La bonne question, pour les vins comme pour les hommes: l’art de vieillir fait-il partie des beaux-arts? Pour le vin, incontestablement, mais pour l'homme? Vieillir pourrait-il être un art? Tout semble les opposer, la notion d’art et l’idée même du vieillissement. Vieillir n'est pas une activité que l’on choisit de pratiquer, parler d’un art de vieillir n’a donc pas guère de sens. On dit souvent du vieillard qu’il retourne en enfance. A contrario, les bébés qui viennent au monde ont parfois un visage un peu fripé qui leur donne des allures de petits vieux? Libérée des contraintes de la vie sociale, débarrassée des contraintes et du poids des jugements, les personnes âgées quittent le monde de la compétition, de la peur de l'échec qui empoisonne nos vies et découvre l'art de jouir de la vie. La vie comme valeur absolue, comme le fait Meursault, le héros de l’étranger d’Albert Camus qui découvre dans sa geôle qu’une seule valeur existe, la valeur de la vie. Avec l'âge, on comprend que la vie est le seul bien dont nous disposons. Avec l'âge, on retrouvent la liberté de notre enfance, l’art de flirter avec la fin. Vie et mort sont donc des faux contraires. Ce qui nous a, peut-être à tort, amenés à exclure l’art de vieillir du champ des beaux-arts, est que nous avons considéré comme évidente l’idée que les beaux-arts doivent produire des œuvres qui se détachent de leur créateur. Ce qu’il y a de plus beau se passe peut-être dans l’obscurité. Je vous accorde le droit de penser que ma conclusion est capilotractée, accordez-moi en retour qu’elle nous offre un incontestable bénéfice, celui d’inverser la terrible pente de l’angoisse du déclin. Pour les hommes comme pour le vin, le temps fait beaucoup à l'affaire. Être capable de vieillir est le chef-d’œuvre de la sagesse et une des choses les plus difficiles dans l’art très difficile de la vie. Le but est de finir en beau vieillard, partir en beauté, comme un vieux Bandol. C’est fou ce que l’on peut dire comme conneries lorsque qu'on boit un vieux grand vin. Va falloir que je consulte. Allo l'Ermite …

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Quelques nuances d'acajou sur le bord d'une robe à peine marquée. Un nez expressif, sur des accents sudistes, de mûre, de cerise, de prune, avec des notes de cacao, de café, de cuir, de truffe et de sous-bois. La bouche est riche, élégante, les tannins sont soyeux et encore denses, l'acidité équilibre cette belle matière et allonge une belle finale épicée et chocolatée. Toute la magie des vieux Bandol, par la grâce de ce cépage espagnol, appelé Monastrell du côté de Valence et Mataro en Catalogne. Excellent