1989, Lafite 1986, les vieux Amarone de Quintarelli, St Hune VT 1989, des Montrachet, des Célestins, quelques Musigny, deux ou trois Champagne, des Egon Muller, un Mouton, des Chave, une Ornélaia, plein de Barolo, des Coche, des Unico, Da Capo et dix de der. Je suis sûr qu'il ne faut pas chercher à définir un grand vin, c'est impossible de le trouver, puisque c’est lui qui vous trouve et vient à vous.