burkini2.jpgPersonnellement, je n’ai pas d’avis tranché sur le burkini, enfin si, bien sûr, j’en ai un, mais je vais avoir la délicatesse de le garder pour moi… enfin, si tu insistes je te le donnerais plus tard. La polémique sur le burkini est à rapprocher de celle sur le Pokémon. Dans les deux cas, je n'en ai rien à battre. Mais ces deux débats ont en commun un point important, notre droit à être laissés tranquilles. Je ne veux pas de chasseurs de Pokémon autour de chez moi parce que je ne suis plus tranquille, je ne veux pas de burkini sur ma plage, non pas parce que j’ai un avis sur la question, mais précisément parce que je n’ai pas envie d’être contraint d’en avoir un. Pour les Pokémon comme pour les burkinis, il n’y a pas de nuisance constituée dans la mesure où cela ne m’empêche ni ne m’entrave d’aucune manière. La présence de femmes en burkini ne m’empêche pas de me baigner, la présence de chasseurs de Pokémon dans ma rue ne m’empêche pas d’être chez moi. Ce qui constitue la nuisance c’est le bouleversement de notre mode de vie, de nos petites habitudes. C'est à celui qui criera au loup le plus fort. Du joueur de Pokémon, on passe naturellement au jeune bruyant se déplaçant en bande, bande de nature forcément nuisible, aux dégradations, aux délits, aux accidents… Du burkini on passe allègrement au statut de la femme dans la religion musulmane, aux islamistes, aux terroristes, aux attentats... Naturellement, comme seule réponse possible, on invoque la laïcité avec la même subtilité dialectique que deux poissonnières sur le vieux port de Marseille, et on apporte, comme seules régulations collectives, l'interdiction et l'intervention policière. Pendant que j’écris cela, une femme est probablement en train de chasser le Pokémon en burkini sur une plage. Elle aussi éprouve le besoin d’être laissée tranquille, elle ne comprend ni ne mesure la nuisance que l’on lui reproche et vit les reproches comme autant de nuisances. Il est temps de prendre le temps de comprendre les autres plutôt que de leur reprocher de n'être pas comme nous. C'est plus long, plus que pour trouver le point commun entre un burkini et un Pokémon. Derrière cette affaire de burkini, se cache une conséquence, la prise en main et le contrôle d’un espace public de liberté qui, selon la loi, est ouvert également à tous les citoyens. Nous avons la chance de vivre dans un pays où tous ont le droit (et parfois le devoir) de s’exprimer librement.

burkini3.jpgLe burkini, comme sa grande sœur la burqa, n’est en rien un symbole de l’islam et encore moins le symbole des islamistes. Je n’ai rien contre l’islam mais j’ai par contre une dent contre les salafistes et autres extrémistes qui prônent l’asservissement de la femme et plus généralement, l'asservissement de tous à leurs idées. Voile ou pas, burqa ou pas, dans certains pays une femme peut être condamnée lourdement pour adultère, elles ne peuvent détenir de compte en banque, n'ont pas le droit au divorce, pas le droit de conduire, pas le droit de parler, pas le droit de travailler… Elles sont des esclaves, puisque propriété de leur père puis de leur époux qui ont d’ailleurs droit de vie et de mort sur elles. Il n'y a pas si longtemps, les femmes afghanes portaient fièrement la jupe courte et l’Iran était le pays avec le plus grand nombre de femmes ayant des postes à responsabilités. Au pays des droits de l’homme et accessoirement de la femme, bref, chez nous aussi les choses changent, le puritanisme gagne du terrain. Regardez vos albums de familles, regardez les tenues de vos mères, les mini-jupes ras la touffe, la liberté sexuelle des années 70. C'est fini! Chez nous, il est devenu dangereux, pour une femme, de se promener seule en robe légère dans certains quartiers et le "français pur beurre" n’est pas en reste, cautionnant même le viol pour celles qui l’ont bien cherché. Depuis 15 ans, les jupes rallongent, les collants s’opacifient, les pulls sont plus larges et les décolletés moins profonds. On conseille aux femmes d’éviter les vêtements trop moulants et trop provoquant comme on conseille aux juifs d'avoir la Kipa discrète. Le port de la kipa est interdit dans les écoles de la République, une interdiction là où aux États-Unis il est devenu le signe politique de certains soutiens de Trump(ette). La pornographie explose sur nos écrans mais la femme de la rue doit faire attention à ne pas provoquer. C’est le regard des autres qui change. Un regard qui juge!

