IMG_1596.JPGC’était un mercredi matin en plein mois d'aout, en pleine canicule, nous sommes arrivé devant un pâté lorrain de maison, un pavillon plein pied, chez L'Joël. Il nous attendait, il ne portait qu'un bermuda à fleurs pour cacher son popotin très légèrement surdimensionné, un peu moins grand que l’Australie mais quand même plus gros que son bide. Il était farci comme une paupiette et il avait le cul serré comme une noix de cajou entre les doigts de Teddy Riner. Il doit se talquer le derche tous les matins pour éviter le frottement et les rougeurs à l'entre cuisse. Quand il joue à la pétanque, il ne porte pratiquement que des bermudas, qui selon lui ont le mérite de lui faire la cuisse fine, imaginez un haltérophile en bermuda et vous comprendrez tout de suite la monumentale erreur de jugement. Le Joël nous emmène chez l'Eloi, son coéquipier de boule pour la journée. L'Eloi, 83 ans, quelques années au compteur, mais bon pied, bon œil, comme Diogène, il a l'art de la répartie et de la parole mordante, un sourire mutin, la douceur de la vie dans sa simplicité la plus pure. Une simplicité qui nous rappelle qu'il faut profiter de la vie, envers et contre tout, que la vie n'est pas une rivale, mais une alliée, une alliée exigeante, sévère, mais alliée tout de même. L'Eloi, ce n'est pas le genre à aller passer ses vacances à Miami pour voir un dresseur d’orque se faire niaquer en direct, il préfère les passer à l'ombre de ses marronniers, au bord du ruisseau, pour se souvenir des bons moments et observer patiemment le temps qui passe. Bien vieillir, c’est être capable de poser sur les choses de la vie un regard neuf. La vieillesse est un naufrage écrivit Chateaubriand avant d’être plagié par le général de Gaulle, qui en avait après Pétain. Autant il y a des vieillissements qui sont autant de noyades, autant certains donne envie de vieillir. En vérité, on n’aime pas que le temps soit visible. Autour de nous, tout moisit, tout pourrit, tout se corrompt, tout s'écroule, tout se délite, tout fout le camp, alors, une après-midi de boule, une table sous les marronniers, quelques bouteilles de bons vins qui ne réclament que nos gosiers épais, quelques voisins curieux, quelques bières, quelques tranches de saucisson, que demander de plus? Le seul attribut réservé aux plus vieux est le pouvoir de manier avec plus de liberté, d'aisance, d'expérience et de bonté la faculté de jouir des bonnes choses de la vie.