Alcoholic AnonymousJe dois l'avouer, cela fait maintenant deux mois que je participe aux réunions hebdomadaires de l'ABA, l'Association des Bordeauphiles Anonymes. Cela m’a pris d’un coup, ou plutôt, si je devais être honnête, il y a eu un élément majeur et déclencheur. La rencontre avec Jean-Pierre Boyer, c'est le déclencheur, et l'élément majeur, c'est le pif de l'Ermite dans un verre de Pichon, une insoutenable image qui restera marquée à jamais dans ma mémoire. J’en ai convenu, je suis raciste, je suis Bordeauphiles et je me soigne. Dans une société comme la nôtre où tout le monde est citoyen du monde et où tout le monde, main dans la main, verre à la main, nous nous rendons à pôle emploi pour chercher nos alloc, je me suis dit : "Mon Psyko, tu devrais te faire soigner!" Nos réunions se passent plutôt bien, les gens sont étonnement cool. Il y a un ancien vigneron Alsacien qui s'est reconverti dans le Châteauneuf du Pape, il lui faut faire des étapes avant le grand saut final. Il y a une ancienne socialiste qui a encore un peu de mal avec le Pauillac, un diabétique qui ne supporte le Sauternes qu'en intraveineuse, un prof de SEGPA qui se shoote au Saint-Emilion, un retraité de la SNCF qui est passé du national-socialisme au national-Mélanchonisme grâce au Pomerol, un ancien Pétainiste qui ne pouvait boire que de l'eau d'Evian et qui peut aujourd'hui boire du St Estèphe sans sourciller. Il y a même un anglais qui croit encore que la ville est dirigée par un Plantagenet. Personnellement, ça va beaucoup mieux aussi, dans un supermarché, je peux raser un rayon de Bordeaux sans prononcer une seule injure, je peux même écouter l'Ermite profaner la Bourgogne sans vomir, sans baver du sang et sans intenter à sa petite vertu. Je pense que je suis en train de passer le cap et c’est tant mieux. Aujourd'hui, j'aime la couleur rouge bordeaux, cette ville qui a vu Ausone, Montaigne, Montesquieu, Zidane et surtout Christian Morin et Serge Lama.

Margaux Bel air Marquis d'Aligre 1996

Une robe évoluée, un peu acajou. Un nez élégant, sur le pruneau, la cerise, le tabac blond, le cuir et le sous-bois. La bouche est charpentée, ample, les tannins sont encore serrés, limite austère, pas mal d'acidité, toujours ses notes fumées et une longue persistance sur le pruneau. Un vin un rien dichotomique, une robe et un nez qui laisse à penser que le vin est âgé et une bouche qui dit le contraire. Qui croire? Très bien