Mais le temps passe et emporte avec lui les trolls et les lols. Le type ne s’étonna pas d'avoir reçu la bagatelle de zéro commentaire alors qu’il avait publié un post super inintéressant sur la pauvreté en France. Le type appela Ranulphe, son community manager imaginaire, qui, avec une flegme excitation, analysa la situation et conclu que les commentaires étaient décédés, partis sous d’autres cieux liker des retweets. Pourtant, certains blogs marchent très bien, si on a le cœur à partager sa passion pour la mode et les articles sponsorisés et facilement monnayables ou bien faire le top 10 des sites de top 10 de chaton sponsorisés par Topito. Après avoir vécu des subsides gouvernementaux, après m'être engraissé comme un porc à vendre du rêve à des types qui ne savaient même pas reconnaitre un Meursault bien frais d'un compte de résultat, après avoir refourguer toute ma tréso aux avocats pour me protéger le derche des frondes successives et syndicales de l'Ermite, mon employé sous-payés à qui je pompe son capital retraite en loucedé. Après 15 ans à renâcler du vieux à la sortie du goulot, après avoir relancé des projets foireux et des concepts débiles comme on sème son sperme dans un bordel Boukistanais, après avoir laissé végéter ce blog au point que je ne reçois quasiment plus que des commentaires d'insultes, que je balance, pour représailles, à mon groupe de hackers chinois favoris, bref, je me retrouve sec comme une trique de vieux. C'est la life. Comme on dit dans le bizness. Quand ça sent la daube, il faut savoir lâcher l'affaire, je le disais plus haut. Mes conneries me rattrapent. Elles sont plus balèzes que moi. J'ai pété plus de câbles et de durites que n'en contient le moteur qui me fait tourner. Comme on dit au poker, je me couche, je rends la caillasse, j'évite la case prison et je m'arrache sans pot de départ. Je quitte le rafiot, ça ne fait plus marrer. Je vais laisser ce blog en ligne... pas pour la gloire, mais pour faire chier l'Ermite une dernière fois. De toute façon, c'est le contribuable qui paiera l'hébergement. Ce n'est jamais simple de tourner la dernière page d'un livre. Fin de l'intimité, fin des mots, fin des phrases, fin du film, fin de l'histoire, fin de cette rencontre, de ces moments qu'on a partagés. Ce n'est pas simple de commencer à nouveau, d'entamer, de négocier un tournant, d'accepter de changer. On remballe ses affaires, on se souvient, on gomme les mauvais passages, on enjolive les meilleurs, on se dit que la vie continue, qu'on a aimé passionnément, qu'on a échangé et qu'on a changé. Et puis, un dimanche matin, le soleil se lève à nouveau et quelque part, une autre aventure commence. On se croisera surement au détour de vents contraires, d’une belle bouteille ou d’un de ces nombreux réseaux sociaux dont les jeunes raffolent et on se dit merci, bisous, à la prochaine, on se fait une bouffe. Longue vie à l'Ermite! Epitaphe, à la fin.

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Gérard de Nerval