old-wine.jpgSe souvenir! Oui, j'ai une bonne mémoire, une très bonne mémoire, pas assez bonne pour vous faire un compte rendu détaillé des vins de ma soirée du 11 novembre dernier, mais assez pour me souvenir d'un magnifique Monbazillac 1937 qui avait mangé ses sucres, d'un non moins superbe Barolo 2007 de Conterno Fantino qui avait mangé ses tannins. 70 ans les séparaient, mais le même plaisir les unissait. Un grand vin, le genre qui mérité 19 ou 20/20, c’est une bouteille, un silence, un verre, des yeux brillants, un sourire béat, un verre qui devient immense, et toujours le silence, pour être certain de se souvenir. Un grand vin, c’est comme un beau voyage, un grand livre, un beau film, un spectacle magnifique, il se déguste encore des mois, des années après. Sa mémoire est comme gravée dans le verre. Je me souviens des grands vins, mais aussi des moments qui ont fait que le vin était grand. Se souvenir des belles et bonnes choses. La plupart des dégustateurs, comme vous et moi, ont une mémoire normale, souvent sélective, parfois défaillante. Mon anniversaire, la terrasse, le cigare, une Tâche 96 et un Lafite 86 qui a sublimé le moment. Un autre anniversaire, plus british, un repas mémorable, une rafale de grands vins, Montrachet DRC, Riesling Hugel VT 1953, Chave 1990 et un extraordinaire Haut-Brion 1933. Je pourrais ajouter un fou rire et un Amarone, un Richebourg 99, une petite Mouline, un Unico ou un Astéroïde pour faire bonne figure. De cette mémoire, de ces souvenirs, j'essaie d'en faire bon usage. En premier lieu, quand je note un vin, j'éprouve le besoin de me souvenir, au-delà du vin que j'ai bu à midi, loin dans ma mémoire, j'essaie de me souvenir des effluves de rose de ce vieux Bourgogne, de la violette de cette superbe Syrah ou de l'empreinte de pierre de lave dans ce Rangen SGN 98. J'essaie de garder une idée précise de ce que j'ai ressenti en buvant le vin. Sinon, à quoi bon le boire!

Pourquoi se souvenir? Pourquoi ce souvenir mélancolique? La faute à l'album d'un chanteur, d'un poète à l'agonie qui s'est éteint tout en grâce, un album sombre et résigné, comme un chant du cygne. Léonard Cohen, le légendaire, a tiré sa révérence avec sa superbe élégance. Suzanne et Marianne sont orphelines ... Un électeur américain m'a dit, "Dieu était tellement inconsolable d'avoir laissé Trump gagner que Léonard, en bon fils de famille, a dû aller le consoler. Je ne suis même pas sûr que ça suffise. Léonard Cohen est immortel, il n'avait pas d'âge, ses chansons non plus. On les écoutera encore dans cent mille ans. On les écoutera même après que le monde aura cessé d'être. Alléluias et so long Marianne.

Magnified, sanctified, be thy holy name
Vilified, crucified, in the human frame
A million candles burning for the help that never came
You want it darker
Hineni, hineni
I'm ready, my lord