Tous les dimanches, en sortant de vêpres, le digne homme allait lui faire sa cour, et quand il était là-haut, assis au bon soleil, sa mule près de lui, ses cardinaux tout autour étendus aux pieds des souches, alors il faisait déboucher un flacon de vin du cru, ce beau vin, couleur de rubis qui s’est appelé depuis le Châteauneuf des Papes, et il le dégustait par petits coups, en regardant sa vigne d’un air attendri. Puis, le flacon vidé, le jour tombant, il rentrait joyeusement à la ville, suivi de tout son chapitre, et, lorsqu’il passait sur le pont d’Avignon, au milieu des tambours et des farandoles, sa mule, mise en train par la musique, prenait un petit amble sautillant, tandis que lui-même il marquait le pas de la danse avec sa barrette, ce qui scandalisait fort ses cardinaux, mais faisait dire à tout le peuple : Ah ! Le bon prince ! Ah ! Le brave pape!"
Alphonse Daudet - les lettres de mon moulin.

Henri Bonneau nous a quittés, raison de plus pour lui rendre hommage et boire religieusement son petit Châteauneuf, assagis par le temps, dans un petit millésime, mais grand par le talent d'un homme. Daudet a appelé son pape Boniface alors qu’aucun pontife n’a jamais eu ce nom à Avignon. Henri, même si c'était une tête de mule, voilà un prénom de Pape…

Henri Bonneau Châteauneuf du Pape 2002henri-bonneau.jpg

Un nez qui va s'ouvrir doucement et qui, comme la robe, rappelle les grands terroirs de la côte de nuits. Cerise noire, pruneau, encens, épices, réglisse et bois de santal. En bouche, pas de doute, c'est du Grenache, mûr, dense, fumé, terreux, mais aussi léger, frais, noble, avec une grande intensité sèveuse qui ne faiblit pas et accompagne la finale épicée. Excellent

(1) Femme aux mœurs légères