introduction-les-huit-salopards.jpgPourtant, "les 8 salopards" commence plutôt bien avec ce christ en bois sous la neige. Le premier plan du film est le plus réussi, le seul aussi, pas d'acteurs, pas de dialogues, juste la musique d'Ennio Morricone. On pourrait s'arrêter là. J'aurai même du m'arrêter là! Pourtant, Tarantino a beau avoir le melon, il a quelques compétences en réalisation. Une superbe musique de Morricone, des décors magnifiques, des trognes de compétition, des manteaux de fourrure à faire hurler la Bardot, de l'action à la pelle, une foultitude de petits détails bien chiadés, la base d'un bon film était là. Le problème, c'est que, quand on défouraille, on ne raconte pas sa vie, tout le monde sait ça! Ses personnages parlent, et quand ils parlent, ils parlent beaucoup. Beaucoup trop. J'en peux plus des discussions sur le ragoût, digression réchauffé façon Big Mac de Pulp Fiction. On sait depuis le début que ce sont tous des salopards qui ont tous des trucs à cacher et que ça va finir en baston général! Qu'importe de savoir qui va ratiboiser les burnes de qui, on sait qu'ils vont se faire ratiboiser les burnes. Alors le problème, c'est que du coup, on s'en bat les burnes de cette histoire aussi réchauffée que le ragoût. Tarantino nous refait le coup de l'exercice de style, mais, contrairement à Clint Eastwood, ses personnages sont fades, pas de haine, de compassion, de désespoir, de pitié … Juste de la violence, gratuite. Cinq vieillards qui racontent leurs souvenirs de bite et de guerre autour d'un feu de camp, ce n'est pas assez. Je n'ai rien contre les vieux, la preuve, je suis pote avec l'Ermite âgé, mais pour être crédible et galoper toute la journée, faut pas avoir dépassé la date de péremption. Même la fille du film n'est plus de première jeunesse. Une actrice de plus de 50 ans, c'est osé pour nous faire bander. Et elle prend cher la bougresse. Ce n'est pas incohérent sur un plan purement scénaristique, les femmes de cette époque violente n'étaient pas des saintes nitouches, mais elle prend cher quand même. Bref, script faisandé, vérolé, pas étanche, mais script néanmoins filmé. Et franchement y'avait pas eu de quoi chialer à l'idée que quelqu'un le foute à la poubelle. Pour ce qui concerne les dialogues, ça fait pitié, ça ferait pitié, même dans la bouche d'une collégienne boutonneuse... Samuel Jackson tient certainement le pompon des dialogues à la con avec sa tirade sur sa bite sucée par un type tout nu. Pour résumé, ce huitième chef d'œuvre de Tarantino n'est pas un mauvais Tarantino, c'est un Tarantino qui a deux énormes qualités, on peut le voir en accéléré et on a beaucoup plus entendu parler du film avant sa sortie qu'après.

PS: Si vous aimez les Western, les bons, je vous parlerai bientôt de la fièvre créatrice de Nick Cave, qui ne se limite pas à la musique, au roman, il est également scénariste pour son compatriote John Hillcoat. Ils nous ont pondus un putain de bon western Australien. La violence du bush des années 1880, la marginalité, la violence et le mysticisme portent l'histoire d'une proposition incroyable, tuer son frère aîné pour sauver son frère cadet. Une vision très noire de l'homme condamné à la sauvagerie. Le résultat est impressionnant. "The Proposition" est aux antipodes de Tarantino, comme chez Tarantino, tous les acteurs avancent vers la mort, mais les dialogues stériles de Tarantino ont été remplacés par les mélodies hypnotiques de Nick Cave et de son complice des Bad Seeds, Warren Ellis. Jouissif! Faut que je le revoie une troisième fois pour vous en parler plus longuement…