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Dard

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00274873_000003Frédéric Dard est l'écrivain français qui a été le plus lu de ses compatriotes au 20è siècle, alors, pourquoi n'est-il pas toujours reconnu comme un grand écrivain? Parce que la force des préjugés est grande, surtout en matière littéraire, parce que ces livres étaient et sont encore vendus dans des supermarchés, des gares et des stations essence, qu'ils sont écrits dans une langue impure pour certains, qu'ils nous font rire et qu'ils ne craignent pas la grossièreté. Les mauvaises langues disaient qu'il était un écrivain pour coiffeuses, comme on tient grief à un vendeur de moule-frites de ne pas faire de l’huître à emporter. Avec Audiard, il a été le plus grand auteur comique de son époque, un écrivain d'une créativité rare, d'une prodigieuse inventivité verbale, une production immense qui a abordé les genres les plus divers. Homme de charisme, obsédé par l’écriture, il a été un décolonisateur du français, il a lutté corps à corps avec la langue, lui qui a commencé avec un vocabulaire de 300 mots et qui a inventé tous les autres, 20.000 néologismes pour notre plus grand plaisir. Son style, de la verve et de la verdeur. En cinquante ans, 184 aventures et 7.000 personnages, son style a beaucoup évolué. Il est passé du pastiche à la fresque rocambolesque, il a fait de la faute de grammaire, un trait d'humour. Rien n'est plus faux que de voir dans "San-Antonio", des livres faciles, ils se lisent facilement, oui, mais ils sont écrits, très écrits. Dard, c'est du Rabelais, du Balzac, du Hugo, du Simenon, de Céline, du Dumas… Dard a imposé un style révolutionnaire, inventé une nouvelle manière d’écrire et fait couler beaucoup d’encre avec son style, la cruauté de ses descriptions, l'inventivité, la jubilation, le rocambolesque, les rebondissements, les virages narratifs à 180 degrés, l'invective comme moyen de communiquer, un don pour les mots, un sens de la formule hors pair qui frôle la parodie: "le calembour représente l'unique point de jonction entre un imbécile et un génie". Chez lui, le second degré est toujours au premier plan. Frédéric Dard écrit comme on prend un repas bien arrosé, avec gourmandise. Le petit Fréderic était né avec un bras gauche atrophié, il s'est servi de son droit pour nous toucher d'un uppercut sous la ceinture, avec un sourire malicieux qui semble dire: "Ceux qui me méprisent, ils me pardonnent de me mépriser".

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J'ai le Dard qui me démange, alors je gratte un petit peu

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Frederic-Dard_1_.jpgL'obsédé textuel Fréderic Dard, le père de San Antonio et l'amoureux de Château Yquem, est décédé en 2000, il y a dix ans tout rond comme un polonais. Ça vaut bien un clin d'œil! Il est parti alors que le mauvais goût et la dérision étaient encore une discipline artistique. Quand les saltimbanques raillaient le pouvoir sans risquer le licenciement, quand les écrivains n'avaient pas peur de choquer les lobbyistes de tous poils. S'il vivait aujourd'hui, il aurait du mal à SanAntonier tranquille. Déjà, il n'aura pas à se désoler des flots ininterrompu de conneries "sociétales" qu’on nous déverse chaque matin sur la trombine. Il en aurait fait ses choux gras et aurait surement été du côté de ceux qui souffrent et non du côté des puissants. Ensuite parce que, s’il vivait encore, il écrirait, bien entendu et heureusement. Et, là, ça risquerait de dépoter et de coincer. Car cet homme au sourire indulgent et au regard vitrail a fait sortir de sa machine à boule de nauséabondes monstruosités. Aujourd’hui, ce serait direct le prétoire et le ballon, dernier bistrot avant le pilori.

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