CC2.jpgDans ma jeunesse, dans un charmant village cerné de vignes, j'ai perdu beaucoup d'énergie à essayer de ne rien faire pour mériter de travailler dans la restauration. J'y ai quand même appris les rudiments sur service "à la russe", j'y ai fait mes premières rencontres vineuses et culinaires. J'ai servi sous les ordres d'un loufiat caporal de réserve, il avait des yeux d'amphibiens malades, il était assez peu communicatif et aussi enthousiasme qu'un contrôleur du fisc. Il m'a enseigné l'art de la découpe du canard, de la sole meunière et du flambage de crêpe Suzette. Le patron de ce restaurant huppé, où déjeunaient presque tous les grands patrons des aciéries de la Fensch Vallée, était un type débonnaire, un aubergiste, grand, mince au visage buriné, qui ne détestait pas le personnel, ce qui était assez rare à l'époque. Mieux, il me faisait goûter les précieux nectars qu'il ouvrait pour lui et sa femme, une rombière moins sympa qu'un matin de Naples.et plus fripée qu'un Shar Pei. Elle avait hérité du restaurant, repris les recettes de sa mère et les avait adaptée aux grands repas d’affaires de la sidérurgie. J'ai pu, grâce au mari de l'héritière, goûter beaucoup de très vieux Bordeaux, quelques bons Bourgogne, l'Alsace était peu présente, la Loire quasiment absente, l'étranger ignoré. Le Champagne coulait à flot sur les contrats d'affaire. Krug et Dom Pérignon régnaient en maître. Quitter cet endroit n'a pas été un crève-cœur, mais c'est là que j'ai découvert le Bouzy rouge.

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