burkunu.jpgParadoxalement, Israël n'a pas du tout ce problème. Le débat est clos et il n’y a pas lieu de l’ouvrir. Il s'agit d'une tradition courante, acceptée depuis la création de l'Etat. Les juives orthodoxes s’entourent leur tête d’un foulard et portent des jupes qui leur arrivent à la cheville, c’est leur droit et c’est leur choix. Certains religieux se promènent avec leur taleth sur les épaules tandis que les laïcs les observent avec curiosité. Avant que l’on ne connaisse le terme, le burkini était monnaie courante en Israël car cette tenue fait partie de la tradition arabe. Les étudiantes arabes portent le hidjab dans les amphithéâtres de l’Université sans que cela fasse débat. Les caissières des quartiers chics de Tel-Aviv, en majorité des femmes arabes, portent le voile et côtoient des collègues russes athées. Aucun client n’a jamais trouvé à redire, ni à boycotter un tel commerce. Au contraire les clients les préfèrent à cette place plutôt que dans les rangs des terroristes. Les Israéliens ont compris que plus on attire l’attention sur une tradition spécifique, souvent méconnue d’ailleurs, et plus on crispe une population qui volontairement se transforme en fervente pratiquante. Plus on soulève une question privée et plus on exacerbe les tensions et les passions jusqu’à créer une rupture entre les citoyens. Jamais les Israéliens n'ont accepté de politiser une pratique religieuse, c’est presque le seul point où il existe consensus en Israël.

alemonde-libertc3a9-on-sen-fout.jpgSoyons clairs, le voile, la burqa, le Burkini sont effectivement une chosification de la femme, ça n'est pas nouveau. Dans toutes les religions, la femme n'a jamais vraiment été considérée comme un être à part entière. Il faut dire que son cerveau, nettement inférieur au notre, la dirige naturellement vers la danse, l'éducation des enfants, le maniement de l'aspirateur et des casseroles, tandis que le notre possède des neurones spéciaux, qui nous font aimer la bière, le foot, les 4x4, les gros fusils de chasse et les chips. Dans toutes les religions, donc, à plus ou moins grande échelle, on retrouve deux figures féminines omniprésentes (comme chez Luc Besson, soit dit en passant) à savoir la femme pure et vierge, mère et protectrice, et la pute insupportable, qui suinte la luxure et le stupre. Une fois de plus, on déplace le problème sur une minorité. Honnêtement, combien de femmes, en France, portent le Burkini? Des dizaines de milliers, de millions? Surement pas. Une minorité qui ne nécessite aucun débat, aucune loi. Ne serait-il pas plus intéressant de se pencher sur la place des femmes dans la société en général, y compris dans la religion, mais pas seulement… Mais les petits princes qui nous gouvernent pensent que légiférer tout et n'importe quoi, est synonyme d'agissement... Que la plèbe est prête à être encore plus encadrée et policée... Lutter contre l'obscurantisme et la bêtise nécessite des lois, surement, mais cela demande aussi, et surtout, des moyens pour que les individus puissent s'éduquer, se cultiver et apprendre à vivre ensemble. Les Encyclopédistes du XVIIIème ne pensaient pas autrement.

Pour conclure, chacun est libre de se faire et d'avoir son opinion, sur tout en général et sur le burkini en particulier. Personnellement, pour ma part, je suis pour, totalement pour, mais pour une raison qui semble jusque-là échapper à tout le monde. La raison pour laquelle, elles portent le burkini, c’est pour ne pas provoquer d’autres hommes. Et bien elles ont raison, mille fois raison. La dernière fois que j’en ai croisé une sur une plage, 1 mètre 54 environ, 85 kilos précisément, ensachée de la tête aux pieds, heureusement qu’elle ne dévoilait pas son corps car il est fort à parier que tous les hommes auraient eu des idées bien déplacées sur elle. Du coup ce vêtement lui a permis d'échapper à la tournante. En somme, le Burkini c'est l'alternative à la castration chimique. Ce qui me parait délirant, c’est que ma voisine Madame Huguette Fatzeworscht, 69 ans, qui fait à peu près le même gabarit, 1 mètre 55 pour 83 kilos de tendresse, s’affiche pourtant en tablier à fleurs, à visage découvert… moi je dis que si un jour elle est violée, faudra pas qu’elle vienne se plaindre.