Une fois la carte des vins en main, mon estomac se contracte, ma langue se cintre, mon sourcil droit se fronce, ne tentez pas ça chez vous, ça peut être très dangereux, j'ai des années d’entrainement intensif, bref, mes premiers mots sont souvent: bof, c'est la même que la semaine dernière, mais en pire… Malheureusement, toutes les cartes médiocres se ressemblent. Il y a plusieurs types de carte des vins, celles qui veulent impressionner, longues comme un jour sans pet, qui additionnent les références inconnues et celles, bien trop connus pour les fuir comme un anapeste. Des cartes truffées de bidules surfacturés de grande surface. Des cartes qui ne proposent que des vins vus, revus et rebus. Il y a aussi les brèves, courtes comme une carte postales, quelques bouteilles qui se battent pour exister. Les cartes sans références, sans vignerons, anonymes, orphelines. Il y a des cartes tellement pauvres qu’à côté la jungle de Sangatte peut paraitre accueillante. Il y a les cartes bourrées de fautes d’orthographe, d’appellation, de classement, de goût… Et pire que tout, les cartes muettes, sans queue ni tête, le désert des tartares…

carte-des-vins2.jpgJe peux concevoir que choisir, composer une carte, acheter du vin puisse ne pas être la tasse de thé de certains restaurateurs. Personnellement, c’est un grand mystère que de côtoyer des pros, non pas de la bonne chair, mais de la bonne chère (au deux sens du terme), qui attache tellement d'importance au goût, à l’assiette, à la présentation, aux couleurs, voire même à l’ambiance musicale, et qui oublient le vin! C'est facile, il y a des gens dont c’est le métier, suffit de les contacter. Un jour, un aubergiste m'a dit: "de toute façon, la plupart des clients n’y connaissent rien en vin." Et alors? Tu crois vraiment que tous ceux qui viennent dans ton bouiboui infâme savent cuisiner? D'ailleurs, s'ils savaient, ils s'abstiendraient de venir se trouer l’estomac avec ta bibine de contrebande. Non de Bacchus, ayez un poil d’ambition, osez le différent, le nature, oser le vin au verre! Soyons prosaïques, une belle carte, bien construite, bien vendue, ça peut faire du chiffre. Le bouche à oreille, ça existe, même si boire par l'oreille est assez difficile. La plus belle assiette du monde ne nous sauvera pas d'une vinasse, servie trop chaud, dans un petit ballon de bistrot, par une serveuse qui a ouvert plus de braguettes que de grands crus, mais capable de vendre une paire de lunette sur roulette à un aveugle paralytique. Pourquoi je vous dis tout ça? J'ai fêté mon anniv dans un nouveau resto, des plats plus que sympas, un bon service, mais une carte très bof, où quelques bouteilles de pseudo-prestige se noient au milieu d’une sélection de vin bus, rebus et rebutant. Sans espoir, j'ai choisi un Cornas qu'on trouve un peu près partout. In vino diabolicum, je crache encore des copeaux quarante-huit heures après. Bref, sans tambour, je me suis enfuit avec ma trompette en me disant qu'un bon repas sans bon vin, c'était comme une fraise tagada sans tsoin tsoin…